Californie

La chose que je préfère par-dessus tout dans l’expatriation

C’est quelque chose que beaucoup vivent et dont on parle assez peu quand on parle d’expatriation. C’est pourtant l’une des choses que je préfère dans le fait d’avoir mis 9000 kilomètres de distance entre mon chez-moi originel et l’endroit où je vis désormais. Quand on est partis, on ne savait pas ce qu’on allait trouver. Ni d’ailleurs ce qu’on était venus chercher. C’était le premier article de ce blog. Deux ans plus tard, je pense avoir une partie de la réponse: c’est moi que je cherchais.

Moi, telle que je suis à 34 ans. S’expatrier, c’est se redécouvrir sans le poids des étiquettes et des jugements de ceux qui vous connaissent depuis toujours. De ceux qui ne vous ont pas vu grandir, évoluer, changer alors qu’ils marchaient tous les jours à vos côtés. Peut-être parce qu’ils avaient le nez dans le même guidon que vous et qu’ils n’ont pas pris ou eu le temps de le relever pour mesurer le chemin parcouru?

Ici, je peux me taire sans qu’on me demande si ça va

L’expatriation, c’est se présenter aux gens sans avoir besoin de jouer le rôle qu’on vous a attribué, ce rôle qui rassure vos proches, parce que c’est comme ça qu’ils vous connaissaient quand vous étiez jeune et comme ça qu’ils savent comment vous prendre (ou croient savoir mais c’est un autre débat). Ici, je peux me taire sans qu’on me demande si « ça va, t’es sûre? » et je ne suis pas obligée de m’agiter et de parler plus fort pour avoir l’impression d’exister. Je ne suis pas futile, légère, inconstante, insolente, exubérante, irresponsable et jamais satisfaite comme je l’étais peut-être ou comme j’ai cru l’être à 18 ans. Ou en tout cas comme on aimait me décrire, parfois.

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S’expatrier c’est faire table rase de tout ce qu’on était: de la projection qu’on avait de soi-même, de ce qu’on identifiait ou croyait identifier dans le regard des gens. C’est avancer sans les mauvaises blagues, les mauvais choix, les mauvaises interprétations qui nous collent à la peau. On a beau savoir que tout ça ne nous définit pas, ce n’est pas facile à faire entendre à ceux qui sont souvent les plus proches de nous. Ce n’est pas facile de s’en convaincre soi-même parfois.

Loin des yeux, relations équilibrées

L’expatriation, c’est réapprendre à aimer les gens qui ne faisaient plus que nous agacer. C’est avoir le temps de leur trouver des excuses et de les comprendre, c’est arrêter de leur reprocher des choses, et arrêter aussi qu’ils nous en reprochent, enfin. Loin des yeux, loin du coeur? Pas sûre… Je dirais: loin des yeux, relations plus saines, équilibre retrouvé. L’attente est moindre. Les obligations sociétales ont disparu. Désormais, les moments à passer ensemble se comptent sur les doigts de la main donc quand vient le temps des retrouvailles, c’est juste de la joie, du partage, des preuves d’affection.

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J’ai classé mes vieux dossiers et je n’ai aucune intention de les rouvrir. Je n’ai plus de temps pour tout ça. L’expatriation m’a rappelé que c’est devant qu’il fallait regarder et que le reste, finalement, comptait bien peu. La vie est trop courte pour qu’on la perde à justifier nos choix.

En Californie, je me présente aux gens et ils n’ont pas d’a priori sur moi. Je n’en ai pas non plus sur eux. C’est rafraichissant, moins oppressant, ça met tout le monde sur un pied d’égalité. Les relations sont plus légères, basées sur la simple envie d’échanger, sur la curiosité de l’autre. Vu qu’il n’y a pas de passif pesant, on a le droit de ne pas donner suite à une relation amicale qui prendrait une mauvaise tournure. On a le droit de ne traîner exclusivement qu’avec des gens qui nous font rire. Avec l’expatriation, on le droit d’oser être soi, enfin. Croyez-moi, ça fait un bien fou.

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(10 commentaires)

  1. Wahou, quel article ! Sans vivre tout ça, je trouve tes mots tellement vrais… Ça donne terriblement envie mais il faut certainement un grand courage pour franchir le pas, et je ne suis pas sûre que je pourrais ! Vivre pleinement sans avoir peur du regard des autres… Je crois qu’on en rêve tous un peu !

    1. Après, vivre en se moquant de ce que les autres pensent, c’est possible dans sa propre région, mais ça demande vraiment de la force et du courage. Mais c’est possible. 🙂

  2. Je suis tout à fait d’accord avec toi et j’ajouterais que nul besoin d’aller si loin pour constater les mêmes effets. Déménager dans une ville où l’on ne connait personne et dans laquelle il faut tout construire permet de repartir (presque) de zéro sans le regard, le jugement ou les a priori des autres.

    1. Oui très clairement. C’est vrai que j’avais en tête ma propre histoire mais dès que tu t éloignes assez de ta ville où tout le monde te connaît, tu peux te réinventer. Ou en tout cas cesser d’inventer quelqu’un que tu n’es pas pour faire plaisir aux autre…

  3. Je suis expatriée en Erythrée depuis 2 ans et demi et je me retrouve complètement dans ton article. Merci d’avoir mis des mots sur des sentiments que j’avais et que je ne pouvais exprimer .. :-). Je n’ai pas choisi la région la plus rock & roll mais je ne regrette pas. Ici j’ai appris la patience, la tolérance, les petits bonheurs non matériels et la valeur de l’amitié… Je découvre dans la foulée ton blog et je suis accroc. Merci et bonne continuation

  4. Je comprends tout à fait ce que tu décris, même si je n’ai pas du tout ces ressentis (faire ce qu’on attend de moi) par rapport à mes proches. Au contraire, ces dernières années, j’ai la sensation de prendre les chemins de traverse.
    Et du coup, en lisant l’article, je me suis demandé si les avantages que tu décris ne s’accompagnent pas d’une certaine superficialité dans les relations à l’étranger?

    1. Exact….c’est la tendance du moment.Finalement l’amour parental pèse. Incroyable!Même si je comprends l ‘éloignement voulu,l’échappée belle.Je les ai pratiqués .On se retrouvera bientôt entre proches à parler pluie et beau temps et découvertes. En fait,du superficiel par rapport à ce que la vie offre de profond.

  5. Oui ça m’a permis de me (re)construire, personnellement. Et puis finalement d’atteindre un stade où j’ai pu analyser le passé. J’avais désormais le recul nécessaire pour voir d’où je venais et ce qui s’était passé. Et j’ai pu commencer à exister vraiment, loin du carcan qu’on m’avait forgé depuis enfance.

  6. Je rêve de m’expatrier (et précisément dans l’ouest américain …dont Palm Springs est notre ville préférée..) et je ressens aussi le besoin de m’éloigner de mes proches, mais pas pour les fuir: pour les aimez mieux.
    J’ai cette envie de vivre une nouvelle vie, de lui donner un nouveau sens.
    Mes (grands) enfants ne sont pas encore tout à fait indépendants mais je sens la rupture du cordon qui me terrifie, mon mari et moi nous entendons à merveille mais n’osons pas (encore) franchir ce pas, surtout parce que nous n’avons pas de projet, et plus le temps passe et plus je me dis qu’on rate quelque chose d’essentiel pour notre épanouissement.
    Je vous admire et j’admire tout ceux qui franchissent le cap, avec leurs bonheurs et désillusions. Mais de l’avoir fait!

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