Un an en Californie Voyage en famille

Ce qu’on ne vous dit pas sur l’expatriation en famille

Partir à l’autre du bout du monde pour un temps long plus ou moins défini, ça donne le vertige. Mais partir à l’autre bout du monde en famille, ça diminue les peurs. On se confronte à une autre culture en douceur: on continue à parler sa langue maternelle à la maison, on découvre de nouveaux endroits ensemble, on s’encourage et on se soutient mutuellement quand le manque du pays se fait trop lourd. On n’est jamais vraiment seuls.

Et c’est bien cela qu’on ne vous dit jamais au sujet de l’expatriation en famille: on n’est jamais vraiment seuls. Si ça rend l’arrivée moins brutale, ça met votre couple et votre vie de famille à l’épreuve. Ici, pas de soupape de décompression, pas de grands-parents pour prendre le relais le vendredi soir, pas de copines avec qui aller boire un verre pour faire un break. On se réveille à la même heure, on mange ensemble trois fois par jour et on va se coucher au même moment. Quand je ferme la porte de ma chambre où se trouve mon bureau, Ezra l’ouvre dans les cinq minutes pour savoir pourquoi je l’ai fermée. Quand je prends ma douche, il est derrière le rideau et il me parle de Flash McQueen. Quand mon mec ne se trouve pas dans la même pièce que moi, j’ai l’impression qu’il tire la tête. On est à trois. Tout le temps. Qu’on le veuille ou non.

Notre configuration de travail est, en plus, particulière: on travaille tous les deux à la maison. Donc même les jours où Ezra est à l’école, on respire le même air. Chacun dans sa pièce, certes, mais quand même. Si ça s’est toujours globalement bien passé, on a eu quelques soirées compliquées au début. Ezra était plus petit, on prenait encore nos marques dans notre nouveau rôle de parents et on était frustré non pas d’être l’un avec l’autre mais d’être coincés chez nous sans possibilité de laisser Ezra gratuitement à quelqu’un. Le baby-sitting ici, c’est 15 dollars de l’heure et financièrement, on vivait sur un seul salaire, et on savait difficilement se le permettre. Aujourd’hui, on sort toujours assez peu et quand on le fait, Ezra ayant grandi, on l’emmène avec nous. Comme je le disais, il est scolarisé cette année, ce n’était pas le cas l’année passée. Ca change aussi la donne et ça nous offre des possibilités de respiration. Mais je vous jure: il faut s’aimer très fort et apprendre à supporter ceux qui habitent sous notre toit sans trop râler.

On ravale ici des remarques qu’on aurait faites très facilement en Belgique. On évite les conflits inutiles. On sait qu’on va très vite être forcés de les résoudre. Il faut donc se disputer pour l’essentiel, sinon on ne s’en sort plus. Ca vous apprend la patience, la compréhension et l’acceptation.

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La chose la plus surprenante finalement pour moi, c’est que le fait d’être à l’autre bout du monde en famille, ça vous empêche un peu de rencontrer des gens. Je suppose que ce n’est pas forcément le cas dans d’autres pays mais ici, avancer en trio nous isole un peu. On se met moins en danger et on fait peut-être un peu peur à ceux qui auraient envie de nous aborder. On est plus bruyant à trois que seul, n’est-ce pas? En Californie, les gens sont très accueillants, très chaleureux. Beaucoup nous interrogent sur notre accent, sur le pourquoi de notre présence ici, sur l’âge d’Ezra, mais ça va difficilement plus loin. En Californie, et je ne sais pas si c’est partout pareil aux Etats-Unis, les échanges restent en surface, on n’étale pas ses états d’âme dans le détail. On sympathise, on sourit mais ça ne veut pas dire pour autant qu’on est amis. De toute façon, des amis, on en a déjà et l’entretien des amitiés longue distance demandent un vrai travail de fond. Est-ce que c’est pour ça aussi qu’on ne recherche pas (en tout cas, qu’on ne recherche plus, après quelques mois) à se faire des copains ici? Peut-être.

Et puis, il n’y a rien à faire: en voyage comme dans la vie, malgré tous les efforts qu’on faits, avoir un enfant modifie implacablement nos relations et notre façon d’interagir avec les autres. Je pense que nos rapports aux autres auraient été très différents si on n’avait pas eu d’enfant. Il a faim, il est fatigué, il râle, il a chaud, il doit faire pipi, il est tombé: on est interrompu mille fois. Parfois, nos amis (parce qu’on en a quand même, ici. Peu, mais des bons.) nous proposent de les rejoindre à tel ou tel endroit. Mais nos horaires de travail, de repas, de sortie ne sont jamais les mêmes. Et avec un enfant, on n’improvise pas les choses de la même façon. En Californie, les familles prennent leur repas du soir à l’heure du goûter chez nous (on a mangé à 16 heures à Thanksgiving), les soirées à la maison débutent à 16 heures et terminent à 19 heures. On est toujours un peu déphasé, on essaie de s’adapter mais ce n’est pas facile de laisser tomber nos habitudes bien ancrées d’Européens. Du coup, ça nous isole probablement un peu…

On a appris à faire avec. On s’est récemment dit qu’on avait appris à se suffire à nous-mêmes. On a tellement pris l’habitude d’être à trois depuis 1 an et 4 mois qu’on s’en contente désormais parfaitement. On a nos habitudes, nos délires, notre rythme. Beaucoup plus lent qu’en Belgique. Et beaucoup plus lent que la moyenne des gens ici. Beaucoup plus lent, en fait, que n’importe qui vivant dans son pays d’origine. On ne doit pas courir, on n’est jamais pressé, on n’a pas de famille ou d’amis à voir pendant le week-end. En dehors de nos heures de travail, on fait ce qu’on veut, quand on veut, comme on veut. C’est probablement ça qui fait d’ailleurs tant rêver dans l’expatriation: la liberté qu’elle nous rend. Ça, je confirme, c’est quelque chose qui se dit et qui est vrai.

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(23 commentaires)

  1. lol en expat on ne rencontre personne…. tout depend de sa configuration de vie…. quand les deux travaillent (cas les plus courants quand meme – s’expatrier sur un seul salaire ces lol… un brin dangereux non?) on ne rencontre que du monde…. tout le temps partout…. avec ou sans enfants…. on voyage tout le temps et on decouvre tout le temps… sauf si on est casanier… dans quel cas… a quoi bon etre expat?

    1. Bien sûr tout dépend de sa configuration. J’explique dans ce post que la nôtre est un peu particulière. C’est mon ressenti, et je le détaille. S’expatrier sur un seul salaire était une décision réfléchie et de toute façon, obligatoire. Réfléchie parce que le deuxième salaire aurait servi en grande partie à payer l’école de notre fils. Donc autant passer du temps avec lui. Et obligatoire dans un premier temps pcq obtenir un permis de travail aux États Unis n’a rien de simple. Je connais énormément d’expat ici aux États Unis qui fonctionnent de la même façon a cause de la difficulté de travailler dans la légalité sur le territoire us: il n’est pas rare que l’un des deux travaillent, pcq sa configuration professionnelle le lui permet sur le territoire américain, et que l’autre s’occupe des enfants, si enfants il y a. Et bien entendu on rencontre des gens… Je le dis; on discute on sourit on échange. Je ne dis pas le contraire. Mais de la à se faire des amis… c’est une autre affaire.

      1. Wow bravo pour ta belle réponse calme ! J’ai trouvé ce commentaire très désagréable, sûrement parce que je vis exactement mon expatriation comme toi 😂

  2. Chouette article, une fois de plus ! ça permet de mieux comprendre le fonctionnement de votre team au quotidien. Honnêtement, avec mon homme, je ne sais pas si on réussirait à vivre comme ça. Mais hors d’un contexte habituel, les choses seraient peut-être tout à fait différentes, qui sait ?… 😉

    1. Je t’avoue que je ne savais pas si on allait réussir ou pas mais on a chacun fait des petits ajustements et en fait, tant qu’y a de l’amour, une écoute mutuelle et qu’on autorise à l’autre de crier son ras-le-bol quand il en a besoin…. En fait, c’est pas si dur!!

  3. Pour le coup j’ai un peu le même sentiment en habitant dans le même pays mais très loin de nos familles. On ne peut compter sur les grands-parents et les amis pour souffler uniquement lors des périodes de vacances où on peut se déplacer, on est très isolés car nous n’arrivons pas à nous faire d’amis sur place étant donné que nous sommes tous les 5 ans « contre le reste du monde » la plupart du temps.

    L’isolement en famille est je pense l’une des plus grossesses difficultés que nous ayons rencontré.

    1. Ce côté « petite troupe » qui débarque, ça fait peur aux gens… Je crois qu’il faut oser et avoir le temps de sortir seuls ou en tout cas sans les enfants pour nouer des contacts plus facilement mais bon… Pas toujours simple. Perso, je ne le fais pas. 😀

  4. merci pour ton retour. Ayant été expatrier au Sénégal de mes 3 à 5 ans (et revenue avec un petit frère en prime) puis de mes 13 à 15 ans, je me retrouve dans le cocon qui se resserre autour de la famille. j’ai d’excellents souvenirs de cette période et aucune (grosses) brouilles avec et entre mes parents. La famille apaise sûrement les choses quand tout tourne autour de cet axe.

    1. Probablement… En temps normal, ça peut chauffer un peu plus, c’est clair… :-)) Mais ici, jamais ou très peu d’embrouilles… C’est fou. J’aurais cru l’inverse avant de savoir.

    2. Tiens, petite question, tu étais à l’étranger et au soleil au même âge que mon fils. Quel souvenir en gardes-tu? Des sensations? Un besoin de soleil en permanence? Des envies de voyage?

      1. J’en garde d’excellents souvenirs, je me rappelais des chemins pour aller à l’école, aux courses, à la piscine, à mon restaurant préféré et cela 10 ans après ! Je me souvenais d’endroits marquants comme : la première piscine avec mon frère qui est né la-bas, l’endroit où on avait acheté avec mon père LA robe pour aller voir mon petit-frère à la maternité. Je me souviens également de mes perroquets qu’on avait pas pu ramener en France … Plein de superbes souvenirs.
        Je n’ai pas forcement besoin de soleil (même si je suis une grande frileuse), j’adore voyager.
        Mais ce que je retiens le plus et ce que ca m’a vraiment apporté, c’est une ouverture d’esprit et une grande adaptabilité au milieu dans lequel je suis. Je n’ai pas peur des inconnus (français ou étranger) au contraire j’aime aller vers eux, les connaître … Je me rappelle à mon retour en France, à l’école une petite fille malienne était tout le temps toute seule. Moi, je suis allée vers elle et c’est devenue ma copine. Ma seule copine car les autres ne voulait pas être sa copine vu qu’elle etait noire. Un jour, ma mère m’a demandé pourquoi j’étais copine avec elle et j’avais répondu « C’est pas parce qu’elle est noire qu’elle n’a pas le droit d’avoir des copines. Et si les autres ne veulent pas jouer avec nous tanpis. » Ma mère en avait pleuré. Un peu plus tard j’avais dis à ma mère qu’au Sénégal j’étais la seule blanche et j’avais quand même des amies. J’avais du mal à comprendre l’intolérance et j’ai toujours beaucoup de mal avec ça. Disons que je sais ce que c’est d’être étranger dans un pays dans lequel je vivais

  5. C’est ce que je trouvais le plus difficile au début, ne pouvoir compter que sur nous, et n’etre qu’entre nous. Se faire des amis ici, et notamment des amis proches géographiquement, nous a permis de relâcher la soupape. Depuis cette année, on fait aussi appel de temps en temps à une baby-sitter pour pouvoir sortir entre nous. Mais ça nous a rapproché,en tant que famille. Pas de grands parents à qui les confier un week end, on ne peut compter que sur nous, y compris si on est tous les deux malades en même temps (ça nous est arrivé !).

    1. Tu le sais, ici l’école est privée avant 5 ans. J’espérais me faire des copines à la sortie des classes mais en fait il n’y en a pas vraiment. Tout le monde dépose et va rechercher son enfant à l’heure qu’il veut. On se croise assez peu. Je suppose que si Ezra avait 5 ans et fréquentait l’école « classique », ça serait différent. La baby-sit, je trouve ça hyper cher ici mais on a déjà fait appel à un collegue de nos copains. C’est rassurant de savoir qu’il le connaisse bien sur… Et pour le malade en meme temps: mais alors les filles étaient malades aussi? :-)))

  6. C’est tellement vrai. L’expatriation apporte une proximité que l’on n’a pas en Belgique. C’est une épreuve pour le couple, pour la famille et, en même temps, lorsque ça se passe bien, c’est un véritable trésor.
    Lorsque je rentre en Belgique et échange avec mes amis, ma famille, je constate qu’ils comprennent difficilement cette proximité que nous avons, mon homme et moi (et depuis un an, avec notre fils également). Mais je prends ça comme une véritable richesse.
    Merci pour votre article encore une fois

    1. Oui, je pense que nos proches peuvent aussi avoir du mal à comprendre notre fonctionnement. C’est très intense. Mais vu que ça se passe bien, c’est comme tu dis: une vraie richesse. 🙂

  7. Ce que tu dis sur la difficulté à se faire des amis, j’ai l’impression que c’est assez fréquent aux États-Unis. D’autres amis expatriés me l’ont raconté : ils ont tout de suite beaucoup de contacts mais ça reste longtemps très superficiel.
    Ce qui m’a marqué par contre, c’est la solidarité entre expatriés. Nous sommes tous loin de notre famille, de notre cercle amical et ici, dès que quelqu’un a un souci, il y a toujours d’autres expatriés qui vont proposer de t’aider.

    1. Oui, on a plein de connaissances, qui sont très sympa et prêts à rendre service mais on n’a que deux vrais amis avec qui on peut vraiment se lacher. 🙂 Pour la solidarité, je pense que tu as raison mais on est un peu isolés dans notre désert… Il y a plus d’expat de notre âge à Los Angeles. Mais on ne s’en plaint pas. On a choisi le coin pour sa qualité de vie en famille et on n’est pas du tout déçus. Merci de ton commentaire en tout cas, c’est hyper cool d’échanger sur la question. 🙂

  8. Personnellement, j’ai trouvé qu’avoir un enfant aidait plutôt à rencontrer du monde. L’amitié prend du temps, et un peu plus avec les Américains qui comme tu dis sont très avenants en surface mais avec qui il est difficile d’aller plus loin. Il faut se retrouver autour d’un intérêt commun (enfants, soirées jeux, associations…) et ne pas hésiter à relancer les personnes (sans faire du harcèlement bien sûr 😉 ). En bonus un petit article avec quelques conseils pour rencontrer du monde aux USA: https://rainbowsetc.fr/2018/02/20/7-facons-de-rencontrer-des-americains/

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