Enfant, etc

Le truc vraiment insupportable qu’il faut arrêter de faire vivre aux femmes enceintes

Cette semaine, Caroline Receveur a annoncé sa grossesse forcée et contrainte par la presse people qui a balancé la nouvelle « de façon bien trop prématurée » comme elle l’explique sur Instagram. Cette semaine aussi, Kylie Jenner a annoncé la naissance de sa fille et s’est excusée publiquement de ne pas avoir partagé ces neuf derniers mois avec ses fans. Sa grossesse était un secret de polichinelle mais c’est quand même dingue qu’elle ait dû se justifier d’avoir voulu vivre un moment à ce point intime et particulier en famille. Etre un personnage public ne l’empêche pas d’être une femme « comme tout le monde », n’est-ce pas? Ca m’a fait repenser à ma grossesse et je me suis rappelée j’avais franchement détesté un truc, plus encore que le repos forcé de mon dernier trimestre : cette obligation d’annoncer publiquement ton état alors que tu n’es pas prête du tout à le faire, juste parce que les gens te mettent une pression d’enfer.

A peine enceinte, j’avais fait jurer à mon homme de se taire et de me soutenir. Non pas que je voulais l’empêcher de se réjouir mais j’avais besoin d’un peu de temps pour accepter ma nouvelle condition. On dit que les trois premiers mois sont délicats médicalement, c’est notamment pour ça que je ne voulais pas en parler. Si ça se passe mal, c’est plus facile à gérer si on ne s’est pas projeté trop loin, trop vite. Avec le recul, je pense aussi que ces fameux trois premiers mois permettent tout simplement d’accepter l’idée que notre vie va changer drastiquement, l’idée de ce bébé à venir, l’idée que notre couple va devenir une famille, l’idée que notre corps va connaître des changements profonds et inconnus. Chaque femme devrait avoir le droit d’annoncer sa grossesse quand elle est préparée mentalement à tout ce qui l’attend. Déjà qu’on n’est jamais assez préparée…

Mais voilà, j’ai refusé un verre de vin et j’ai tout de suite eu droit à un tonitruant « Ouais, t’es enceinte, c’est ça ? ». Une table d’yeux curieux a posé ses yeux sur moi. J’ai nié comme j’ai pu et ça n’a fait qu’empirer mon cas. J’avais juste envie de me lever et de rentrer chez moi. Je n’étais tout simplement pas encore prête à me réjouir, tout était trop flou, pas assez concret, j’avais les hormones et la tête en vrac. Les jours qui ont suivi, j’ai eu droit à des allusions insupportables, à des coups de coude entendus, et j’ai fini par confirmer la nouvelle à ceux qui étaient assis ce jour-là en terrasse avec moi pour éviter que ça s’ébruite au-delà de ce cercle déjà trop large à mon goût. Avouer pour s’épargner un peu. Résultat ? On m’a dit que je n’avais « pas vraiment l’air contente ». Non, effectivement, je ne l’étais pas. Pas encore.

J’avais surtout peur mais je n’avais absolument pas envie qu’on me rassure. Parce que je savais bien que ma peur finirait par se calmer. C’est généralement ma manière à moi d’accepter les choses : j’imagine toujours le pire et l’insensé et une fois que j’ai tout passé en revue, je respire enfin. Comme si le fait d’avoir formulé toutes mes craintes dans ma tête empêchaient le destin de les mettre sur ma route. Cette façon de faire énerve d’ailleurs très fort mon mec quand on prend l’avion et que je lui parle successivement d’attentat, d’accident ou d’atterrissage d’urgence mais c’est un autre débat.

Je m’interroge donc sur cette pression. Pourquoi les gens veulent-ils absolument être les premiers à percer le secret, à détecter les signes d’une grossesse ? Qu’est-ce que ça peut bien leur faire ? Qu’est-ce que ça leur apporte ? Faire un bébé, c’est exceptionnel pour les deux personnes à l’origine de sa conception, c’est un énorme bouleversement, mais c’est d’une banalité sans nom à l’échelle du monde. Donc pourquoi une grossesse ne pourrait-elle pas rester de l’ordre de l’intime jusqu’à ce que les futurs parents décident d’en faire publiquement état ?  Je n’ai pas de réelle réponse, je ne pense pas qu’il y en ait une plus valable qu’une autre. Mais je suppose que certains sont un peu jaloux du couple épanoui qui leur fait face. D’autres doivent ressentir une forme d’envie. Peut-être que la discussion « bébé » est en cours entre eux et qu’ils ne sont pas d’accord. Ou bien qu’ils sont passés aux travaux pratiques et que ça ne fonctionne pas. Il doit aussi y avoir un peu d’ennui : ceux qui s’intéressent tant à la vie des autres n’ont pas probablement pas réussi la leur autant qu’ils l’espéraient…

En y réfléchissant, plus jeune, j’ai dû faire preuve de maladresse et bousculer quelques futures mères avec une parole un peu trop vive. Comme pour plein de choses dans la vie, il faut le vivre pour savoir que c’est indélicat. Merci donc à l’avenir, si vous soupçonnez votre copine, votre sœur, votre collègue, d’être enceinte de garder le silence. Attendez qu’elle vous en parle, la confidence n’en sera que plus douce. Et rappelez-vous que si elle ne vous dit rien, sa grossesse lui appartient : ce n’est pas qu’elle veut vous cacher la nouvelle, c’est qu’elle veut la digérer… Respectez ça. Elle vous le revaudra que ça sera votre tour…

(2 commentaires)

  1. J’aime beaucoup ton article et rejoins ta pensée. Je crois que l’indélicatesse des autres est ce que j’ai le plus détesté avant et pendant que j’étais enceinte. Sans parler des regards insistants posés sur ton ventre… Je pense que notre société a besoin d’évoluer et que chacun apprenne à tenir sa langue.

    Cécilia

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