« Entre toutes les mères »: que se passe-t-il quand on n’est pas la mère qu’on espérait être?

by seayouson

Ça fait deux jours que j’ai terminé le roman Entre toutes les mères d’Ashley Audrain et j’ai du mal à entamer une nouvelle lecture: je suis encore bloquée dans l’histoire de Blythe Connor et de sa fille Violet. Il va rejoindre la liste des romans sur la maternité qui m’ont bouleversée. C’est un roman asphyxiant, un page-turner sur la maternité qui interroge sur l’hérédité (quand on a eu une mauvaise mère devient-on forcément une mauvaise mère soi-même?) et sur l’instinct maternel (est-il si évident? se déclenche-t-il forcément?).

Ça parle aussi des projections qu’on a, quand on est enceinte, qui se confrontent avec brutalité à la réalité. On imagine notre enfant à venir, on lui a prêté des traits de caractère avant même sa venue au monde, on imagine la mère qu’on sera pour lui, toute la tendresse qu’on lui donnera: mais que se passe-t-il quand tout ce qui se passe est à l’exact opposé de ce qu’on avait envisagé? Bon, je vous fais le pitch.

Quand le bébé auquel on donne vie ne se ressemble pas au bébé qu’on imaginait

Blythe Connor n’a pas été aimée par sa mère comme elle aurait dû l’être. Quand elle devient mère à son tour, elle se promet d’offrir à son enfant tout l’amour dont elle a manqué. C’est certain: elle fera autrement. « Je voulais être n’importe qui d’autre que la mère qui m’avait portée. » Mais quand Violet naît, Blythe perd rapidement pied. Sa fille est un bébé agité, enragé, peu souriant. Avec elle du moins, parce qu’avec les autres, son père et sa grand-mère paternelle notamment, elle est adorable. Blythe le vit comme une trahison.

Quand elle en parle à son mari, il met ça sur le compte de la fatigue. Blythe tente de se convaincre qu’il a raison. Ca ne peut être que ça, n’est-ce pas? « On m’avait prévenue de ces premiers jours difficiles. On m’avait parlé des seins durs comme des blocs de ciment. Des tétées rapprochées, à la demande. Du vaporisateur pour se rincer les parties intimes. J’avais lu tous les livres. J’avais fait des recherches. »

« Mais personne ne parlait de la sensation de se réveiller sur des draps tachés de sang après seulement quarante minutes de sommeil, terrifiée à l’idée de ce qui allait suivre. J’avais l’impression d’être la seule mère au monde qui n’y survivrait pas. La seule mère qui ne se remettrait pas d’avoir eu le périnée recousu de l’anus au vagin. La seule mère incapable de faire face à la douleur causée par des gencives de nouveau-né cisaillant ses tétons comme des lames de rasoir. La seule mère qui ne pouvait pas faire semblant de fonctionner avec son cerveau écrasé dans l’étau du manque de sommeil. La seule mère qui regardait sa fille en pensant: s’il te plaît. Va-t’en. »

Quand on a eu une mauvaise mère, devient-on forcément une mauvaise mère soi-même?

Mais les semaines et les mois passent et Blythe constate qu’elle n’arrive pas à créer le lien tant espéré avec sa fille. Elle culpabilise et se dit que c’est probablement à cause de ce qu’elle a subi, enfant. « Nous venons tous de quelque part. Dans mes veines coulait le sang de ma mère, et je ne pouvais rien y faire. »

Violet grandit, le bras de fer entre la mère et la fille s’intensifie. Leur relation est anxiogène, Blythe est terrifiée par ce qu’elle pense de sa fille de 7 ans, par ses regards noirs et ses attitudes qui ne sont pas celles d’un enfant de son âge. Son mari ne veut rien savoir: il a une relation fusionnelle avec Violet, il ne peut pas imaginer que son enfant puisse être ce que sa femme dit qu’elle est. On dit tellement à Blythe qu’elle exagère et que c’est elle le problème qu’on la réduit au silence. À force, elle n’est d’ailleurs plus certaine d’avoir raison. « Nous prenons tous pour acquis le fait d’avoir de bonnes mères. D’épouser de bonnes mères. Et d’être de bonnes mères. » Mais peut-être qu’elle n’en est simplement pas une?

« Entre toutes les mères » est dérangeant parce qu’il bouscule cette croyance qui veut que la maternité est forcément quelque chose de fabuleux et d’épanouissant et que les bébés, et plus tard les enfants, sont forcément des petites personnes innocentes. J’ai été aspirée par l’histoire, qui m’a tenue éveillée deux nuits d’affilée. Ca se lit comme un thriller, parce que je ne vous en ai rien dit dans cet article, mais il se passe des trucs. Il y a des rebondissements. Je vous préviens, c’est une histoire intense et dramatique. Les questions que ce livre soulève me passionnent depuis que je suis devenue maman mais si vous cherchez un roman qui détend, passez votre chemin.

Achetez le livre Entre toutes les mères ici.

Inscris-toi à la newsletter du dimanche Sea You Sunday et reçois un mail de ma part chaque dimanche. Rejoins-moi sur InstagramFacebookYouTube et Pinterest. Si tu aimes le blog, tu peux aussi me payer un café pour le soutenir. Enfin, tu peux également te procurer mon Guide de la Belgique en famille qui rassemble 100 activités à faire en famille à travers tout le pays et mon livre Journal de Bord d’une maternité décomplexée.

Related Posts

3 comments

Barbara 25 août 2022 - 12 12 58 08588

C’est un sujet très vaste. On peut en parler des heures car il y a autant de relations mère-enfant qu’il y a de mamans sur terre. Et oui clairement, on idéalise notre relation avec notre futur enfant et oui clairement, le choc peut être brutal. Venant d’une famille très calme, d’un cocon familial où tout s’est passé en douceur, j’ai vécu et je vis encore, mais avec un max de lâcher-prise et de recul des moments parfois très complexes avec ma deuxième. Ça a été une grosse claque, de très nombreuses remises en questions (ex: pourquoi ça ne marche pas?), des lectures, des discussions, des visites chez les psy/coach etc…
Bref, j’ai très envie de le lire ce livre.
Merci pour ce nouvel article très intéressant

Reply
Laurie 3 septembre 2022 - 0 12 22 09229

Bonsoir Déborah, merci pour le conseil lecture. Est-ce que tu conseillerai ce roman à une femme enceinte ? 🙂

Reply
seayouson 8 septembre 2022 - 9 09 46 09469

Tout dépend de ta sensibilité. Moi, j’adore me plonger dans des trucs qui m’interrogent, aussi violents soient-ils. Tout dépend aussi des rapports avec ta propre mère. S’ils sont bons et que tu ne crains pas de lui ressembler, ça ne devrait pas te poser trop de soucis.

Reply

Leave a Comment

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.