Vous l’avez peut-être déjà appris sur Instagram: suite à la crise du coronavirus, nous avons quitté précipitamment les États-Unis pour rentrer en Belgique. Ce retour est temporaire. Mais je vous devais quelques détails… Voilà pourquoi on a quitté les États-Unis.
C’était samedi, 22 mars.
Le 22 mars, c’est décidément pourri. La Belgique le sait plus que jamais.
Le matin, tout allait bien. En fin de journée, tout partait en vrille.
En matinée, on est allés faire une balade au milieu des palmiers de la Coachella Valley Preserve. Il faisait chaud, c’était beau, on faisait des projets pour les jours à venir. J’ai eu une collègue travaillant pour le journal où j’ai débuté ma carrière au téléphone dans la voiture. Elle m’expliquait que tous les journalistes de ce quotidien avaient été mis au chômage technique un jour par semaine. C’est elle qui m’a appris que les annonceurs publicitaires avaient déserté le navire dès le début de la pandémie. Je vous laisse lire les articles ici et là pour comprendre un peu mieux ce qui se passe en coulisses. Je pensais naïvement que l’entreprise pour laquelle je travaille y échapperait. Ca me semblait vraiment impensable… Une heure après, j’avais un mail de mon employeur annonçant que certains services allaient être touchés par le chômage technique. Pas les journalistes, en tout cas pas dans un premier temps.
Mais sous notre toit, l’inquiétude venait de monter d’un cran.
Mauvaises nouvelles sur mauvaises nouvelles
Ça faisait des jours que les mauvaises nouvelles s’enchaînaient.
La fermeture des frontières entre les USA et l’Europe a d’abord été annoncée par Donald Trump le 11 mars. Initialement annoncée pour 30 jours, on avait, et on a toujours, du mal à croire que le trafic aérien reviendra à la normale d’ici peu.
Les cas de coronavirus dans la vallée de Coachella ne cessaient de grimper. Le confinement avait été mis en place localement à Palm Springs le 18 mars, avant même qu’il ne soit imposé dans toute la Californie.
Bien qu’en possession d’une assurance santé, on savait qu’on allait être stressés comme jamais si on tombait malades. Les hôpitaux californiens sont déjà au maximum de leur capacité. On savait qu’on ne pourrait pas aller dans n’importe quel hôpital pour se faire soigner (c’est l’assurance qui choisit), et tous les échos qu’on a eus ainsi que notre propre expérience de la question ont démontré que consulter un médecin aux USA coûte horriblement cher. Je ne vous parle même pas d’un tour aux soins intensifs.
Et puis, il y avait cette question: si jamais on tombait malades tous les deux, qu’est-ce qu’on ferait d’Ezra? Qui s’en occuperait? On avait beau respecter à la lettre le confinement, on devait encore s’exposer pour faire nos courses. Avec le risque donc de ramener le Covid-19 à la maison à chaque fois…
Enfin, il y avait ces gens, en Californie ou ailleurs aux États-Unis, de plus en plus nombreux, faisant la file devant les marchands d’armes à travers tout le pays. Je vous en parlais ici.
Beaucoup d’incertitudes et d’inquiétudes
Ça commençait à faire beaucoup d’incertitudes et d’inquiétudes. On a eu peur, tout à coup, de se retrouver dans le jus pour payer nos factures dans un pays où la mentalité n’est pas vraiment à la compréhension quand il y a de l’argent en jeu. Notre visa ne nous permet pas de travailler pour un employeur américain: on n’aurait même pas pu travailler chez Starbucks pour « tenir », au cas où. Et vu que les avions sont, pour la majorité, cloués au sol, on n’aurait même pas su rentrer en Belgique se mettre à l’abri au cas où le pire scénario se dessinait.
C’est donc la première fois qu’on s’est demandé si on devait rester en Californie ou non. J’ai appelé le Ministère des Affaires étrangères et le consulat belge à Los Angeles. J’espérais que mes interlocuteurs me rassurent, qu’ils me disent que ça allait le faire. Ils m’ont tous les deux dit, sans se concerter, qu’au vu de notre situation un peu particulière (je ne suis pas résidente permanente américaine, je paie toujours mes impôts en Belgique, j’y suis toujours domiciliée, je paie toujours ma mutuelle…), il était plus prudent de rentrer. Ils m’ont tous les deux confirmé également que les perturbations du trafic aérien risquaient de se prolonger…
Tout s’est aligné si « facilement » qu’on a pris ça pour un signe
Après quelques minutes de réflexion sur le patio au soleil, je me suis dit que j’allais appeler la compagnie aérienne Delta. Pour voir… On était en possession de billets pour le 23 avril. On aurait dû rentrer à cette date-là pour des vacances en Belgique. J’aurais dû, de là, partir couvrir le Festival de Cannes en mai. Il a été annulé entre-temps. Mais à la base donc, on devait atterrir à Paris le 23 avril et repartir de Paris pour la Californie le 24 mai. Par chance, nous qui réservons toujours avec la compagnie low cost Norwegian, qui était déjà en difficulté et qui risque de ne pas se relever de la crise actuelle, on avait booké notre prochain trip avec Delta.
Pour c’était une chance? Parce que Delta est partenaire d’Air France et qu’Air France est encore la seule compagnie à assurer des liaisons (extrêmement réduites) entre Los Angeles et Paris. Douze minutes d’attente plus tard, l’opératrice m’a annoncé qu’elle avait un vol disponible pour mes hommes et moi le dimanche suivant, 29 mars, au lieu de notre 23 avril initial. Au vu de la situation mondiale actuelle, déplacer la date de notre départ pour l’Europe pouvait se faire sans aucun frais supplémentaire.
Et donc, on repart quand?
On a échangé un regard entendu. Tout semblait nous crier de rentrer fissa en Belgique. On a donc, en quelque sorte, avancé nos vacances et on verra comment la situation évolue pour le retour. Notre billet Paris – Palm Springs du 24 mai est toujours d’actualité aujourd’hui. Je doute qu’on puisse repartir à ce moment-là. Mais on pourra probablement reporter, puisque l’annulation ne sera pas de notre fait.
Ce retour en Belgique est bel et bien temporaire. La Belgique n’a rien d’horrible et on reviendra peut-être un jour mais mon chez moi, pour le moment, il est là-bas. Je n’ai pas coché tout ce que j’avais prévu de faire en Californie. Il me reste encore des cases à noircir sur ma to do list de l’Ouest. C’est évidemment perturbant et compliqué mais on n’a pas dû traverser la mer sur un canot de sauvetage dans le froid, le noir et en ayant faim… On relativise. Notre situation actuelle n’est pas idéale mais elle n’est pas tragique.
On a la chance d’être bien entourés, d’avoir un passeport qui nous permet de voyager facilement, d’être en bonne santé, d’être en famille, de n’avoir aucun de nos proches à l’hôpital. C’est dur mais on a de la chance parce qu’on a eu le choix et que beaucoup ne l’ont pas, parce qu’on a, en Belgique, certains acquis sociaux qui n’existent pas ailleurs. On attend que la situation se calme pour reprendre la suite de notre aventure. D’ici là, les articles sur la Californie continueront à être publiés ici. On a tous besoin de rêver à l’après et j’ai encore beaucoup de choses à vous partager. Autant que j’en profite pour me mettre à jour!
3 comments
Vous avez rudement bien fait. De par votre situation, je ne vois pas vraiment quelle option ils vous restait à moins de vous acheter pour 6mois de conserve et de PQ et rester tout ce temps chez vous sans croiser personne. Je n’en reviens pas comme, dans ce contexte, les gens jugent sans même comprendre les ressorts des décisions de chacun.
Une connaissance m’a, par exemple, dit que ce n’était pas normal que mon gynéco et moi-même ayons maintenu l’échographie des 20 SA alors qu’elle n’est pas essentielle… ?! Ben peut-être parce qu’en fait le suivi de grossesse est considéré comme essentiel (en Belgique et dans mon hôpital du moins).
Bref, ce choix vous l’avez posé pour vous et votre petit garçon. Et je suis contente de voir que vous êtes bien rentrés en Belgique et que vous traversez ces événements comme tout le monde : comme vous pouvez.
Prenez soin de vous. Que chacun prenne soin de soi et des autres… Respirons un bon coup. 🙂
Bonjour, pourquoi avoir rendu le logement ? J’imagine que payer double loyer (usa et Belgique) n’était pas possible évidemment surtout que la durée est indéterminée mais ça sera facile de retrouver à votre retour ?
En tout cas j’imagine la difficulté de ce choix… Bon courage
Bonjour, oui, vu que c’était temporaire mais qu’on ne savait pas si c’était pour un mois ou 5, et que notre loyer là bas est quand même conséquent, on se disait que c’était plus simple… Le garde meubles nous coûte 100 euros. C’était plus simple. On peut emménager et déménager facilement en Californie. Le bail locatif est de maximum 1 an renouvelable mais on peut louer par mois aussi… Ça laisse plus de latitudes. On a du payer 1 mois de loyer.