Mère mais pas que

Tout ce que je n’ai plus le temps de faire depuis que je suis mère

Est-ce que les minutes peuvent se rentrer au chausse-pied dans une journée ? Parce que si oui, je serais prête à essayer ! Des futiles au plus importantes, voici six choses que je n’ai plus le temps de faire depuis que je suis mère. 

Mettre du vernis. Je ne parle même pas d’une manucure, non. Juste de mettre du vernis toute seule chez moi, en tirant la langue et en fronçant les sourcils quand je dois m’appliquer pour colorer les ongles de la main droite. Dans mon autre vie, je faisais les choses dans l’ordre : une base, deux couches de couleur, un top coat. Désormais mes ongles sont perpétuellement nus. Tristes. Désemparés. Si je profite d’une sieste pour m’occuper d’eux, Ezra, c’est sûr, ne s’endormira pas et je me retrouverai à devoir aller ramasser un doudou tombé/jeté du lit avec un rouge encore trop brillant pour être sec. Il y aura un accroc et je pourrai recommencer. Si je décide de mettre du vernis quand il est réveillé, il s’en mêle et me demande systématiquement de peinturlurer ses ongles aussi. Pas juste l’index ou le petit doigt. Tous les ongles, des deux mains. Il n’attend évidemment pas que ça sèche, je vous laisse imaginer le carnage. Je finis par nettoyer la cuisine au dissolvant au lieu de choisir la teinte d’Essie qui me fait envie. Bref, mes ongles attendent des jours meilleurs.

Lire. J’ai renoncé au vernis pour le moment, pas aux bouquins. Je m’accroche, la lutte est féroce, mais je n’ai pas encore dit mon dernier mot. Je mets cependant deux mois à terminer un roman que j’avalais en deux jours. J’essaie de faire abstraction du bruit environnant, de la petite main qui voudrait bien tourner la page pour voir s’il y a des images à un moment, mais toutes les deux pages, je dois m’interrompre pour un verre d’eau qui ne peut pas attendre, une chute ou un bisou. Et si j’essaie de bouquiner en profitant du silence de la nuit, je m’effondre de fatigue au bout de dix lignes. Bref, les romans de rentrée littéraire s’accumulent sur ma Kindle et je me contente de page-turner pas trop alambiqués. Si je reste éveillée, c’est déjà un petit miracle en soi.

Faire du shopping. Quand Ezra était minuscule et qu’il ne voyait pas la différence entre le Zara ou la salle d’attente du pédiatre, j’allais souvent acheter des fringues… pour lui. J’attendais de perdre mes derniers kilos de grossesse (et plus si affinités, mais ça, ça n’est jamais arrivé) pour refaire ma garde-robe. J’étais déjà contente de retrouver mes vêtements « normaux », du coup je ne ressentais pas le besoin impérieux de me rhabiller. Maintenant, j’ai envie mais avec lui, c’est la misère. Je ne peux pas passer la porte d’une boutique textile sans qu’il se plie en deux dans sa poussette, bras ballants et tête entre les genoux, en criant sa douleur intense de devoir (pour une fois) prendre sur lui vingt minutes. Je me suis donc rabattue sur le shopping en ligne et suis devenue pro dans la non-validation finale du panier virtuel. J’accumule, je choisis bien les tailles, je réfléchis à la matière, à la coupe, je suis sûre de moi. Au moment de payer, je vérifie le montant, je me mets à hésiter, à penser aux jeux que je pourrais lui acheter pour ce prix-là ou bien à cette nouvelle veste donc il aura vraiment besoin dans quelques mois parce qu’il aura grandi, et qui est justement soldée aujourd’hui… Je finis par me demander si ces nouveaux vêtements me rendront plus heureuse. La réponse est invariablement non. C’est le problème avec le shopping en ligne : on a trop le temps de réfléchir avant de sortir la carte bleue… Bref, bientôt, je serai à poil. Voilà.

Me doucher tranquille. Je n’ai même pas dit « en prenant le temps ». Je ne sais pas pourquoi, sous la douche, je prends rarement mon temps. Peut-être que je préfère traîner dans mon lit jusqu’à la dernière limite ? C’est possible. En tout cas, je vais à l’essentiel : savon, shampooing, après-shampooing, 10 minutes montre en main, merci, aurevoir. C’est encore plus rapide désormais. Ce matin, Ezra levait le rideau de douche en criant « Piekeboo » à chaque fois qu’il me montrait sa pomme, en se faisant asperger d’eau au passage. Hier, il répétait « mamanmamanmaman » et le bruit de la flotte ne permettait pas de couvrir sa petite voix perchée. Une chose est sûre : la boucle d’un unique et même mot ne détend pas. Du tout. Bref, désormais, c’est 3 minutes sous l’eau et si j’ai le temps de sécher mes cheveux, la journée est exceptionnelle.

Me prendre la tête pour des bêtises. Un enfant, ça fait tout relativiser. J’ai accepté d’être moins ponctuelle, moins disponible, moins polie. Je n’ai pas beaucoup de temps libre dans ma journée, du coup je m’embarrasse un peu moins de détails pour le consacrer à l’essentiel. Je fais de mon mieux tous les jours ou en tout cas, aussi souvent que possible. Et à ceux qui estimeraient que ce n’est pas encore assez, je n’ai qu’un haussement d’épaules à leur adresser. Qu’ils s’estiment heureux : j’aurais pu lever le majeur.

Dans le même ordre d’idée, je ne perds plus de temps avec des gens que je n’aime pas. Le tri s’opère naturellement. Le temps dont je dispose, j’essaie de le passer avec des gens positifs, motivés, motivants, compréhensifs. Je n’ai plus le temps pour les mesquineries et ceux qui geignent, soupirent, subissent. Quand tu es mère, tu es perpétuellement sur le fil. Après une journée de taf, tu enchaînes avec ton deuxième job tout aussi exigeant, si pas plus. Si tu t’entoures de gens au fond du seau, tu peux vite sombrer avec eux. Je suis disponible pour les amis qui vont mal, pour payer une tournée et mettre ma main sur une épaule mais j’ai tiré un trait sur ceux qui ne m’ont jamais intéressée et que je côtoyais par habitude ou obligation, ceux qui ont toujours un avis (vexant, l’avis) sur tout et les jaloux. Franchement ? Ca fait du bien au quotidien, ça permet de passer du temps joyeusement avec les plus souriants et surtout, ça donne de l’espace pour de nouvelles rencontres avec des gens constructifs et solidaires. Et rien que pour ça: merci Ezra!

(16 commentaires)

  1. Oh, mais comme je te rejoins sur certains points !

    En ce qui concerne le peinturlurage des mains, c’est net, j’ai fait un très dessus aussi. Mes ongles sont d’ailleurs coupés court (il n’y a même pas de « blanc » qui me permettrait de faire une french !). Par contre, je m’octroie du temps pour me faire faire les pieds en été, en institut. Le petiot peut bien passer une heure avec son père, et moi ça me détend !

    Faire du shopping ? Quelle drôle d’idée ? J’en viens à la même conclusion que toi : ça coûte cher, ça ne me rend pas plus heureuse, et surtout, j’ai un gnome qui change de taille tous les six mois, il faut bien garder des sous pour lui !

    Quand à se prendre la tête pour les bêtises, j’aurais pu écrire tes mots : « Je fais de mon mieux tous les jours […] j’aurais pu lever le majeur. »
    Ce qui me frappe, c’est surtout le début de ta phrase. En devenant maman, on passe notre temps à donner le meilleur de nous-mêmes, mais **vraiment**. C’est éprouvant, fatiguant, alors plus rien à battre de ceux qui pensent que ce n’est pas suffisant !

  2. Lire, c’est important de préserver ce moment d’évasion, même si je lis de moins en moins.
    Et bravo si tu arrives à te concentrer sur l’essentiel, car ce n’est pas toujours facile !!

  3. Pour le fondamental, comme pour les futilités, il faut aussi toujours se rappeler qu’à un moment ça se calme, et qu’on retrouve un peu de ce temps insouciant, et heureusement! Ca peut paraitre superficiel mais prendre du temps pour soi, et se chouchouter un peu fait vraiment du bien et rejaillit sur tous les autres aspects de sa vie, donc, il faut aussi en prendre le temps!

  4. Bon je vois qu’on en est toute au même point, ce qui d’un côté me rassure énormément. C’est tellement important d’arriver à ne pas s’oublier dans les méandres de la maternité et en même temps c’est tellement difficile de trouver du temps pour soi. Heureusement, ils grandissent, et bientôt on pourra se remettre du vernis sur les pieds !

  5. J’en me suis tellement reconnue! C’est déjà un petit miracle de trouver quelques minutes pour soi, alors c’est clair qu’on choisit précieusement ce qu’on veut faire de ces quelques instants de temps libre!

  6. Toute ses choses (sauf le shopping, mais je le fais avec ma fille elle adore), tu peux les faires quand ton bébé est au lit. Il faut reussir a trouver le temps, je me douche sois quand papa est la, sois quand elle dort et j’ai toujours le temps.

    Apres biensur tout depends de ce que tu veux vraiment 😉

  7. j’ajouterais: regardez une série télé en même temps que le onde entier, écouter les infos, allez au ciné ou au resto à 2,… Quand ils seront plus grands on aura de nouveau le temps mais on se dira que ce n’est pas grave. Ils grandissent si vite!

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