Mère mais pas que

Trois livres sur la maternité qui m’ont bouleversée

Je ne sais jamais très bien pourquoi j’ouvre un bouquin. Pour sa quatrième de couverture, son titre, pour une critique bien torchée, parce que j’ai le temps, parce que ma soeur m’en a parlé… Et puis, sans le savoir donc, on met parfois la main sur un livre qui nous marque à vie. Parce qu’on l’a lu à un moment précis et qu’il répondait à un besoin vital, parce qu’une phrase écrite noir sur blanc a suffi à débloquer une situation de notre vie personnelle, on finit en larmes, à genoux, le coeur serré ou au contraire le sourire aux lèvres, porté par cette lecture qu’on imaginait pas aussi puissante. Voici trois bouquins qui m’ont marquée profondément et qui traitent de la maternité. Si vous cherchiez de la lecture pour vos prochaines vacances d’été, foncez! 

« Un tout petit rien » de Camille Anseaume

J’ai découvert Camille Anseaume via son blog Café de filles, devenu aujourd’hui Une odeur de café. Je n’avais pas encore d’enfant, j’étais même loin d’avoir prévu de tomber petitenceinte. Et pourtant quand j’ai lu « Un tout petit rien », son premier roman sorti en 2014, coincé sous l’aisselle de mon homme qui n’était même pas encore mon mari, j’ai pleuré toutes larmes de mon corps. Je l’ai lu en une soirée, je n’arrivais pas à le lâcher même pas pour essuyer mes joues trempées. C’est l’histoire d’une jeune fille d’aujourd’hui qui tombe enceinte par accident. Elle s’appelle Camille, elle a 25 ans. C’est en partie autobiographique et c’est probablement pour ça que ça sonne si vrai. Le père est un plan du soir, a priori pas celui d’une vie. D’ailleurs quand il apprend sa grossesse, il la quitte. « Puisqu’il n’a eu qu’à quitter la pièce je voudrais n’avoir qu’à quitter mon corps », écrit Camille. « Si ça ne tenait qu’à une porte, moi aussi je l’aurais claquée. » L’imprévu pourrait se régler en une consultation à l’hôpital mais ce qui se passe sous son nombril va bouleverser bien des choses dans la tête et dans le cœur de Camille. On l’accompagne dans ses interrogations. Elle change d’avis comme de chemise. « En me réveillant je ne veux pas le garder. Dans la salle de bains j’ai changé d’avis. Une chance que je n’aie que deux pièces. » C’est infiniment bien écrit, extrêmement touchant, jamais plaintif, toujours lumineux et drôle. Je ne l’ai pas relu depuis la naissance d’Ezra, je pense qu’il me bouleverserait encore plus. C’est un livre que j’ai prêté à plein de copines, tant que je voulais qu’on partage le même sentiment ou qu’on puisse au moins en discuter. Camille Anseaume vient de publier « Quatre murs et un toit », un récit qui parle du pèlerinage qu’elle a fait dans la maison de son enfance que ses parents ont décidé de vendre. Quand elle parle de famille, elle met toujours le doigt au bon endroit. Ça se lit vite, on rit beaucoup, chacun se replongera dans ses souvenirs d’enfance à la lecture de ce bouquin. Je le conseille à tous les nostalgiques des grandes tablées…

***

« Deux petits pas sur le sable mouillé » de Anne-Dauphine Julliand

Je l’ai ouvert dans un avion, entouré des amis avec lesquels je m’apprêtais à passer une semaine de vacances au soleil. En me voyant (là encore) écraser une larme, mon mec m’a demandé « pourquoi je m’infligeais ça ». « Deux petits pas sur le sable mouillé » est une histoire vraie dramatique. Anne-Dauphine Julliand remarque que sa petite fille Thaïsdeux petits pas marche de façon étrange, les pieds légèrement tournés vers l’intérieur. Alors qu’elle vient de fêter ses deux ans, ses parents apprennent qu’elle est atteinte d’une maladie dégénérative incurable qui ne lui laisse plus que quelques mois à vivre. Le récit est courageux et monstrueux tant il est triste. Pendant que l’inexorable se produit, Anne apprend que sa deuxième fille plus jeune est également atteint du même mal. L’horreur à l’état pur. Pendant que la première voit la fin de sa trop courte vie approcher, on tente d’empêcher le déclin de l’autre avec une greffe de moëlle. Depuis cette lecture et depuis qu’Ezra est en âge de marcher, j’observe sa démarche avec attention, espérant ne jamais déceler ce qui pourrait annoncer le pire. Je vous le conseille non pas pour l’inquiétude que cette histoire de famille pourrait générer mais pour la beauté du récit, pour la résilience et l’union de cette famille. Au lieu de se laisser engloutir par les ténèbres, Anne-Dauphine Julliand a un credo, admirable: courageux: « Il faut ajouter de la vie aux jours, lorsqu’on ne peut plus ajouter de jours à la vie. (…) Nous allons profiter de Thaïs. Jusqu’au dernier moment. Ensuite nous aurons tout le reste de notre vie pour apprivoiser son absence. »

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« Changer l’eau des fleurs » de Valérie Perrin

Je viens de le finir et c’est un livre que j’ai envie d’offrir à tout le monde. A ceux qui vont bien comme à ceux qui vont mal. Aux premiers pour qu’ils se rappellent de la fragilité de 9782226403049-j.jpgla vie et que ça les pousse à en profiter encore plus. Aux seconds pour qu’ils sachent que si la mort est définitive, la lumière revient à un moment. Que malgré l’horreur et les épreuves qu’on traverse tous un jour, on arrive à remettre un pied devant l’autre, on sent l’air emplir nos poumons à nouveau et on recommence à vivre. « Bien sûr, il y a la mort, le chagrin, le mauvais temps, la Toussaint, mais la vie reprend toujours le dessus. Il y a toujours un matin où la lumière est belle, où l’herbe repousse sur les terres brûlées », écrit Valérie Perrin dans « Changer l’eau des fleurs« . C’est là encore une histoire de deuil impossible à faire. Je ne rentrerai pas dans les détails parce que ça vous gâcherait toute la trame. Mais je peux vous dire que Violette Toussaint est garde cimetière et que son mari l’a plantée là, sans un mot, sans prévenir, sans jamais revenir, il y a des années. Elle traîne une mélancolie que cette absence n’explique pas tout à fait. Violette prend soin des morts et répare les vivants, en trouvant les mots justes ou en les écoutant en silence, parfois. Les révélations s’enchaînent dans ce roman qui n’a pourtant rien d’un roman à suspens. Et à chaque fois, ce que l’on apprend éclaire la personnalité de l’un ou de l’autre et on se souvient que personne n’est jamais celui qu’on croyait être. On ne le voit pas venir au premier abord mais c’est un roman qui parle de maternité et de façon bouleversante. La mort est partout mais la force de la vie aussi. C’est à la fois profondément triste et terriblement lumineux. Faites-moi plaisir et faites-moi confiance: lisez-le cet été. Vous ne devriez pas en sortir indemne.

(3 commentaires)

  1. Les livres que tu nous présentes ont l’air vraiment très beaux. Mais je crois que je serais incapable de lire les 2 derniers surtout depuis que je suis maman… Par contre, pourquoi pas le premier, je vais guetter un peu en librairie 😉

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  2. J’ai essayé de commencer « Deux petits pas sur le sable mouillé » , J’avoue j’ai pas eu la force de continuer. Je pense que j’étais dans une période où je n’avais pas envie de lire ce genre de chose… Mais tu m’as redonné envie de réouvirr les pages de ce livre qui est dure mais qui te chamboule à tout jamais.

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