Enfant, etc

J’ai mis trois jours pour annoncer la naissance de mon fils et je ne regrette rien

Pas simple d’échapper aux conventions dans certaines situations. Dans tous les domaines de la vie, la pression sociale nous mène la vie dure. Plus la naissance d’Ezra se rapprochait, plus je savais pourtant que j’allais avoir besoin de temps pour atterrir, que je n’allais pas avoir envie d’envoyer un SMS dans la foulée de sa venue au monde à la moitié de mon répertoire et j’avais déjà en horreur l’idée de voir débarquer tout le monde au même moment dans ma chambre d’hôpital. Je sais, ça fait partie des choses qu’on ne dit pas mais je savais que je n’allais pas avoir envie de servir un mousseux tiède dans des coupes en plastique et de passer mon bébé de bras en bras alors que je n’avais même pas encore vraiment eu le temps de faire sa connaissance.

Tout en ayant un peu peur de vexer les gens, je me suis dit que j’aviserais en temps voulu et que je me permettrais de suivre mes envies. Quand Ezra s’est pointé, ça n’a pas manqué (comme quoi, je commence à me connaître): je n’ai eu envie de rien d’autre que de rester dans ma bulle. Je précise que l’envie était totalement partagée par le papa, je n’ai même pas dû exposer mon point de vue: ça coulait de source. Ces premiers moments de vie, on allait les vivre à trois et rien qu’à trois. J’ai donc pris le temps de reprendre mon souffle avant d’avertir mes très proches. J’ai pris le temps de réfléchir à ce que j’étais prête à supporter après cette épreuve physique digne d’un marathon qu’est l’accouchement et aux gens qui allaient me faire du bien. Ils sont très peu à avoir été avertis de la naissance d’Ezra le jour J: nos frères, ma soeur, nos parents, des amis qui se comptent sur le doigt d’une seule main. Ils sont les seuls à nous avoir rendu visite.

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Pour les autres, on a attendu. Il faut dire aussi qu’on avait l’occasion d’annoncer l’arrivée de notre fils de façon amusante. Ezra est né un jeudi, une semaine avant le jour de Noël. Le dimanche de cette semaine-là, on organisait un petit goûter à l’ambiance de fin d’année avec des amis. Malgré l’accouchement imminent, on avait prévu notre petite sauterie annuelle en se disant, qu’au pire (enfin, au mieux), on annulerait en dernière minute. Je savais que je risquais d’en bousculer certains avec mon très gros ventre, étant à quelques jours du terme. Finalement, Ezra fêtait déjà ses trois jours de vie ce jour-là, le timing était parfait. J’ai pu quitter l’hôpital dimanche en fin de matinée. A peine le temps d’arriver chez nous qu’il était déjà temps d’ouvrir la porte aux copains. Ils s’attendaient à me voir prête à exploser, j’avais déjà mon fils dans les bras. Je ne regrette qu’une seule chose: ne pas avoir filmé leur visage quand ils comprenaient que le bébé que je tenais contre moi était bel et bien le mien. La surprise était réussie et ça nous fait de bien jolis souvenirs! Même si après, pour être honnête, j’ai eu une grosse descente hormonale et j’ai pleuré toute la soirée en disant à mon mec que maintenant qu’il était là, on ne pouvait plus changer d’avis… Ca m’a un peu donné le tournis. Comme le champagne que j’ai bu après neuf mois d’abstinence, probablement, puisque je n’allaitais pas. C’est un autre sujet.

Donc voilà, on a pris la décision de ne pas ouvrir la porte de la maternité à nos amis. On les a prévenus tard, bien plus tard que le font les gens en général. On a vécu les trois premiers jours de notre vie de famille dans le quasi secret. Et je ne regrette rien. Si on remet le couvert, je referais tout pareil. On a pu dormir, comprendre un peu le fonctionnement de notre bébé, lui éviter d’être trituré par des dizaines de mains inconnues (même si je ne doutais pas de leur délicatesse), éviter les photos où on te fait croire que « ça fera des souvenirs » alors que le cadrage est tellement pourri qu’on ne voit même pas le visage de ton enfant mais bien ton ventre flasque et c’est juste déprimant. On était sur notre petit nuage, on ne s’est forcé de rien, on a mangé des sushis en buvant du champagne, on s’est levé la nuit en se disant qu’on pourrait récupérer le lendemain si besoin, puisqu’on ferait toutes les visites à la maison. C’était doux, intime, fort. On est rentré chez nous hyper prêts à la vraie vie de famille.

Quand j’ai vu mes copines tranquillement autour d’un verre, à la maison ou à l’extérieur, avec Ezra bien au chaud dans son écharpe lové contre mon coeur, ma nouvelle vie se mettait doucement en place, de nouvelles habitudes étaient déjà créées… J’avais pris du recul, je n’étais plus en mode automatique et le récit de mon accouchement était moins long, moins détaillé, plus personnalisé. J’étais prête à échanger et à ne pas envahir l’autre avec mon bouleversement de vie, à lui poser des questions sur sa vie à lui, ce qui est toujours appréciable.

Je m’adresse ici à celles qui n’osent pas dire non. Votre grossesse vous appartient. La naissance de votre enfant aussi. C’est le moment d’être égoïste. Ces moments-là, vous ne les revivrez jamais une deuxième fois (avec cet enfant-là, j’entends) donc ne laissez personne vous les voler. Si vous avez besoin de silence, de redescendre sur terre en douceur, que vous n’avez pas envie de raconter votre accouchement dans les détails parce que vous ne l’avez pas encore bien digéré, que vous avez envie de pleurer, ou simplement envie de profiter du cocon de la maternité avant de plonger dans le grand bain de la vie « normale », faites-le et ne vous excusez de rien. Ce sont des moments trop précieux pour être gâchés par quelques pseudo obligations ou quelques proches envahissants qui veulent absolument être là et tant pis si ça ne vous plaît pas.

Et évidemment, si vous avez envie de partager les premiers moments de vie de votre enfant avec votre famille et vos amis, de mélanger tout le monde dans la chambre d’hôpital dans un joyeux brouhaha, faites-le aussi! L’idée est simplement d’écouter ses besoins profonds et ne pas se faire bouffer par la règle du: « si tout le monde fait comme ça, je dois sûrement suivre le mouvement ».

(18 commentaires)

  1. Le moment de la découverte par vos amis à dû être mémorable! Je comprends totalement ton point de vue que je partage, mais que j’ai adopté en miroir. Autant j’ai très mal vécu le squattage de ma Belle famille à la maternité pour l’aînée, autant j’aurais détesté de voir tout le monde débarquer à la maison avec toutes les marques à trouver, la fatigue, les courses, les lessives à faire. J’ai opté pour la solution: venez à la mater et qu’on me foute la paix ensuite. Ce qui est bien c’est que pour la 2ème et la 3eme on a eu beaucoup moins de monde à la mater (au bout du 3ème les gens s’en foutent un peu) et du coup j’ai eu la paix là-bas et chez moi.
    Ma prise de marque, en famille, elle a lieu chez moi, pas à la clinique où j’ai toujours un cafard monstre.

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    1. Je comprends tout à fait ton sentiment par rapport au fait de ne pas avoir envie de voir tout le monde débarquer à la maison. C’est pour ça que notre surprise aux copains tombait vraiment bien. Quasi tout le monde d’un coup, en même temps. J’étais encore portée par les hormones et l’adrénaline du coup sur le moment, j’ai bien ri… Je flottais un peu. Mais une fois le dernier parti, j’ai filé direct dans mon lit. 🙂 J’avais bien aimé mon passage à la mat’, justement pour cette tranquillité, mais j’étais bien contente de rentrer chez nous… Bon, je n’ai qu’un môme, si y a un deuxième, un jour, je te dirai peut-être l’inverse. 😀

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      1. Le coup du tout le monde d’un coup, c’est vrai que c’est bien dans le sens « au moins, c’est fait! », et puis tu as raison, on vient de rentrer, on n’est pas encore vraiment sous l’eau côté organisation et nuits!
        Si un jour y’a un 2ème, tu nous diras si tu as récidivé? 😉

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  2. Même chose de mon côté, je n’ai pas voulu de visite à la maternite’ à part la famille proche. J’avais envie d’etre « tranquille » avec le bébé ! Mais j’avoue ne pas avoir résisté’ tres longtemps à l’annonce. Mais comme tu dis, ça fait tellement de bien d’etre dans sa bulle !!

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  3. Je comprends ton point de vue même si je n’aurais pas pu attendre 3 jours pour annoncer la naissance de ma Louloutte 😉
    Au passage, je savais que nos enfants étaient du même âge (ma fille est née le 15/12/15) et si mes calculs sont bons, Ezra est né le 17/12/15, soit le jour de mon anniversaire ! Me trompe-je ?

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  4. Je trouve que la manière dont vous l’avez annoncé à vos amis est super chouette 🙂 Ce sont de beaux souvenirs.
    De mon côté, c’est vrai que je me suis parfois sentie envahie à la maternité mais j’y suis restée presque 1 semaine donc ça aurait quand même fait long sans visite. Je crois que le souci, c’est surtout que j’ai accouché un vendredi soir donc le weekend, tout le monde est venu alors que c’était bien plus calme après. (Note pour un prochain bébé: accoucher un lundi!) Je ne me serais pas vue ne pas partager ces moments avec eux mais je sais que pour bébé 2, je voudrais qu’on se laisse un peu plus le temps d’atterrir et de découvrir notre nouvelle famille à 4 avant d’enchainer les visites 🙂

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    1. Ou alors accoucher un vendredi et prévenir les gens le samedi soir. 😀 Comme ça ceux qui auront déjà des trucs prévus le dimanche ne sauront pas venir… ca éliminera déjà une partie…

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  5. Que ton témoignage me fait du bien. Nous avons eu une discussion sur le sujet avec mon conjoint pour l’arrivée de Mini-Doudou. Nous pensons faire la même chose. Prévenir uniquement nos parents, frères et soeurs ainsi que les arrières grands mères + 4 amis très proches. Ca fera déjà bien assez pour gérer le planning des visites et profiter de notre nouvelle vie à 3.

    Par contre en Août, on ne pourra pas fêter Noël avec les copains 1 semaines plus tard … On va trouver une excuse lol

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  6. Nous aussi on s’est enfermés 🙂 Quand je repense au fait que ma nièce est née le jour des résultats du bac et que ma soeur m’a laissé venir la voir à la maternité avec ma bande de potes…

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  7. Comme tu as eu raison !
    Moi aussi j’ai voulu me limiter à la famille… Mais j’ai accouché un samedi soir. Le lendemain après-midi, une bonne partie de la famille du Barbu (12 personnes) ont squatté la chambre pendant 2 à 3h… Alors oui, ils étaient contents… Mais moi je n’en pouvais plus. C’est MON traumatisme. Pas l’accouchement en lui-même. Et je regrette tellement de ne pas avoir eu le courage de dire : maintenant c’est bon, on a besoin de se reposer…
    En revanche, je suis restée ferme sur un truc : seuls le Barbu et moi avons pris Martin dans les bras durant tout mon séjour à la mater’.
    Bref je te rejoins complètement et j’espère que de futures mamans passeront par là 🙂

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  8. Grosso modo la même chose, même si ce fut moins réfléchi que pour toi : j’habite à 600 km (minimum) de ma famille et de mes amis proches.
    J’ai accouché un dimanche au petit matin, j’ai prévenu ceux que j’avais envie de prévenir et les premières visites à la maternité (mes parents uniquement – mis à part le papa qui était dès le début bien sûr) sont arrivées le mardi soir si je me rappelle bien.
    J’ai eu le temps de ne rien faire et c’était très bien.
    En revanche, cet isolement s’est révélé un peu plus dur durant le congé maternité, mais c’est une autre histoire

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  9. Tu as eu bien raison de faire ce que toi tu avais envie, ce n’est pas égoïste, s’il y a bien un moment dans ta vie ou tu as le droit de choisir ce genre de chose c’est bien après ton accouchement. Personnellement nous avons appelé nos parents et frère et sœur dans les heures qui ont suivi mon accouchement. Des amis proches ont reçu un SMS dans la journée, et enfin pour tout le reste nous avons fait un message commun sur Facebook le jour de la sortie de la maternité. Je t’avoue que j’avais espéré avoir plus de monde à la maternité mais Livia et en née un lundi nous n’avons eu que ma maman, le parrain, mes beaux parents et deux amies… Et au final c’était pas plus mal car j’étais lessivée. Je pense donc que si un bébé 2 arrive un jour je ferai comme toi.
    Au final, moi c’est surtout pour le retour chez moi que je me suis heurtée à des incompréhensions. Je suis sortie de la maternité un jeudi et j’ai refusé d’avoir des visites avant le dimanche. J’étais fatiguée, j’avais des montées de lait affreuses, et je voulais juste me reposer en profitant de mon bébé… Et ca les beaux parents ont eux du mal à le comprendre. Bref, le plus important et comme tu le dis si bien, de faire ce que l’on a envie.

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    1. Mais c’est vrai que c’est dur de ne pas culpabiliser… les autres veulent nous manifester de l’intérêt et de l’amour, pas simple de leur expliquer qu’on prend le package mais « dans quelques jours si tu veux bien…

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