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Expatriation en Californie

Le coronavirus aux États-Unis : ce que vous ne savez peut-être pas

Le coronavirus a mis une grande partie des États-Unis à l’arrêt. Les touristes ont dû annuler leur road trip, les vacances de Pâques ne ressembleront à aucune autre. La seule habitude qui perdure: le soleil qui brille de plus en plus haut dans le ciel, comme le veut la saison. Palm Springs, où je vis, était en état d’urgence avant même la Californie. L’endroit est particulièrement à risque: les personnes âgées sont nombreuses dans la région.

Donald Trump a fait fermer les frontières jusqu’à la mi-avril. Il a répété l’importance de la distance entre les individus et près de la moitié des États américains ont instauré le confinement… Mais sans pour autant réussir à le faire respecter. En Californie, au lendemain de l’annonce du confinement obligatoire, les plages étaient bondées. Ce qui fait craindre, à juste titre, que l’Amérique devienne d’ici peu le nouvel épicentre du coronavirus.

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L’obligation d’aller travailler est réelle ici

Mais comment en vouloir aux Américains de réagir comme si de rien n’était? Difficile de fermer tous les commerces aux États-Unis à cause du coronavirus. L’Amérique propose une assurance chômage mais il faut remplir un tas de critères très précis pour y avoir recours. Généralement, quand on ne va pas travailler, on n’a pas d’argent. C’est aussi simple que ça. Des aides du gouvernement sont envisagées actuellement mais l’aide temporaire ne remplacera jamais un salaire complet.

Dimanche, Donald Trump déclarait qu’on ne pouvait pas laisser le remède être pire que le problème lui-même. Ce mardi, il expliquait à la Fox qu’il avait l’intention de « rouvrir » le pays le 12 avril, pour les vacances de Pâques, et ce, malgré l’avis contraire des experts de la santé.

Mes amis américains sont obligés d’aller travailler parce qu’ils travaillent dans le domaine de la santé et qu’ils sont considérés comme « business essentiels » à la vie quotidienne. Leurs enfants de 7 et 10 ans sont seuls à la maison depuis que l’école a fermé. « Ça ne devrait pas arriver », m’a dit mon amie qui regrettait de ne pas avoir le choix. Elle ne l’a, en effet, vraiment pas.

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Un système de santé inéquitable

En deux semaines, cette situation inédite a déclenché des licenciements massifs et la perspective d’un chômage de masse dans un pays où les sans-abris sont déjà extrêmement nombreux. Donald Trump, qui joue, avec sa gestion de la crise sanitaire et de la crise économique qui en découle, sa réélection, explique que si les États-Unis restent immobilisés à cause du coronavirus, il y aurait des « suicides ». Ça l’inquiète plus que ceux qui mourront du coronavirus.

Le système de santé américain est connu pour ses inégalités. La majorité des Américains sont assurés via leur entreprise. Le reste se débrouille comme il peut. Quand on s’assure personnellement, les franchises demandées par les assurances sont affolantes: il faut débourser plusieurs milliers de dollars avant d’être pris en charge. Les gens qui n’ont pas une bonne assurance santé n’iront pas à l’hôpital parce qu’ils n’en auront tout simplement pas les moyens.

Récemment, une Américaine entre deux jobs et donc sans assurance santé adéquate a été testée positive au coronavirus. La facture de soins dépassait les 34.000 dollars. Et elle n’a pas mis un pied en soins intensifs… On parle, dans ce cas, de plusieurs centaines de milliers de dollars. Les statistiques sont formelles: 26% des Américains ont différé leurs soins de santé l’année passée parce qu’ils n’avaient pas les moyens de se faire soigner.

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Les écoles fermées: pourquoi ce n’est pas pareil que chez nous

À côté de ça, les écoles fermées aux États-Unis à cause du coronavirus renforcent les inégalités. Pas seulement en terme d’éducation, mais en termes de… repas. 30 millions d’enfants américains, dont 60% en âge d’aller à l’école, profitent du National School Lunch Program qui offre petit-déjeuner, lunch et goûter à l’école. Le gouvernement fédéral s’assure que les écoles peuvent fournir des repas à un prix abordables (ou gratuit) à tous les enfants qui en ont besoin, pour éviter la faim et la malnutrition. Qui dit écoles fermées dit fin brutale du programme. Les écoles concernées s’organisent comme elles peuvent pour continuer à nourrir les enfants pendant leur fermeture. Je l’ai vu à Palm Springs: la file devant la salle où s’organisait la distribution de nourriture était longue… et personne ne respectait la distanciation sociale.

Dans le New York Times, la semaine passée, une experte de la santé de l’Université de Washington, expliquait que « les vulnérabilités sociales pré-existantes ne faisaient qu’empirer après un désastre ». Les familles les plus pauvres sont celles qui sont obligées d’aller travailler pour subvenir à leurs besoins. Elles sont donc celles qui ont le plus de risques de ramener la maladie à la maison et celles encore qui sont les moins susceptibles d’être couvertes médicalement. On sait également que la pauvreté est associée à des problèmes de santé chroniques comme le diabète ou les maladies cardiaques. Elles s’exposent plus alors qu’elles sont les plus à risque.

Bref, la vague qui va toucher l’Amérique devrait être plus violente encore qu’en Europe. Et c’est assez terrifiant à observer.


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