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Expatriation en Californie

J’ai voulu inscrire mon fils à l’école publique américaine: je n’imaginais pas que ça se passerait comme ça

Je vous l’avais dit ici et j’en avais même fait une vidéo sur YouTube: l’école américaine actuellement fréquentée par mon fils de 4 ans à Palm Springs est privée et me coûte 700 dollars/mois. J’attendais impatiemment de l’inscrire à l’école publique américaine. Elle commence à 5 ans en Californie et elle est gratuite. L’année scolaire commence au moins d’août. Ezra soufflera ses 5 bougies en décembre, j’avais dans l’espoir de pouvoir l’inscrire dans une classe de TK, comprenez Transitional Kindergaten. Mon espoir a tourné court. Je vous explique…

Il faut 5 ans révolus pour entrer dans ce qu’on peut considérer comme la 3e maternelle belge : le Kindergarten. Je le savais. Mais je savais aussi qu’il existait des classes de Transitional Kindergarten (ou de Pre-K, c’est pareil), qui acceptent les enfants de 4 ans et demi. Ce que je ne savais pas c’est que les enfants doivent fêter leurs 5 ans entre le 2 septembre et 2 décembre pour pouvoir avoir une chance d’y entrer. En Californie du moins, c’est comme ça que ça se passe. Chaque État a son propre mode de fonctionnement, je n’ai pas regardé comment ça se passait ailleurs. Mon fils est du 17 décembre et les Américains sont très pointilleux sur le réglement: la loi, c’est la loi, on ne la discute pas.

À 15 jours près, je suis obligée de le laisser dans le privé, en preschool. Je paierai donc une année supplémentaire d’école à 700 dollars par mois. Ce n’est pas tant ça qui m’ennuie (même si bon, on ne va pas se mentir, l’économie aurait clairement été bonne à prendre) mais le fait qu’il va rester dans sa toute petite école de quatre classes: j’ai peur qu’il s’y ennuie.

Mais j’ai accepté mon sort. Ou plutôt celui de mon fils. Mais je vous fais quand même un petit article pour vous raconter comment fonctionnent les inscriptions en Kindergarten. Parce que, vous vous en doutez, il y a de quoi dire…

On n’inscrit pas son enfant où on veut

D’abord, il faut savoir qu’on ne peut pas inscrire son enfant dans n’importe quelle école publique américaine. L’école qu’il peut fréquenter doit faire partie de notre district, soit de notre quartier. Par exemple, à Palm Springs, les écoles publiques sont rassemblées sous le giron du Palm Springs Unified School District. C’est l’adresse de notre habitation qui va définir l’école dans laquelle on peut inscrire Ezra. Sur le site de chaque district, on a la possibilité de voir quelle école nous est attribué. En tapant mon adresse, voici ce que j’obtiens comme résultat.

Je vous mets un tableau ici pour mieux situer les âges auxquels correspondent ces noms dans l’école publique américaine.

Si je reste domiciliée à cette adresse, je devrai donc inscrire mon fils dans un premier temps à la Cahuilla Elementary School. Les inscriptions à l’école publique américaine se font aux alentours des mois de janvier-février. L’histoire pourrait s’arrêter là. Sauf que l’école est notée 5/10 sur le site référence des parents: greatschools.org. Ce site cote les écoles en fonction des résultats des tests (l’école en question est-elle dans la moyenne de l’état californien ou pas?), des progrès académiques des élèves (comment progressent-ils d’une année à l’autre?), des ethnies, des élèves à faibles revenus, des handicaps, des professeurs, du voisinage.

Le site référence de tous les parents californiens

Les écoles californiennes sont rassemblées sur ce site et analysées selon des critères qui me semblent, pour certains, vraiment douteux. Mais la pression est là: on me répète à tout va de ne surtout pas mettre mon fils dans une école en-dessous de 7/10. Ainsi, j’apprends que dans l’école que devrait fréquenter mon fils, il y a 69% d’hispaniques, 13% de blancs, 10% de noirs, 5% d’autres races. Les résultats de leurs tests annuels en math et en anglais sont dévoilés. greatschools.org explique: « De grandes différences de résultats selon les races peuvent suggérer que certains groupes d’étudiants ne reçoivent pas le soutien dont ils ont besoin pour réussir. »

Dans la rubrique, élèves handicapés, la moyenne californienne est de 9%. Il n’y en a que 3% dans la « nôtre ». « Des taux élevés d’élèves handicapés signifient moins de temps pour l’enseignement et l’apprentissage. » Je peux aussi savoir combien d’élèves il y a par professeur: 21 élèves pour 1 professeurs dans mon cas et il y a 96% de professeurs qui ont trois ans ou plus d’expérience.

école publique américaine

Des écoles notées en fonction des races, entre autres

Le site GreatSchools n’est pas un site « officiel ». Le gouvernement n’a rien à voir là-dedans. Mais pour vous dire sa portée: 43 millions de personnes l’ont consulté au cours de l’année 2018 et il est souvent référencé sur les sites d’annonces immobilières. Ce site me met un peu mal à l’aise dans le sens où les notes orientent les gens vers des écoles plus blanches et plus riches. Je ne suis pas naïve mais ça creuse évidemment les inégalités. Ça veut dire quoi vouloir le meilleur pour son enfant ici? Éviter les hispaniques à tout prix, parce qu’ils sont théoriquement plus bêtes que les américains pure souche? La vie est belle, le destin s’en écarte, personne ne joue avec les mêmes cartes. C’est toujours violent de se rendre compte de la véracité des paroles d’IAM.

Les loyers près des bonnes écoles explosent

Sans surprise, puisqu’on ne peut scolariser son môme que près de là où on habite, les loyers à côté des « bonnes » écoles s’envolent. Lors de notre première année d’expatriation, on vivait à Palm Desert, juste à côté d’une école publique américaine cotée 8/10. Nos amis américains y avaient mis leurs enfants et ne tarissent pas d’éloge à son sujet, aujourd’hui encore. Sauf qu’en trois ans, le loyer de l’appartement qu’on occupait a augmenté de 700 dollars. Alors que l’appartement n’a pas été rénové. Le prix est justifié par sa situation intéressante à côté de l’école en question.

On reste du coup dans un cercle sans fin: seuls les riches (généralement blancs) peuvent se permettent ces loyers et donc les écoles juste à côté.

Une loterie pour les Charter Schools

Il existe également des Charter Schools. On en a visité une à Palm Springs. Ce sont des écoles publicuqes mais elles sont autonomes et n’ont aucun lien avec les districts scolaires. On peut donc postuler même si on n’habite pas directement à côté. Selon un article du journal local Desert Sun, les Charter Schools donnent « plus de pouvoir aux enseignants mais aussi plus de responsabilités ». L’argent de l’État est la principale source de revenus des Charter Schools mais il est dépensé différemment que dans une école publique. L’indépendance des Charter Schools leur permet de rendre moins de comptes.

Résultat? les élèves qui fréquentent ces écoles atteignent ou dépassent la moyenne de l’État en math et en anglais: du côté de Palm Springs et Palm Desert, les résultats sont quatre fois élevés que ceux des écoles publiques. A la Cielo Vista School, l’école qui nous a fait de l’œil dès qu’on s’est garés devant, les élèves commencent les cours par une heure de discussion avec leur professeur. Ils sont invités à partager ce qu’ils ont fait pendant le week-end, par exemple. « Il s’agit d’établir un lien avec les enfants avant de leur dire quoi faire », a expliqué l’une des profs d’anglais de l’école. Le rêve.

Le problème? Les écoles publiques ne peuvent pas refuser un enfant situé dans son district. S’il y a trop d’élèves, ils engagent des professeurs pour répondre à la demande. Les Charter Schools, elles, peuvent faire la fine bouche. Les listes d’attente sont longues comme le bras. Les frères et soeurs des élèves déjà scolarisés en Charter Schools passent en priorité tout comme les enfants des enseignants. Et pour les autres, il existe un système de loterie. Il faut donc croiser les doigts pour être tirés au sort. Sur la liste d’attente de l’une des Charter Schools de notre région, il y a entre 75 et 100 élèves.

Troisième solution: l’école privée

Il existe aussi des écoles privées mais elles pratiquent, vous vous en doutez, des prix affolants: 19.000 dollars par année scolaire à peu près. Et elles sont, en prime, souvent rattachées à une confession religieuse, ce que je souhaite éviter au maximum.

Et du coup?

Bref, on ne sait pas encore si on mettra notre enfant dans une école publique américaine « mal côtée » en se disant qu’on verra bien ou si on déménagera dans l’année pour être installés directement à côté d’un bon établissement scolaire au moment des inscriptions. On peut aussi l’inscrire dans l’école « bof » et le transférer entre le moment où il est inscrit et la rentrée des classes si on a déménagé entre-temps. On postulera en tout cas d’office en Charter Schools et si Ezra a une place, j’en serai ravie.

Je devrai, quoiqu’il en soit, m’accrocher: ici, la réussite scolaire est une religion. On abrutit les enfants de devoirs. Ce n’est pas du tout ma conception de l’école. Mais pour contrebalancer ça, les écoles publiques américaines font attention au bien-être des enfants à l’école: ceux qui ont des difficultés sont très bien encadrés. Mieux qu’en Belgique. Ils sont pris en charge individuellement. On ne peut pas tout avoir… J’ai en tout cas encore un an pour me faire à l’idée, et mon fils a encore une année devant lui pour se la couler douce. Une chose est sûre: j’aurai, de toute façon, pas mal de choses à vous raconter.


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(2 commentaires)

  1. Merci de nous faire partager ton expérience! De notre côté, en Pennsylvanie, c’est au niveau du « school district » que se joue les règles de rentrée à l’école, et pas au niveau de l’État (sachant qu’en moyenne, un school district a environ 2000 étudiants de la primaire au lycée). Par exemple, de notre côté, pas de pre-K et le Kindergarden est seulement… deux heures par jour! Mais à 2 miles, dans la ville d’à côté, il y a un pre-K et un kindergarden full day… Il y a en ce moment un groupe de parents qui pousse le school district à faire passer le kindergarden en « full day » (qui finit quand même à 15h), et bien c’est pas gagné 🙁 (Vive le Midwest et la vision de la femme qui reste au foyer pendant que l’homme travaille…)

    Je me faisais la réflexion dernièrement sur l’école publique américaine « gratuite »: finalement, ce n’est pas « si » gratuit que ça puisque les schools districts sont financés en grande partie par les taxes locales, qui sont très très élevées (de l’ordre de $1000/mois dans notre banlieue pennsylvanienne!) Ces taxes sont proportionnelles au prix des maisons, ce qui boucle bien le cercle vicieux des inégalités: prix des maisons élevés -> beaucoup de taxes -> bonnes écoles -> prix des maisons élevés. Donc écoles « gratuites » peut-être mais pas très équitables dans la mesure où le « prix » qu’on paie varie en fonction du territoire (pas comme en France où l’école est du ressort de l’État-Nation, donc financé par les impôts de tout le monde (après, on peut aussi discuter des inégalités face à l’impôt…)). Bref, comme tu le dis dans ton article, le système scolaire américain est très inégalitaire!

    Ceci dit, il ne faut pas se voiler la face et en France en tout cas, il y a un système similaire avec les « bons » quartiers, mais comme pour beaucoup de choses, les Etats-Unis poussent les choses à l’extrême. C’est en plus accentué par le fait que la gestion des écoles est extrêmement locale et non nationale (désolée, je ne sais pas comment cela se passe en Belgique).

    1. En Belgique, une ministre illuminée, obsédée par la mixité sociale a pondu le décret inscriptions. Aucun effet positif. Plus de 10 ans de polémiques.

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