Californie

Il pleut en Californie: le paradis est en train de virer à l’enfer

Il pleut en Californie. Et c’est une mauvaise nouvelle pour tout le monde. Nous sommes le 19 février et il a déjà plu en 2019 plus que sur toute l’année 2018. On pourrait en rire, vous pourriez m’envoyer des photos de vos premiers apéros de la saison en terrasse, me dire que décidément, c’est pas de chance de quitter la Belgique pour des contrées ensoleillées et finir par se prendre finalement des trombes d’eau sur la tronche régulièrement. Mais en fait, ça n’a rien de drôle. Ni pour les Californiens, ni pour vous, de l’autre côté de l’océan.

Jeudi dernier, après des années d’une rare sécheresse, une tempête impressionnante s’est abattue sur Palm Springs et a détruit les routes comme on chiffonne un bout de papier sans réfléchir, avant de le mettre à la poubelle. Un torrent de boue s’est déversé sur la ville, emportant palmiers et béton sur son passage.

A dix minutes de chez moi, la route a été broyée et les ponts qui permettaient de circuler sur le Tahquitz Creek Golf Resort ont été déplacés de plusieurs mètres. Face à une telle colère de la nature, je ne me suis pas sentie chanceuse d’avoir été épargnée. Ca, on pouvait l’être il y a quelques années, quand on se disait que tout ça était encore réversible. Je me suis surtout sentie impuissante. Je ne savais pas vraiment comment expliquer à Ezra, trois ans, pourquoi il y avait un si grand trou dans la route.

En fixant les golfeurs qui avaient déjà repris leurs habitudes comme s’ils refusaient de voir que la moitié du green avait été anéanti, je ne voulais pas lui expliquer qu’ils remettraient de la colle ça et là en espérant que ça tienne, jusqu’à la prochaine fois… Je ne voulais pas lui dire, parce qu’on sait tous que ça ne tiendra pas et qu’on n’a pas mieux à proposer.

Alors que la Californie se remet à peine des pires incendies de son histoire, la voilà donc en proie aux coulées de boue. Et parce qu’une horreur ne vient jamais seule: les zones les plus touchées par les inondations sont celles qui peinent à se remettre des incendies. Logique: la végétation est inexistante et rien ne permet de retenir l’eau.

Une étude réalisée par l’université de Californie en 2018 menaçait: le climat tempéré de la région ne sera bientôt plus qu’un agréable souvenir. Bientôt, les touristes ne viendront plus profiter de l’hiver californien qui était jusqu’ici d’une douceur sans égal… L’année passée, à la même période, on passait notre vie dans la piscine, il faisait 28 degrés en permanence.

La prédiction semble s’être réalisée plus vite que prévu. Dans les mois et années à venir, la Californie va jouer sur les deux extrémités du spectre météorologique: les étés seront dramatiquement chauds et secs tandis que toutes les précipitations annuelles seront concentrées sur la seule période hivernale.

Ca, c’était la route principale qui mène à Palm Springs, jeudi.

The Other Big One

Les précipations monstrueuses sont dûes, je vous le donne en mille, au réchauffement climatique et au réchauffement des océans. Ce qui se passe ici se passera ailleurs… C’est l’affaire des Californiens et la vôtre, qui avez tombé la veste dès la mi-février en Belgique… L’étude annonce que dans les 40 ans à venir, la Californie a 300 à 400% de chances d’être frappée par une tempête aussi violente que celle qui a provoqué une inondation légendaire en Californie en 1862. A l’époque, la Californie comptait 500.000 habitants. Aujourd’hui, elle en compte 40 millions. Je vous laisse imaginer les dégâts matériels et humains… Le United States Geological Survey a déjà donné un surnom à cette tempête à venir: « The Other Big One ». Un petit clin d’oeil bien flippant à la faille de San Andreas qui menace la Californie d’un tremblement de terre gigantesque.

Enfin, « détail » dans le flot d’informations qu’on nous sert en continu: au cours des dernières années, il y a eu plus de sans-abris morts de froid à Los Angeles qu’à New York. Hallucinant, n’est-ce pas? On pourrait croire que le climat modéré de l’Etat où je vis est une bonne chose pour les personnes sans domicile fixe. Oui mais non: l’hypothermie peut se manifester lors de journée où la température baisse de plus de 10 degrés, c’est fréquent ici. La douceur habituelle pousse également les gens à se découvrir. Ils sont peu à vivre dehors ici et à être coiffés d’un bonnet… Quand le froid survient, la nuit, il est vite insupportable. Enfin, les précipitations augmentent donc et il n’y a rien ici qui est fait pour la pluie. Où s’abriter du déluge? Nulle part… Les vêtements mouillés font baisser la température du corps à vitesse grand V et augmente les risques d’hypothermie. Et vu qu’on dit que la pluie n’a pas l’intention de plier bagage…

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(10 commentaires)

  1. Je ne comprends pas les climato-sceptiques, ceux qui nient qu’il se passe quelque chose ! Je me demande quelles catastrophes ils attendent encore pour en prendre conscience.

  2. Et nous, chacun de notre côté, que faisons-nous pour freiner cette catastrophe que la majorité d’entre nous attends avec frayeur ?!?
    Voiture moins polluante? Manger de manière plus réfléchie? Vacances moins lointaine? Garder nos biens de consommation plus longtemps?
    Les petits ruisseaux font les grandes rivières… et dans ce cas, ça ne déborde jamais !
    Merci pour cet article !
    Et puis pour les autres aussi 😉

  3. Merci pour cet article vraiment très touchant. Je vis en France et je me sens très concernée par le changement climatique. J’essaie au quotidien de faire des petits gestes mais il faut faire davantage. Lors des feux en Californie, j’ai pourtant entendu des habitants dire que le réchauffement climatique n’y était pour rien. Penses-tu que la majeure partie des américains prenne conscience du changement climatique? Belle journée à toi!

    1. Aujourd’hui, il a neigé au Joshua Tree, il a neigé à Las Vegas, il pleut encore à torrent chez nous à Palm Springs… J’aimerais croire qu’ils percutent. Mais vu les moteurs de voiture qui tournent en permanence, et la clim mise partout au premier rayon de soleil, je ne suis pas certaine de la prise de conscience…

  4. Je ne suis hélas pas étonnée de ces constats… Pendant que tous les français sont ravis d’avoir un temps d’avril en plein février, moi j’y vois se profiler un nouvel été caniculaire, encore pire que le précédent, comme chaque année, avec toutes les catastrophes qui le précéderont et le suivront…

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