Quelle est notre place, en tant que maman, dans les relations que nos enfants ont avec les autres?

by seayouson

J’ai lu « Votre enfant face aux autres » et mon coeur de mère va mieux après cette lecture éclairante.

Je pense depuis un moment écrire ici tout ce que la première année primaire de mon fils m’a appris sur moi, en tant que parent. J’ai eu l’impression de rentrer dans le « dur » de la parentalité, après six ans d’innocence. Il n’y a pas que mon enfant qui se débarrasse de sa naïveté en grandissant: c’est aussi le cas de sa mère. Depuis le début de l’année scolaire, je m’interroge beaucoup sur les relations que mon fils entretient avec les autres: ses copains, les grands de la cour de récré, les profs. Parce que je sais qu’elles vont le construire, le faire évoluer, le blesser, l’influencer. En bien, j’espère. En mal, peut-être. Mes questions tiennent en une: faut-il se mêler des relations de nos enfants?

Nous nous intéressons à la vie sociale de nos enfants alors que nos parents n’en avaient rien à faire de la nôtre

Je viens de lire le bouquin « Votre enfant face aux autres » de la thérapeute Emmanuelle Piquet et j’ai trouvé le livre éclairant! Emmanuelle Piquet note d’entrée de jeu que « nous sommes beaucoup plus protecteurs que nos parents ». « Les capacités sociales de nos enfants sont devenues aussi importantes à nos yeux que leur réussite scolaire. » Je peux difficilement lui donner tort.

« Votre enfant face aux autres » est sorti aux éditions Les arènes.

Mes parents ne me demandaient jamais comment ma journée s’était passée avec mes copines. On parlait de mes notes, de mes devoirs, de ce que m’avait dit tel ou tel prof, mais pas de mes interactions personnelles dans la cour de récréation. Les parents d’aujourd’hui s’inquiètent de l’intégration sociale de leurs mômes, de la façon dont la puéricultrice, le prof, ses potes traitent la chair de leur chair.

Souvent, on fait pire que bien en se mêlant des relations que notre enfant a avec les autres

Pour Emmanuelle Piquet, à force de se mêler des relations de notre enfant, à force de nous interposer entre lui et celui qui vient de le dépasser dans la file du toboggan, on fait souvent le contraire que ce que l’on souhaite. Elle écrit: « Au départ simples spectateurs, nous pouvons rapidement être poussés par nos émotions à devenir les coréalisateurs des différents feuilletons, parfois dramatiques, qui se déroulent sous nos yeux. »

Elle continue: « En tançant la cousine autoritaire, en demandant à la puéricultrice d’être un peu plus douce, en tentant d’empêcher notre enfant de trop s’attacher à tel ou tel autre (…) », le parent crée des changements de scénarios « parfois pour le meilleur mais malheureusement souvent pour le pire ».

« Nos enfants finissent par être en quelque sorte dépossédés de leur propre rôle. » Ça en fait des petits êtres perdus, incapables d’analyser leurs propres émotions. Ce n’est pas ça, leur donner des armes pour affronter le monde dans lequel ils vivent.

Savoir que notre enfant n’est pas apprécié: une douleur quasi animale pour ses parents

Savoir que quelqu’un n’aime pas mon fils me rend parfois dingue. Je le trouve doux, gentil, curieux, drôle, et je ne comprends pas qu’il puisse en être autrement. J’exagère, bien sûr: je suis bien consciente qu’on ne peut pas plaire à tout le monde et que ça vaut aussi pour mon fils. Mais si je sens qu’on se moque de lui, qu’on le manipule, qu’on lui parle mal, qu’on profite de sa gentillesse, j’ai très envie de m’interposer.

Dans « Votre enfant face aux autres », Emmanuelle Piquet écrit: « Nous n’avions pas anticipé cela avant qu’il naisse: ce que sa façon d’être avec les autres, et celles des autres avec lui, allaient susciter émotionnellement chez nous. C’est pourtant sans doute un des territoires où notre fragilité de parent est la plus tangible. » Savoir que notre enfant n’est pas apprécié est « une peine presque animale. Une douleur qui vient des tripes. Une douleur faite de chagrin, de peur et de colère. Une douleur en résonance. Il souffre, sa souffrance me fait souffrir. » Je n’aurais pas pu mieux l’écrire.

Dans ce bouquin aux explications absolument limpides, Emmanuelle Piquet dresse la liste des problèmes que l’enfant peut rencontrer dans ses relations avec les autres. Chaque situation est illustrée par un exemple très concret. Emmanuelle retranscrit ses échanges avec des parents dépassés par la situation à laquelle ils font face. Ils arrivent chez elle en disant « avoir tout essayé ».

Les situations concrètes abordées dans « Votre enfant face aux autres »

  • Il y a la maman adepte de la communication non-violente qui raconte que son enfant se fait mordre et bousculer par les autres enfants à la crèche. Elle regrette que personne ne semble prendre la mesure de ce qui se passe.
  • Il y a un papa désespéré parce que son fils est au fond du trou après avoir été quitté par sa copine. Lui est content: la fille était bien trop âgée pour son garçon et il ne la supportait pas. Il est heureux que ça soit fini et à la fois, face au chagrin de son fils, il ne sait plus quoi faire.
  • Il y a une maman qui raconte l’amitié toxique de sa fille avec une gamine de l’école primaire qu’elle fréquente. A ses yeux, cette enfant-là a déjà des attitudes d’ado cruelle et ça la terrifie. Elle voudrait que sa fille arrête de la fréquenter mais elle ne l’écoute pas.
  • Il y a une préado de 12 ans qui souffre de ne pas réussir à s’intégrer dans la bande populaire de son école.
  • Il y a une ado qui vient raconter que son fils a des problèmes avec les profs. Il les provoque, ils le rabaissent, elle devient dingue à l’idée que son fils soit ainsi traité même si elle est d’accord qu’il doit apprendre à mieux se tenir. Mais rien ne change. Et elle ne sait plus quoi faire.

Les propositions qu’Emmanuelle fait aux parents dans « Votre enfant face aux autres » pour tenter de résoudre les conflits sont basées sur l’école de Palo Alto. Elle propose systématiquement aux parents ou aux jeunes qui viennent la consulter de faire exactement l’inverse que ce qu’ils ont déjà tenté. C’est évidemment surprenant, pas toujours bien reçu de prime abord, mais très instructif. Elle les encourage aussi à s’interroger: qui, la situation décrite, fait-elle souffrir? L’enfant ou le parent?

Maman sait-elle vraiment « mieux »?

Par exemple, dans la situation où la maman veut que sa fille arrête de traîner avec sa petite copine qui la « maltraite », Emmanuelle explique que sans s’en rendre compte, la maman envoie un message paradoxal à son enfant. Elle lui dit que sa relation n’est pas satisfaisante et qu’elle doit donc en changer. Mais la fillette, elle, vit très bien cette relation. « Alors qui a raison? Sa maman ou bien elle? »

Si l’enfant considère qu’elle sait mieux que personne ce qu’elle ressent, un conflit, latent ou explosif, risque de naître entre elle et sa maman. Et si à l’inverse, elle donne du crédit à ce que lui dit sa maman et qu’elle coupe les ponts avec sa copine, « elle risque de faire un apprentissage des plus désastreux à terme: elle ne doit pas faire confiance à ce qu’elle ressent car sa maman ressent très bien les choses à sa place. » Gloups.

Des conseils et des pistes qui font un bien fou

Ce livre regorge de petits conseils qui m’ont fait énormément de bien à lire. Je m’interroge beaucoup sur mes façons de réagir pour ne pas faire peser le poids de mes expériences passées à mon fils, pour le guider sans brouiller son propre ressenti.

S’il ne faut retenir qu’une chose de cette lecture, j’ai beaucoup aimé cette phrase, qui tourne en boucle dans ma tête depuis: pour débloquer des situations douloureuses, on se met à côté de son enfant, pas entre lui et les autres. Il faut l’aider à puiser dans ses propres ressources et non pas « faire à sa place », au risque de le paralyser dans ses relations.

De bout en bout, j’ai trouvé « Votre enfant face aux autres » passionnant. J’aurais eu envie de vous en copier de nombreux passages ici. Mais je vais faire mieux: je vous conseille de l’acheter et de le lire. N’hésitez pas à me donner votre avis une fois que c’est en commentaires de l’article. C’est toujours chouette d’échanger sur des sujets qui nous rassemblent.

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