« Un monde »: un film radical sur la violence de l’école primaire

by seayouson

J’adore les films qui me remuent. Je vais au cinéma pour avoir le ventre retourné et sentir mon coeur se mettre à galoper. Mercredi, le film « Un monde » sort en Belgique. Et quand je l’ai vu au Festival de Cannes, en juillet dernier, j’ai pris une grosse claque.

« Un monde »: le résumé du film

C’est l’histoire de Nora qui entre à l’école primaire. On la découvre dans la cour de récréation. Elle pleure dans les bras de son père qu’elle ne veut pas quitter. Quand la sonnerie retentit, elle sait que le moment est venu: elle respire un bon coup et se mélange aux autres enfants. Son père la rassure une dernière fois: son grand frère, Abel, sera là pour prendre soin d’elle. Mais ce que le père ne sait pas, c’est que Abel est victime de harcèlement. Abel fait jurer à Nora de ne rien dire à personne. Elle promet. Mais toute seule, elle sait qu’elle ne pourra pas aider son frère. Nora, en plus de devoir s’intégrer à sa classe, est tiraillée entre l’envie d’aider son frère et la promesse qu’elle lui a faite. Elle découvre l’injustice, la violence, le mensonge et la passavité des adultes.

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Une immersion totale, vécue à travers les yeux d’un enfant

« Un monde » nous montre ce que les enfants vivent lorsqu’ils arrivent en première primaire. Le bruit permanent, les bousculades en sortant de classe, les couloirs qui semblent ne jamais avoir de fin, les fourchettes qui se cognent aux assiettes à la cantine, le silence pesant lorsqu’on est penché sur sa feuille d’exercices en classe, les sons étouffés à la piscine, alors qu’on attend sur le bord que ça soit son tour de plonger… Si le film est aussi juste, c’est que la réalisatrice belge Laura Wandel se met à hauteur d’enfant. Elle filme par-dessus l’épaule de Nora, jouée par Maya Vanderbeque. On n’a donc aucun mal à se mettre à sa place et à comprendre à quel point elle se sent impuissante. L’expérience est immersive. On revit le début de notre scolarité…

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Pourquoi « Un monde » m’a fait mal au bide

Si le film « Un monde » m’a fait mal au bide, c’est aussi parce que je ne garde pas un bon souvenir de mes années en primaire. J’ai eu du mal à m’intégrer, je ne comprenais pas bien les codes. J’étais bavarde et dispersée pour cacher ma timidité. J’étais franchement loin d’être populaire. Une fille de ma classe s’amusait à renverser le contenu de mon cartable dans les buissons. J’ai beaucoup pleuré. Je trouvais ce passage de l’école maternelle à l’école primaire violent. J’avais l’impression d’avoir été lâchée dans la jungle sans qu’on m’explique comment y survivre. Quand, en septembre, j’ai lâché la main de mon fils devant les grilles de l’école primaire, j’ai tremblé intérieurement. Je n’ai rien fait paraître mais je suis particulièrement attentive à la joie et aux questions qu’il exprime quand il sort de classe. Que les enfants soient confrontés au monde extérieur, c’est normal et nécessaire: les élever en les protégeant de tout, ça ne leur rend pas service. Mais je suis sur le qui-vive au cas où ça dérape.

L’intégration et la fraternité

« J’ai choisi de parler de l’univers de l’école, parce que c’est souvent le premier moment, dans sa vie, où l’enfant est en dehors de la famille », me raconte Laura Wandel. « Il doit apprendre les codes sociaux, il doit apprendre à s’intégrer et il découvre l’idée de la fraternité. Cette nécessité d’intégration met en danger cette fraternité. Souvent, quand on veut s’intégrer à une communauté, on a l’impression qu’on doit abandonner une partie de son identité pour correspondre au groupe. Je sentais que l’école était un terreau pour raconter tout ça. »

un monde film laura wandel

Si le film « Un monde » est aussi oppressant, c’est parce qu’on ne voit jamais les enfants en dehors de l’école. Laura ne les filme jamais chez eux ou dans la rue. « Filmer dans un endroit fermé, ça fait écho au monde », analyse-t-elle. « Il suffit de penser aux conflits de territorialité… Dans les cours de récré, le terrain de foot prend la majorité de l’espace et ceux qui n’ont pas envie de jouer au foot n’ont droit qu’à des petits espaces. Ca crée de la violence. Le monde est rythmé par les conflits de territorialité, d’intégration », me dit encore Laura.

« L’école, c’est la jungle mais… »

« Un monde » est un film radical. Laura voulait aborder les choses « frontalement ». Elle « dresse un état des lieux ». Elle me dit: « L’école, c’est compliqué pour tout le monde, au moins à un moment. » Mais elle rassure: « C’est la jungle, oui, mais c’est là aussi où on fait ses armes. C’est ce qui nous construit en tant que futur adulte. Ca nous fortifie. Même si c’est dur, il y a des choses positives qui en sortent. » Ca aussi, c’est vrai.

Je trouve que le film « Un monde » pose un tas de questions sur le triangle harcelé – harceleur – témoin du harcèlement. Comme le roman Raisons obscures de la romancière Amélie Antoine dont je vous parlais ici. On ne sort pas indemne de la vision de ce film (comme de la lecture de ce livre).

« Un monde » est présenté en avant-première ce dimanche 17 octobre au Cinéma Palace (Bruxelles) à 17 heures. Il reste des tickets ici. Et il est présenté en avant-première à Liège au cinéma Les Grignoux. le lundi 18 octobre à 20 heures. Tickets ici. La projection sera accompagnée d’une rencontre avec Laura Wandel, réalisatrice et Bruno Humbeeck, psychopédagogue. J’avais interviewé Bruno Humbeeck ici sur les différentes pédagogies mises en place à l’école. C’était passionnant (bien que polémique). « Un monde » sort mercredi 20 octobre dans les cinémas belges. Et en janvier 2022 en France.

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