Enfant, etc

Mon seul conseil aux femmes enceintes pour la première fois

Elle ne m’a pas laissé le choix. Assise derrière son petit bureau, ma gynécologue m’a tendu un post-it avec un prénom et un numéro de téléphone: « On ne se rend pas à son accouchement sans y être préparée un minimum. » Dans mon ventre, le petit haricot était devenu un Playmobil, on pouvait désormais se projeter. Mais l’idée d’aller confier mes états d’âme à une inconnue me fatiguait d’avance. J’avais une réelle passion pour ce qui se passait dans mon ventre mais aucun besoin d’en faire étalage. Encore moins à une sage-femme, que j’imaginais, de par sa fonction, bio-bobo-bisounours. Je n’ai pas franchement aimé être enceinte en public. A l’exception de l’absence brutale d’alcool et d’une indication en anglais sur mon test de grossesse (je l’ai fait dans une chambre d’hôtel à Los Angeles, pendant un déplacement professionnel), ma vie n’avait pas encore franchement changé et j’avais bien l’intention de profiter autant que possible de mes derniers jours en tête-à-tête avec moi-même. M’extasier en me caressant le nombril, supporter les mains palpeuses et curieuses, très peu pour moi. Mais l’ordre était donné et j’ai promis d’aller au moins au premier rendez-vous. J’y ai traîné mon homme et son grand désespoir. On se disait que ça ne servirait à rien, qu’on ferait la conversation et qu’on ne donnerait pas suite. Oui, quand on s’encourage mutuellement, on fait ça bien comme vous pouvez le constater…

Ma gynéco m’avait dit que j’allais être surprise mais « que ça allait probablement bien coller entre nous ». Quand la sage-femme nous a ouvert la porte, je me suis demandée ce que ma gynéco avait fumé pour penser qu’on allait bien s’entendre. La dame, mère de quatre enfants, n’était pas coiffée, deux chiens aboyaient dans le salon (je n’ai pas d’affinités particulières avec les animaux). A l’étage de sa grande maison pleine de bazar, dans la pièce destinée à ses rencontres avec les futurs parents, une musique zen, un ballon d’exercice, une chaise à bascule en osier, du thé brûlant, des lectures donnant la parole au bébé. J’avais envie de partir en courant. Je lui ai tout de suite dit que je n’avais pas de projet d’accouchement, que mon projet était justement de ne pas en avoir, et j’ai précisé d’emblée que je n’avais aucunement l’intention d’allaiter. Les dés étaient jetés, elle allait se crisper…

Je me suis bien plantée. Elle a eu un sourire qui n’avait rien de condescendant. Son regard ne me disait pas: « Je vais te faire changer d’avis à force d’arguments ». Il me disait: « Ok, on fera comme tu le sens, tant que tu te sens bien. » Je me suis sentie acceptée et écoutée. Et j’ai fini par me détendre dans son fauteuil à bascule. Mon homme, de son côté, a eu l’impression d’être pris en compte pour la première fois depuis le début de la grossesse. Jusque là, c’est plutôt autour de moi qu’on s’agitait et c’est moi qu’on félicitait. Là, on lui demandait enfin comment il voyait les choses et ça lui a fait beaucoup de bien. Dois-je préciser qu’on l’a revue jusqu’à l’accouchement? On n’a loupé aucun rendez-vous. On a parlé de tout, elle m’a donné plein de trucs très pratiques pour le jour J, dont une sorte de sifflet silencieux dans lequel concentrer ma respiration à chaque poussée. Je ne comprenais pas forcément tout ce qu’elle me racontait au cours de nos discussions mais chacune de ses paroles a pris sens pendant l’accouchement, en plein coeur de la douleur. Je regardais Dan et je lui disais: « C’était donc ça qu’elle voulait dire ».

Je l’ai croisée en arrivant à la maternité, elle m’a annoncé qu’elle ne pourrait pas être là parce qu’elle avait un problème familial à régler d’urgence. Mais elle m’a dit: « Tu es capable de le faire. » Je le savais et c’était en partie grâce à elle. Je suis arrivée à l’hôpital en confiance, je n’ai jamais eu peur, malgré les gestes maladroits de la sage-femme stagiaire, une péridurale qui avait cessé de faire effet au moment de l’expulsion et mon heure et demie de poussée. On s’est revue le lendemain, elle avait apporté un petit cadeau pour Ezra. Et c’est elle que j’ai consultée à mon retour à la maison pour un premier check-up du petit… et de mon entrejambe.

Je pense que si j’ai eu un bel accouchement, c’est en partie grâce à elle, ses bons conseils, son soutien, sa franchise. Elle n’a pas enjolivé l’affaire, elle m’a dit les choses telles que j’avais besoin de les entendre. Elle a réussi à comprendre les grandes lignes de mon caractère en quelques minutes (suis-je donc si transparente ou a-t-elle un don?) et elle a adapté son discours en fonction. C’est donc le seul conseil que j’ai envie de donner à toutes celles qui s’apprêtent à vivre pour la première fois l’excitante aventure de la maternité: n’hésitez pas à préparer votre accouchement. Internet, c’est bien, mais ça ne remplacera jamais un échange avec un autre être humain. Suivez votre coeur: sage-femme, kiné, doula, haptonomie, sophrologue… Trouvez la personne qui vous convienne. Moi et mon homme, on a ri avec notre sage-femme (surtout quand elle m’a lâchée tout à fait naturellement: « Si tu pètes pendant l’accouchement, c’est pas grave »), on a réfléchi, on a matérialisé l’idée, elle m’a massée dans la dernière ligne droite, celle où il devient physiquement impossible d’enfiler des chaussettes sans aide, et c’était vraiment trop bon… Toutes les femmes enceintes pour la première fois méritent de tomber sur quelqu’un d’au moins aussi chouette qu’elle. Je vous le souhaite, en tout cas.

enceinte (1).jpg

Publicités

(6 commentaires)

  1. Qu’elle belle expérience et qu’elle belle rencontre !
    Je pense aussi que la présence d’une personne tierce lors de la préparation à l’accouchement peut être un réel support pour la femme enceinte ainsi que pour le couple.
    Un très bel article !

    1. Je pense qu’elle l’est un peu. Et je n’ai rien contre. C’est juste que moi, dans les mots qui commencent par B, je suis plutôt une brute 😀 Et le côté baba cool me fatigue parfois très vite. Mais en fait, elle était surtout hyper à l’écoute et très open à tout. Donc peu importe qu’elle soit bio bobo bisounours, en fait… Et pour le décoiffée, depuis, j’ai compris ce que c’était que de ne pas avoir le temps de faire un brushing a cause d’un enfant accaparant.

  2. Tu es bien tombé ! Pour ma première grossesse je voulais vraiment avoir un suivi, j’ai été orientée vers les sages femmes de la clinique et j’ai eu droit aux cours collectifs de préparation à la naissance. Des grands moments ^^
    Je n’ai pas tiqué. J’ai pourtant perdu ma mère pendant ma grossesse et quand j’ai appelé la sage femme pour lui dire que je ne pourrais pas être présente au cours (pour cause d’enterrement) sa réaction a été la suivante : ooh … ok bon alors vous allez plutôt suivre le cours de ma collègue qui a lieu la semaine d’après, merci au revoir. Ça aurait du me mettre la puce à l’oreille mais même pas ! Mon accouchement s’est bien passé (il valait mieux vu la préparation !). J’ai quand même dû mendier une visite post accouchement … C’est finalement quand je me suis un peu plus renseignée sur le sujet pour le second que j’ai pu constater la nullité du pseudo suivi dont j’avais bénéficié ! Et rectifier le tir pour le deuxième : le jour et la nuit ! Conclusion : prendre une sage femme oui mais ne pas hésiter à en changer si le feeling ne passe pas ! Elles ne sont malheureusement pas toutes comme les tiennes …

    1. Je suis désolée pour la perte de ta maman. Ca a du etre si dur pendant ta grossesse. J’avoue que moi, le collectif. Les cours de rééduc du périnée, c’était collectif, j’ai trouvé ça atroce. J’en ai fait 2 et j’ai renoncé. Pour la sage-femme, c’est suuuur que si on tombe sur quelqu’un avec qui le feeling ne passe pas, il faut changer directement, ça ne sert à rien d’insister, on a que quelques semaines pour se sentir en confiance… <3

  3. quelle belle rencontre que l’on ressent dans cet article! Je me retrouve complètement, pas de projet d’accouchement, pas d’allaitement, et l’angoisse devant la musique zen et les fauteuils à bascule…et puis finalement l’absence de jugement, les mots justes comme il faut, ni trop ni trop peu. J’ai découvert cette sage femme sur un hasard pour les cours de prépa…et pour la 2ème fois je n’ai pas hésité une seule seconde pour y faire le suivi complet…j’ai même hâte de commencer les cours de prépa cette fois-ci, alors que la première fois je ne demandais qu’à ce qu’on me laisse me projetter avec moi-même. Tu as raison, c’est vraiment le seul et le meilleur conseil à donner!!

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.