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En Californie, à Washington DC, au Texas, elles me racontent la crise du coronavirus aux États-Unis

Amélie (Belge) vit à Washington DC. Fanny (Française) est dans le Wisconsin. En Californie, il y a Cécile (Française) à San Jose, Elise (Française) et Céline (Belge) du côté de Los Angeles, Caroline (Française) à Newport Beach. Et il y a Sabrina (Française) au Texas. Elles m’ont raconté comment se vivait la crise du coronavirus aux États-Unis. Les échanges furent passionnants et vous permettront, je l’espère, de mieux comprendre ce qui se joue actuellement au pays de l’Oncle Sam.

Amélie est Belge, elle est professeur à l’université et est installée à Washington DC avec son mari américain et leurs enfants. Quand je lui demande sa réaction face à la situation du coronavirus aux États-Unis, elle me parle tout de suite du manque de filet de sécurité, de l’absence de chômage. Elle m’apprend que l’État avait promis de renflouer les caisses des petits commerces mais que ce sont actuellement les grosses compagnies, comme les banques, qui sont en train de piocher des millions de dollars dans ce pot commun. « C’est dégueulasse. »

« Quand ça va, il fait bon vivre en Amérique. Mais quand ça ne va plus… »

Pendant ce temps, des petites entreprises comme celles d’Elise de Los Angeles Off Road, gardent difficilement la tête hors de l’eau. Elise, installée en Californie, organise des visites de Los Angeles en français. Les frontières sont fermées, les touristes ont déserté. « J’ai perdu l’insouciance. Depuis que je suis aux États-Unis, ça fait sept ans, j’avais cette impression que tout était possible avec ma création d’entreprise. Là, j’ai l’impression de me prendre un retour de bâton. Tu te rends compte que quand ça va, il fait bon vivre en Amérique, mais quand ça ne va pas plus, c’est la dégringolade à une vitesse folle, comparé à la Belgique et à la France. »

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Caroline, à Newport Beach, confirme: « On se rend compte que l’Amérique encaisse moins bien la crise que l’Europe. Quand ça se casse la gueule, c’est compliqué. Le système de valeurs, d’entraide, de solidarité de l’Europe, on est bien content qu’il existe quand ce genre de trucs arrive. » Caroline me raconte qu’elle trouve intéressant de vivre la crise du coronavirus aux États-Unis. Ça lui a permis de mieux appréhender la culture américaine. « En Europe, on est plus dociles. En Amérique, on milite pour sa liberté. J’ai compris aussi que Trump n’a pas tant de pouvoir que ça. Je trouvais que l’Europe était lourde administrativement parlant mais ici aussi, c’est complexe. Il y a une gestion différente de la crise selon les États. Je n’avais pas mesuré l’impact que ça pouvait avoir en termes de communication et de pouvoir. »

Donald Trump n’a pas tant de pouvoir que ça

Cécile, elle aussi en Californie mais plus au Nord, développe: « Donald Trump ne m’impacte pas. Ce qui m’impacte, c’est mon gouverneur. Et même, mon comté (« county » en anglais). Parce qu’il y a des différences entre comtés. Il y a, par exemple, quelques plages ouvertes en Californie mais dans mon coin, dans la baie, toutes les plages sont fermées, c’est vide, il n’y a personne. Ce que dit Trump et parfois même ce que dit le gouverneur de la Californie n’est pas toujours écouté, c’est plus chaque ville qui décide pour elle-même. Par exemple, chez moi, on ne doit porter un masque que dans les magasins, pas dans la rue. Mais à 15 kilomètres de là, on doit le porter tout le temps. Les décisions se prennent localement. »

Et tout ce qui l’intéresse, c’est sa réélection

Ce qui interpelle Amélie à Washington DC dans la gestion de la crise du coronavirus aux États-Unis, c’est le manque d’informations. « On ne sait pas grand-chose de la progression de la maladie, des projections, de la situation des hôpitaux non plus on n’en entend pas parler, à part à New York. Donald Trump est une machine à propagande. Tout ce qui l’intéresse, c’est sa réélection. Il ne relaie que les informations qui servent ses intérêts. Le pire, c’est que la majorité des Américains disent que le gouvernement réagit bien à la crise. A Washington DC, ce qui ressort des infos, c’est quel business est ouvert ou pas. « 

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Amélie compare ce qu’elle vit aux États-Unis avec la réaction belge face à la crise du coronavirus. En Belgique aussi, l’accent est mis sur la relance de l’économie. « La différence avec Trump, c’est qu’il y a des élections en novembre, il a le feu aux fesses et la réaction des gens n’est pas la même face au même message. En Belgique, il y a une tradition de la gauche. En Belgique, les gens s’indignent des priorités du gouvernement qui favorise l’économie au lieu des relations humaines. Aux USA, il y a plein de gens qui trouvent ça très bien. Il y a une croyance dans le libéralisme aux États-Unis qu’il n’y a pas en Belgique. »

Pourquoi les Américains ont acheté des armes

Je lui parle des manifestations anti-confinement et des photos qui nous parviennent en Europe et qui sont un peu effrayantes. Amélie admet avoir du « mal à vraiment apprécier ce qui se passe : à Washington, 98% des gens votent pour des démocrates. » Elle n’est cependant absolument pas étonnée par l’explosion des ventes d’armes suite à l’arrivée du coronavirus aux États-Unis. « Pour qui connait l’histoire des États-Unis, le second amendement donne l’autorisation aux gens de posséder des armes. Les journaux américains sont anti-Trump, du coup, les gens qui ont voté pour lui se sentent attaqués, alors qu’ils ont le pouvoir. Donald Trump ne cesse de se présenter comme le président d’une majorité qui en a marre d’être écrasée. »

« Depuis qu’il est élu, tout ce que la gauche fait, c’est de dire qu’il est nul, qu’il n’a pas été élu démocratiquement. Je me mets à la place des gens qui ont voté pour lui. Ils se disent qu’on ne lui a jamais laissé sa chance. Après, ils n’ont jamais non plus laissé sa chance à Obama, mais bon… Trump, on a quand même essayé de le mettre dehors avec l’impeachment. Même si c’était justifié, Donald Trump fait croire que c’est un complot de la gauche. Quand il dit Libérez le Michigan et les autres Etats, oui, c’est un forcené, mais il parle à des gens qui se disent : on essaie de nous arracher le pouvoir. Donc quand il dit : Il faut combattre l’oppresseur, ils réagissent. »

Les manifestants anti-confinement, c’est une minorité

Fanny vit dans le Wisconsin, où ont eu lieu les premières manifestations anti-confinement. « C’est une minorité de gens », rappelle-t-elle. « Je peux comprendre les petits business qui sont en train de crever mais il y a des discours qui ne sont pas trop entendables. Ceux qui parlent de grippette, qui minimisent la chose, qui veulent juste reprendre de la liberté par égoïsme. Je trouve ça dingue sachant qu’il y a des gens qui ne sont pas en bonne santé. Il y a beaucoup de gens en surpoids et diabétiques aux USA. On sait que ce sont des personnes à risque. »

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« L’Amérique, c’est un pays de cow-boys »

Aux États-Unis, la crise du coronavirus est sanitaire mais elle est surtout politique. « C’est parce qu’il n’y a pas les structures d’aides sociales qu’on a en Europe », note Amélie. « Si tu perds ton emploi ici, tu es dehors dans les deux mois. On balance tes affaires sur le trottoir. Les lois d’éviction en Europe ne sont pas comme ça. L’Amérique, c’est un pays de cow-boys. C’est dans leur histoire. L’urgence d’ouvrir l’économie est bien plus grande ici. Si Sanders était passé lors des primaires démocrates, il y aurait peut-être eu une chance de réformer la dureté du système américain. »

A lire: Le confinement d’une Belge à New York: « C’est difficile d’enfermer les New-Yorkais« 

Mais Sanders n’a pas gagné et tandis que 26 millions d’Américains ont perdu leur emploi depuis le début de la crise du coronavirus aux États-Unis, Jeff Bezos, patron d’Amazon, est, lui, plus riche de plus de 24 milliards de dollars. Et il n’est pas le seul : entre le 1er janvier et le 10 avril de cette année, 34 des plus riches milliardaires du pays ont vu leur valeur nette augmenter de plusieurs dizaines de millions de dollars. « Les Américains ne se disent jamais, contrairement à l’Europe : quels salauds », analyse Amélie. « Ici, on dit waouh, il a travaillé dur, il le mérite. Il n’y a pas de jalousie par rapport aux très grandes richesses. Ça ne provoque en tout cas jamais de colère. La perception de la réussite est complètement différente aux USA qu’en Europe. »

« La situation en Belgique n’est pas meilleure qu’ici »

Céline, installée à Los Angeles, n’a vu aucune manifestation anti-confinement « mais je demande souvent à ma famille de prendre du recul par rapport aux images que les médias choisissent de leur montrer. Peu de gens sont intéressés par le positif finalement, on veut du scandaleux. On aime bien se dire: C’est pire que chez nous. J’évite de juger trop rapidement la situation de l’un ou de l’autre, j’évite de me rassurer en disant Regarde, c’est pire là-bas. Que ce soit en Belgique ou aux USA, la situation est difficile pour tout le monde. Je ne crois pas que la situation en Belgique soit meilleure ou moins bien que la situation aux USA. J’ai emménagé ici notamment parce que j’apprécie la société capitaliste, le fait de booster les gens à donner le meilleur d’eux-mêmes, contrairement à ce que je voyais en Belgique où j’avais tendance à penser qu’on poussait la société à être paresseuse. La situation est aujourd’hui inversée et je vois les faiblesses du système capitaliste par rapport au socialisme belge. » Céline se rend compte, plus que jamais, « que chaque système a ses avantages et ses faiblesses. Je n’apprécie pas moins la vie aux USA sous un système différent et si je reviens en Belgique, j’aurai aussi appris à en apprécier les avantages. »

Un autre détail important

La réaction américaine a également ceci de différent: les Américains attendent qu’on leur interdise officiellement quelque chose pour s’y plier. Sabrina, expatriée au Texas, m’explique qu’elle s’est confinée en famille avant d’en recevoir l’ordre. « On observait ce qui se passait en Europe. Ça nous a aussi permis d’aller faire les courses avant les Américains. » Sabrina se doutait que les Américains allaient paniquer. « Ça n’a pas loupé. Le lendemain du discours de Trump, les magasins étaient pris d’assaut et les rayons étaient dévalisés. Il y a eu un avant et un après discours de Trump. C’est curieux… Les Américains savaient ce qu’ils se passaient en Europe et ils avaient connaissance de l’hécatombe en Italie et malgré ça, ils vivaient en pensant qu’ils étaient intouchables. » Le discours de Trump a tout changé. « Les Américains sont très guidés par ce qu’on leur dit de faire ou non. Est-ce que c’est dû à l’impact religieux qu’il y a aux États-Unis mais qu’il n’y a pas forcément en Europe? Peut-être… »

Qu’en est-il du rêve américain?

Amélie ne pense pas que la crise du coronavirus va altérer l’idée du rêve américain. Du moins, pas pour les Américains. « Pour les étrangers oui, mais ils ne votent pas en novembre donc Trump s’en tape. C’est une stratégie de communication : bloquer les visas, le dire haut et fort, dire regarder ce que j’ai fait pour vous… » Les décisions de Trump ont effrayé les expatriés qui sont aux Etats-Unis sous visa et pas sous carte verte. Céline, qui travaille pour un cabinet d’architecture, me dit vivre « avec la peur d’être renvoyée en Belgique ». « Quelques jours après le début de la quarantaine, sur demande de l’organisme qui a sponsorisé mon visa, j’ai dû demander à mon employeur d’écrire et de signer une lettre dans laquelle il s’engageait à continuer à m’employer et à me rémunérer pour les six prochains mois. Au milieu d’une crise, c’est toujours très délicat de demander ça à son employeur. » Heureusement, il a été compréhensif.

« Mon mari a acheté une arbalète »

Enfin, je reprends le fil de ma conversation avec Amélie, mariée à un Américain. Partage-t-il les mêmes vues qu’elle, qui a une double culture?Elle sourit et m’explique : « On n’a pas d’arme à la maison mais quand la crise du coronavirus a commencé aux États-Unis, il s’est acheté une arbalète en ligne. Les bandits de profession, ceux qui ne font que ça, deviennent plus actifs et plus téméraires. Il me disait que si les gens débarquaient avec leur fusil pour venir voler, profitant du fait que la police est occupée ailleurs à cause de la crise du Covid-19, qu’il y a moins de surveillance, il fallait pouvoir se défendre. Il est Américain et oui, il pense à l’effondrement de l’État. » Pour sa part, elle ne se sent pas « rassurée » parce qu’elle a désormais une arme à la maison. « C’est connu: dans la majorité des cas, l’arme se retourne contre celui qui essaie de se défendre. »

Quelques minutes après la fin de notre échange, Amélie me rappelle et m’apprend qu’elle vient de trouver une lettre de la Maison Blanche dans sa boîte aux lettres. Donald Trump himself lui accorde 2867 dollars pour l’aider à tenir le coup en cette période compliquée. La lettre dit que le gouvernement veut « protéger les Américains qui travaillent dur » comme elle « de la fermeture économique » du pays. L’argent sera versé directement sur son compte. Donald Trump promet que la détermination de l’Amérique lui permettra de relever le challenge actuel. « Comme elle l’a fait auparavant, l’Amérique triomphera encore et elle s’élèvera vers de nouveaux sommets de grandeur. » Voilà qui confirme exactement tout ce qu’elle vient de m’expliquer: tout ce qui importe à Trump dans cette crise du coronavirus aux États-Unis, c’est sa réélection.


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(7 commentaires)

  1. Merci de partager toutes ces expériences! C’est vrai que les Etats-Unis sont très grands et qu’on peut vivre les mêmes évènements de façon très différente en fonction de l’endroit où l’on vit. Sur les informations liées à la propagation de la maladie, je trouve que le dashboard de John Hopkins University est quand même très bien fait (avec une granularité au niveau des counties!) En Pennsylvanie, le gouvernement a mis à disposition un dashboard qui donne des info précises sur la situation des hôpitaux (nombre de lits et de ventilateurs disponibles par exemple). Ce qui renvoie un peu à la structure du pays: pour avoir une vision complète de la situation, la presse nationale ne suffit pas et il faut également lire la presse locale…
    Il y a aussi des lois assez protectrices qui ont été passées en mars au Congrès, comme les $600 de chômage supplémentaires par semaine ou encore le FFCRA, qui permet de prendre jusqu’à 10 semaines de congés payé aux 2/3 si on a des enfants qui ne vont pas à l’école. Ce n’est pas parfait, l’application de la loi laisse à désirer, mais j’ai trouvé que pour les États-Unis, c’était déjà surprenant.

  2. Y avait il en 2008 lors de la crise qui a mis des millions de ricains sur le carreau, perdant maison et job, des chèques et des ‘primes’ de la part d’obama ?

    1. Bonjour, je vous trouve bien tordu de mentalité pour comparer une crise provoquée par la cupidité des banques, des traiders et autres parasites et une crise provoquée par un virus, largement négligée par un président tellement arrogant et méprisant

  3. merci pour ces analyses, autrement ficelées que nos medias qui sont trop souvent obnubilés par ce que fait votre President ; il est vrai que le Belge va lors d’un conflit ou lors de l’ébauche d’un projet chercher les arguments afin de le faire échouer plutôt que de rechercher les moyens pour réussir… ne vous laissez pas anéantir par les « haters » ou autres détracteurs. J’ai aussi de la famille à Reno au Nevada et cela me permet de comprendre beaucoup de choses que nos médias déforment à outrance .

  4. Encore un article super intéressant! le paragraphe de Céline Bongiovanni intitulé « La situation en Belgique n’est pas meilleure qu’ici » me parle particulièrement ! Mais c’est toujours un réel plaisir de lire des témoignages de personnes qui vivent vraiment la situation dans un monde complètement différent!
    Merci 🙂

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