Un an en Californie Voyage en famille

Faire ses courses à minuit et ne jamais, jamais, attendre à la caisse: le supermarché US est un rêve éveillé

En Belgique, arpenter les rayons du supermarché est une corvée. Je fais mes courses en ligne et ne me déplace, mon sac réutilisable sous le bras (quand je ne l’oublie pas), qu’en cas d’extrême nécessité. C’est tout le plaisir de la vie d’expatrié: tu te découvres des passions inattendues. En vivant à l’étranger, trouver de quoi s’alimenter est une aventure en soi, une activité dans la journée, un nouveau paysage à explorer. Je traîne régulièrement mes tongs au Ralph’s, où les fruits et légumes sont tellement lisses et brillants qu’on les croirait en plastique et j’adore le salad bar et le présentoir des fromages européens qui coûtent un demi-loyer du Whole Food Market, le magasin bio bobo américain. Faire ses courses ici ou là-bas, ce n’est en tout cas pas pareil. Voici les différences notables.

On oublie le rush à la caisse vers 19 heures, à l’approche de la fermeture du magasin: déjà, il y a assez de caisses (souvent plus d’une dizaine) et de personnel pour qu’il n’y ait jamais, jamais, la file. S’il y a deux personnes devant vous, une caisse s’ouvre illico pour vous éviter l’attente. Ce qui explique peut-être pourquoi je n’ai jamais vu un Américain resquiller, dépasser quelqu’un, lui filer un coup de coude pour être le premier dans la file, avant de l’ignorer. Un comportement d’un égoïsme et d’une impolitesse crasse que je constatais quotidiennement en Belgique. Ici, personne ne dépasse parce qu’il n’y a pas de raison de dépasser. Voilà.

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S’il n’y a pas de rush de fermeture, c’est également parce que les magasins ferment bien plus tard que chez nous. Et ouvrent bien plus tôt. Et sont ouverts sept jours sur sept. Le supermarché le plus proche de chez moi ouvre tous les jours de 6 heures du matin à, tenez-vous bien, 1 heure du matin. Sauf le dimanche où l’heure de fermeture est décalée à 7 heures. Le Walmart ouvre à 6 heures et ferme à minuit et le Whole Food Market ouvre à 6 heures et ferme à 22 heures. J’ai déjà fait mes courses à minuit, juste pour dire de l’avoir fait une fois dans ma vie: en pleine nuit, croyez-moi, la lumière blafarde des néons ne rend justice à personne. Grâce à ces horaires assez incroyables, pas de petite mamie derrière laquelle on soupire le samedi matin, à la caisse: le spectre horaire est assez large pour que tout le monde s’éparpille.

Vous le savez, aux Etats-Unis, la consommation d’alcool est interdite en-dessous de 21 ans. Au supermarché, comme dans un bar, si vous achetez de l’alcool (une simple bière suffit), vous devez dégainer votre carte d’identité. L’année de naissance doit être obligatoirement vérifiée et encodée à la caisse. Pas d’ID (prononcez aïe-die), pas d’alcool. Même si le caissier vous connaît et même si vous paraissez bien plus que 21 ans, aucune exception ne sera faite. Je vous passe le jour où mon mari, 39 ans et quelques cheveux blancs pour en attester, est rentré bredouille parce qu’il avait oublié son passeport dans le tiroir de la cuisine, alors que tout le monde l’attendait pour prendre l’apéro qu’il était chargé d’acheter. Je reviendrai sur la consommation d’alcool aux Etats-Unis plus tard, le sujet est vaste.

S’ils sont très regardant sur l’alcool, ils ne le sont franchement pas avec les médicaments. Il y a des rayons pharmacie dans la plupart des supermarchés qui proposent des médicaments en vente libre qui sont vendus, chez nous, sur ordonnance. L’homéopathie est quasiment inexistante. Un pharmacien est également disponible derrière son guichet pour délivrer les médicaments sur ordonnance. Le principe de la petite pharmacie de quartier qui n’est dédiée qu’à ça n’existe pas ici.

En bout de caisse, il n’est pas rare que quelqu’un emballe vos emplettes. L’exercice n’est pas ici réservé qu’aux scouts désireux d’empocher un peu de sous en vue du grand camp d’été (je l’ai fait, un chapeau de Père Noël vissé sur la tête, je connais mon sujet). Il s’agit là d’un employé du magasin, payé pour vous aider à ne pas perdre de temps. Pendant qu’il range vos courses (avec soin, je dois dire), vous payez tranquille et vous pouvez faire la conversation avec le caissier qui vous demandera, très probablement, si vous avez trouvé tout ce que vous vouliez. Ce n’est pas une question rhétorique, il attend vraiment une réponse de votre part et si vous répondez non, il fera en sorte de régler votre problème. A chaque fois, j’hallucine. En mai dernier, à Cannes, j’ai demandé gentiment à une caissière si elle pouvait me faire de la monnaie pour que je puisse prendre un chariot, elle a soupiré bruyamment en criant, agacée: « Mais madame, il y a l’accueil pour ça. » Faire de la monnaie ne lui aurait pas coûté plus d’énergie ou de temps que de me répondre comme ça… Le service client est bien différent et on aurait des enseignements à en tirer.

Autre particularité justement en Californie: les chariots sont gratuits et on peut les abandonner au milieu du parking, c’est tout à fait normal. Il y a pourtant des endroits dédiés, comme en Belgique, où on peut les imbriquer les uns avec les autres mais peu de gens se déplacent jusque là. Les employés du magasin sont chargés de les rassembler régulièrement. J’avoue que j’ai un peu de mal à adopter cette façon de faire: par réflexe et par politesse, je vais déposer ma charrette là où il faut. Au niveau des chariots, il y a des chariots électriques, sur lesquels peuvent s’asseoir les personnes en surpoids et des chariots pour les enfants, en forme de voiture avec un petit volant. C’est assez génial, ça permet de faire ses courses en paix. Je me demandais récemment pourquoi on n’y avait pas déjà pensé dans nos supermarchés mais la réponse se trouve dans la taille des allées… Il serait impossible de circuler avec un chariot aussi large chez nous.

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Il n’y a d’ailleurs pas que les allées qui sont gigantesques… La taille de certains légumes, les aubergines notamment, me laisse souvent interrogative. La taille des bidons de lait est aussi impressionnante: saviez-vous, d’ailleurs, qu’il n’existe pas de lait UHT aux Etats-Unis? Ici le lait doit être au frigo en permanence et on doit le consommer dans les deux semaines, à tout casser. On trouve du lait entier (celui qu’on achète, on le reconnaît à son bouchon rouge), du lait à teneur réduite en graisse: 2% de crème, 1% de crème ou 0% de crème (dégueulasse, honnêtement, quasiment translucide). Les gâteaux composés de sept couches de génoise et de crème sont loin d’être rares. On mange deux jours, à deux, sur un seul morceau de viande acheté en grande surface et le Coca s’achète en bouteilles de deux litres. Grandeur ne veut pas dire pour autant qu’il y a du choix: c’est toujours les mêmes produits qui reviennent, dans des marques différentes. Faire ses courses en soi, c’est sympa mais trouver de quoi se nourrir sainement, c’est une autre affaire, qui l’est nettement moins. Pour l’anecdote, il y a pas mal de produits « belges » ou en tout cas vendus comme tels en rayons. Je vous montre quelques-unes de mes trouvailles en story sur Instagram. On a la cote, les petits gars!

(18 commentaires)

  1. Mais c’est tellement ça les US ! Comme toi, les médicaments en libre service me laissent toujours sceptiques (enfin disons que je comprends mieux comment l’overdose médicamenteuse est la première cause de mort aux États-Unis…). Quant au format des boissons, c’est du pur délire selon moi 😉

  2. Concernant la malbouffe, je me souviendrai toujours du jour où mon prof de français (allons savoir pourquoi de français) nous a montré le documentaire supersize me… ou comment se rendre compte du régime alimentaire des américains

  3. Merci beaucoup pour cet article. Je le trouve original et intéressant. Tu m’as fait voyager ! Très intéressant de découvrir les cultures d’un autre pays, même en matière de courses ☺️

  4. Billet très intéressant. Après, la comparaison avec les supermarché belges ou français me semble un poil biaisée: Les supermarchés US peuvent se permettre d’avoir une foule d’employés 7j/7 et à toutes heures, au vu de ce qu’ils sont payés… Au final, c’est un choix de société avec de bons et de mauvais côtés de part et d’autres.

    1. Exactement. Je fais état de ma réalité, en tant que cliente. Après, oui, il y a du bon et du moins bon. Je ne pense pas faire un article là-dessus, je raconte plutôt mes sensations… De façon subjective, comme le blog l’autorise à le faire. 🙂 Merci pour votre commentaire.

  5. Oui, c’est très bien, après il faut quand même savoir que les salariés de ces grandes chaînes sont payés une misère et subissent de très forte pressions hiérarchiques (d’où l’empressement et la politesse avec les clients). Je n’aime pas trop les grands magasins aux US car j’ai été plusieurs fois témoin de scènes où le manager engueule son personnel de manière très violente DEVANT LES CLIENTS (pratique courante)… sans parler de mes courses emballées en fin de caisse par des personnes âgées (parfois plus de 70 ans) qui ont tellement peu d’argent à la retraite qu’ils sont obligés d’accepter ces postes sous-payés pour mettre du beurre dans les épinards en fin de mois.

    Bref, oui la disponibilité c’est bien, mais n’oublions pas que ces supermarchés sont une ode criante à un capitalisme effréné. Est-ce vraiment bien de proposer autant de produits et une main-d’œuvre sous-payée pour la satisfaction du client… ? Personellement, je préfère nos systèmes européens, même si un peu plus de sourires de la part des caissier.e.s. ça ne ferait parfois pas de mal 🙂

    1. Je n’ai jamais assisté à ce genre de scènes mais évidemment que ça ne va pas. Et qu’aucun système n’est parfait. Ils ont tous leurs avantages et leurs inconvénients. Je pense que s’il y a des choses à revoir au niveau de la paie et des avantages sociaux aux Etats-Unis, il y en aurait pas mal à revoir chez nous aussi. Sur la politesse par exemple. J’ai déjà vu des gens très mal parler aux caissiers chez nous, et des caissiers très mal parler aux gens aussi… Des gens qui, dès que la caisse d’a coté s’ouvre se jette dessus en faisant semblant de ne pas voir ceux qui les entourent et en faisant en sorte de ne jamais croiser leur regard quand ils mettent leurs courses sur le tapis… Ca ne va pas non plus. 🙂

  6. Excellent ! Tellement vrai… comme je l’aurai décrit.
    J’avais une amie américaine qui m’avait raconté le jour (plutôt la nuit) ou pour insomnie, avait décidé allée faire les courses a 4am a Walmart… en pyjama, pas maquillé, ni coiffée en pensant être la seule a avoir eu cette idée 😂…. je vous laisse imaginer.
    Les rires!!

  7. Les choses sont vraiment similaires au Canada, pour ça. Chariots «voiture» dans lesquels j’installe les filles, grandes allées, gros formats dans les produits. L’amplitude horaire n’est pas aussi conséquente, c,est du 8h 22h et je trouve ça largement suffisant. J’adore le fait qu’on emballe mes produits (parfois ils soupirent quand ils arrivent avec quelques secondes de retard et qu’ils voient comment j’ai commencé à ranger les sacs) et comme toi je ne peux pas ne pas ramener le chariot à sa place.

  8. Là où j’étais en Asie le Carrefour était ouvert h24 😳. Comme toi je me suis démenée pour y aller en plein milieu de la nuit pour tester (ravitaillement alcool… lol 😂), le super marché désertique, un poil flippant malgré la luminosité aveuglante.

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