Pieds nus en classe, des poules dans la cour: mon fils va à l’école à l’île Maurice

by seayouson

Mon grand garçon vient d’entrer en deuxième primaire dans une école à l’île Maurice. Après deux ans dans une preschool à Palm Springs (Mon fils ira à l’école en Californie: trois choses que vous n’imaginez pas), un an dans le système international IB à Bogaerts (Pourquoi j’ai inscrit mon fils dans une école internationale en Belgique) et un an au Verseau à Wavre, école internationale appartenant au réseau de l’enseignement libre et subventionné, le voici à l’école internationale Saint-Exupéry à l’île Maurice, destinée aux enfants de 3 à 11 ans.

Pourquoi j’ai choisi cette école-là à l’île Maurice?

Je précise avant de commencer mes explications qu’il s’agit ici de ma propre expérience, je n’oblige personne à être d’accord avec moi. Un enfant n’est pas l’autre. Un parent n’est pas l’autre. Et je pense, de toute façon, qu’il n’y a pas d’école parfaite. Bref. Je reprends.

Maman échaudée par la première année

Mon fils a passé sa première primaire dans une grande école, dans une classe de 20 élèves, aux règles strictes et aux méthodes de travail un peu old school. Il avait, par exemple, vraiment beaucoup de devoirs pour son âge (et deux dictées de mots systématiques par semaine: une en français et une en anglais). Il a, un jour, eu une punition pour bavardage: il a dû recopier la même phrase plusieurs fois dans son cahier. Il n’avait pas encore 6 ans. Forcément, son écriture était loin d’être au top à ce moment-là. J’avais trouvé ça d’une absurdité sans nom.

Attention, je ne critique pas l’école fréquentée, ni la méthode d’apprentissage: ça fonctionne, Ezra lit de façon fluide, plus ou moins bien écrire et compter. Mais j’ai eu l’impression que la manière d’enseigner n’avait pas évolué depuis mon propre passage en primaire. C’est une excellente école pour qui aime bien le côté « scolaire » justement, mais mon parcours professionnel m’a montré que le chemin le plus traditionnel n’était pas toujours celui qui ouvrait le plus de portes.

Pourquoi je ne l’ai pas remis dans le système IB

J’avais adoré la mise en avant des soft skills aux USA et à Bogaerts. On apprend aux élèves à s’exprimer en public, à avoir confiance en eux, on met leurs talents en avant et on ne les force pas à entrer « dans le rang » à tout prix. J’ai l’impression que c’est un enseignement qui s’adapte autant que possible au monde d’aujourd’hui. J’aurais pu l’inscrire dans le système IB à Maurice, il existe partout dans le monde, mais je n’en ai pas les moyens financiers. J’avais, qui plus est, envie d’une petite structure bilingue, plus familiale, avec des classes où on ne fait pas entrer les élèves au chausse-pied et où le parent peut, s’il en a besoin, discuter avec les professeurs.

Comment j’ai choisi cette école mauricienne-là en particulier

Depuis la Belgique, j’avais fait la liste des écoles privées situées dans le Nord de l’île Maurice, l’endroit le moins pluvieux de l’île et aussi celui où les expatriés semblaient être rassemblés. Saint-Exupéry me paraissait la plus adaptée à mes envies et aux besoins, j’espère, de mon désormais grand garçon.

école île maurice

J’ai eu la directrice, qui est aussi la prof de français d’Ezra, au téléphone. Ça a achevé de me convaincre. Quand on a trouvé une maison dans notre budget, pas loin de l’école, on s’est dit: bingo! Ça aussi ça faisait partie de mes critères: la proximité de notre habitation avec l’école.

J’ai confirmé son inscription à distance. L’école est notre critère number one quand on s’expatrie. Du coup, c’était le premier truc qui était booké.

Pourquoi une école privée?

Parce que généralement, elles sont gérées par des gens qui ont une grande ouverture sur le monde et que l’enfant côtoie d’autres enfants au parcours similaire au sien. Le système scolaire est basé soit sur ce qui se fait aux USA ou en Angleterre, soit sur ce qui se fait en France. Et puis j’ai eu, il faut l’admettre, beaucoup de mal à trouver des infos sur les écoles gouvernementales à Maurice. Les écoles privées sont évidemment payantes. On paie à peu près 400 euros par mois. Cette école-là n’est pas représentative des écoles publiques mais il y a des familles mauriciennes qui la fréquentent également. Ce n’est pas qu’un truc d’expat.

Les choses qui me réjouissent au sujet de l’année scolaire à venir

Quatre classes de primaire, réparties selon le niveau d’anglais

Le bâtiment principal de cette école mauricienne est en fait une grande maison coloniale. Il y a 60 élèves, maternelles et primaires mélangées. En primaire, il n’y a que quatre classes. Les élèves sont mélangés non pas par âge mais par niveau d’anglais. Le mien est dans la classe des bilingues. Il aura le lundi et le mardi en anglais (avec un prof belge néerlandophone) et le jeudi et le vendredi en français. Un mercredi sur deux sera en anglais, un mercredi sur deux sera en français.

Les élèves de primaire sont attendus entre 7h45 et 8 heures. La journée se finit entre 14h45 et 14h55. Le mercredi, c’est comme en Belgique: fin des leçons à la mi-journée.

8 élèves dans sa classe seulement: le luxe!

Ils sont 8 élèves, à peine, dans sa classe, tout âge confondu. Ils vont apprendre par petits groupes, en fonction de leur niveau. Je vous écris ces lignes le jour de la rentrée scolaire. Il n’y est allé que deux heures. Il est rentré en me parlant d’une petite fille de 8 ans qui dessinait « trop bien: elle faisait même des ombres sous les lettres de son prénom ». J’imagine qu’en admirant les plus grands, il va tester des choses, se mesurer à eux et que ça va le faire évoluer.

Pieds nus en classe

En classe, les élèves sont à pieds nus. Oserai-je dire: le pied?! Je ne sais pas pourquoi mais ça me réjouit. Peut-être parce que marcher pieds nus donne une sensation de liberté inédite? Je ne sais pas. Mais je suis contente. Et puis, bon: fini les baskets qui puent la rage au bout de deux semaines!

Poules, poussins, chats et bananes dans la cour

Quand on a visité l’école, une poule venait de donner naissance à une flopée de poussins. Elles sont plusieurs à vivre dans la cour de l’école. Il y a quelques chats aussi, qui profitent du jardin. Dans le jardin, justement, il y a un bananier, un figuier et des fleurs. Je trouve ça génial qu’il soit au milieu de la nature. Il va apprendre plein de choses sur la faune et la flore. Il a notamment déjà touché une plante « toxique », selon ses dires, et il a dû se laver les mains pour éviter les soucis.

Pas de matériel scolaire à acheter, rien à transporter

Autre détail sur son école à l’île Maurice et qui va clairement le changer de sa première primaire: pas de trousse, de farde, de cahiers à ramener à la maison. Il n’y a pas de matériel scolaire à acheter. Le « matériel » que j’ai dû apporter à l’école pour le premier jour était le suivant: de la crème solaire, une casquette, un t-shirt pour peindre, des baskets de sport et une tenue de rechange.

Crayons, marqueurs, ciseaux, etc, sont fournis par l’école à chaque enfant. Et ça reste à l’école. Il va donc en classe avec un sac à dos adapté à son dos et pas un cartable trop lourd qu’il n’est plus possible de fermer dès le 15 septembre tellement il y a des trucs dedans. Dans son sac, je glisse un pull, sa gourde et son petit dix heures. Voilà, voilà. Ça va peut-être changer mais je ne crois pas.

La cantine est en fait une cuisine avec possibilité de manger dehors

On l’a inscrit à la cantine tous les jours. La cantine en fait est une cuisine moderne avec un plan de travail central. Les enfants peuvent choisir de manger à l’intérieur ou sur la terrasse. Savoir qu’il va pouvoir manger à l’air libre, ça me rend tellement heureuse. C’est vraiment pour ça que j’aime vivre au soleil: on passe beaucoup de temps dehors. Et ça détend à fond.

Au menu: du riz sauté au poulet, des macaronis au fromage, du couscous, des spaghetti et du marlin fumé… Le menu est sain (en tout cas, beaucoup, beaucoup plus sain que ce qui est servi dans les écoles américaines!). Il va goûter quelques spécialités locales, et ça me réjouit.

Je m’interroge quand même…

J’ai trouvé l’école très cool. Mon petit côté européen ne peut pas s’empêcher de penser: trop cool peut-être? Je n’en ai aucune idée. Je ne veux pas du système strict et classique que j’ai moi-même connu. Même si, au final, quand on fait le bilan, je pense que je m’en suis bien sortie et que ça m’a amené la rigueur dont je manquais. Mais j’aime quand même bien que les choses soient cadrées et je ne sais pas ce que ça donne d’apprendre plus ou moins « librement » avec des enfants d’âge différent.

Est-ce qu’il va faire des calculs sur des feuilles? Est-ce qu’il faut à tout prix faire des calculs sur des feuilles pour apprendre? Que va-t-on lui enseigner? Est-ce qu’avoir, face à lui, des profs à son écoute, qui respectent son côté lunaire, qui ne le cravachent pas pour le rendre plus ordonné ou plus rapide, ça va lui faire du bien ou au contraire, il a besoin qu’on le cadre à fond pour lui permettre de s’épanouir scolairement? Cette nouvelle école à l’île Maurice et ce type d’enseignement, c’est un pari pour nous. Notre vie ici toute entière est un pari, d’ailleurs. Je suis curieuse de voir ce qui va en sortir. Je vous en reparlerai.

Inscris-toi à la newsletter du dimanche Sea You Sunday et reçois un mail de ma part chaque dimanche. Rejoins-moi sur InstagramFacebookYouTube et Pinterest. Si tu aimes le blog, tu peux aussi me payer un café pour le soutenir. Enfin, tu peux également te procurer mon Guide de la Belgique en famille qui rassemble 100 activités à faire en famille à travers tout le pays et mon livre Journal de Bord d’une maternité décomplexée.

Related Posts

4 comments

Manon 24 août 2022 - 21 09 22 08228

C est un article vraiment intéressant. Je trouve ça super pour votre fils ( et vous) de pouvoir tester des systèmes éducatifs si différents. Ça lui permettra d être adaptable, et il saura ce qui lui plaît, ou non.
C est un grand questionnement pour moi. Mon fils entre en maternelle l année prochaine. Et je me demande déjà : l école du village pratique et petite, mais conventionnelle, ou l école alternative un peu plus loin de chez nous ? Ça me parait tellement important comme choix, c est l endroit où mon enfant va passer une grande partie de son temps, je veux Qu il s y sente bien.
En tout cas c est vraiment super de vous lire merci ??

Reply
Sab 24 août 2022 - 22 10 51 08518

Une belle rentrée a Ezra, en tout cas vous pouvez être fiers de ce petit bout qui s adapte aussi facilement a des écoles différentes….

Reply
Fabienne 25 août 2022 - 7 07 29 08298

Bonjour,
Quel bonheur de vous lire
Moi qui ne suis pas pour l’enseignement « classique » case dans laquelle j’ai été ainsi que mes jeunes a enfants adultes. J’aurais fait pareil à cette époque, sortir des ces vieux rangs

Marcher pieds nus : Encrage, connexion à la terre, connexion à son soi profond, un enfant qui saura qui il est et qui vivra et cheminera sa vie avec ses valeurs et saura ce qui est bon pour lui avec cette liberté d’être qui il est et pas imposé par la course effrénée de cette société élitiste , loin des cases des grands dirigeants.

Ezra a une vie épanouie, le reste coulera de sens….

Vous avez créé une réalité à votre famille qui est splendide.

En espérant qu’un jour les gens dans cette société de quête de course effrénée
Se réveilleront et iront vers ce qui est bon pour eux et changeront la façon de vivre dans ce monde.

Connaître votre histoire est une porte pour un changement de façon de vivre bénéfique pour tous.

Éveiller les consciences, c’est le début d’un changement .
Merci
?????

Reply
Nathalie 25 août 2022 - 22 10 15 08158

Bonsoir,
A mon avis, c’est une vraie chance que vous offrez à Ezra. Le modèle d’enseignement belge a pour moi totalement oublié la fonction première de l’école, c’est-à-dire APPRENDRE !
Aujourd’hui, il n’est plus question que de juger, évaluer, échec/réussite, comparaison, quotation… soit tu rentres dans leurs petites cases élitistes, soit tu es nul, mauvais élève et donc inférieur aux autres. Je trouve ça tellement débile !!! Et les « nouveautés » de la ministre actuelle n’en parlons même pas… Tronc commun, pacte d’excellence mais où va-t-on??!!
En primaire, il est encore possible de choisir des petites structures, écoles de village, systèmes d’enseignement différents etc… Mais une fois en secondaire, aucune alternative possible! TRONC COMMUN jusque 15 ans ?????????? Vouloir apprendre à un poisson à grimper aux arbres ou à un singe à nager… ou comment mettre tellement d’enfants en situation d’échec dès le départ et les dégoûter de l’école…

Reply

Leave a Comment

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.