Etre mère, c’est difficile: le roman qui dit ce qu’on ne dit jamais sur la maternité

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Les mères tueraient pour leurs enfants. En tout cas, les mères ne tuent pas leurs enfants. C’est comme ça. Ça ne peut pas arriver. Sauf que parfois, ça arrive. C’est ce que raconte « Pas les mères« , un livre de Katixa Agirre percutant et dérangeant qui parle de la difficulté d’être mère. Il s’ajoute à ma liste de livres sur la maternité qui m’ont bouleversée.

En Espagne, une romancière à succès qui fait ses premiers pas balbutiants dans la maternité apprend que l’une de ses amies d’enfance, a tué ses jumeaux. Les deux enfants ont été noyés par la femme qui aurait dû les aimer le plus et les protéger de tout. L’affaire secoue l’Espagne et devient une obsession pour cette romancière qui s’étonne chaque jour de l’ambivalence des sentiments qui l’habitent depuis qu’elle a donné naissance à son bébé. Elle essaie de comprendre pour quelles raisons une mère peut tuer ses enfants.

Dans “Pas les mères”, Katixa Agirre s’attaque au tabou ultime: l’infancitide. Je n’ai pas pu lâcher ce roman puissant, qui lacère l’image d’Epinal de la maternité. 

Etre mère, c’est difficile et on ne le dit jamais

Dès son test de grossesse positif, alors qu’elle vient d’apprendre qu’elle va devenir maman, elle s’interroge sur son désir d’enfant: “Je voulais des enfants (est-ce que j’en voulais vraiment?) de manière abstraite et générale.” Et en s’interrogeant, elle nous questionne aussi: veut-on des enfants parce que la société nous y oblige; parce que biologiquement, on ne peut pas faire autrement qu’en désirer ou est-ce un vrai choix personnel? 

Pas les mères, un roman qui raconte comme être mère est difficile

Les questions continuent lors de son congé de maternité. Katixa Agirre fait cohabiter enquête sur le double meurtre et interrogations intimes au sujet de la maternité. Elle utilise la voix et la situation de l’héroïne de son roman pour dire ce qu’on ne dit jamais au sujet de la parentalité. La romancière trouve qu’être mère est difficile. L’instinct maternel ne vous tombe pas toujours dessus. La vie de maman, le post-partum: avoir un enfant, c’est parfois laborieux. Elle parle de la fatigue qui va avec l’arrivée d’un nourrisson, de l’ennui que les mamans peuvent ressentir lorsqu’elles sont avec leur nouveau-né, et de la peur (je vous partageais mon expérience personnelle ici): trois sentiments qu’il est normal d’éprouver en devenant parent mais dont on parle si peu.

On parle beaucoup de la fatigue des premiers mois, de l’impossibilité de dormir, des cernes sous les yeux. Mais on n’évoque presque jamais les heures d’ennui qui constituent la vie d’une mère.

extrait de Pas les mères

L’ennui des jeunes mamans

Elle écrit: “On parle beaucoup de la fatigue des premiers mois, de l’impossibilité de dormir, des cernes sous les yeux. Mais on n’évoque presque jamais les heures d’ennui qui constituent la vie d’une mère. Je veux parler de cette succession de jours gris et amorphes où donner le sein, changer des couches, endormir un bébé qui pleure et vérifier s’il respire une fois qu’il s’est endormi occupent votre vie au point de l’asphyxier, pendant que le temps suit son cours pour le reste de l’humanité. Vous vous retrouvez isolée, confinée et entièrement dévouée vingt-quatre heures sur vingt-quatre à un travail qui recueille la même considération sociale que le nettoyage des sanitaires. (…) Les heures qui se traînent, les yeux dans le vide. Entièrement vouée à autrui. Dans une société hypocrite qui vous dit qu’il n’y a rien de plus désirable, voire de plus révolutionnaire, que se donner à autrui, la révolte silencieuse gronde lorsqu’on se penche sur l’analyse coût-bénéfice.”

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Jeune mère entre frustration et culpabilité

C’est difficile d’être mère. La romancière le découvre jour après jour. Ses projets professionnels sont mis en stand-by. Elle est frustrée quand elle va chercher son fils à la crèche et irritée rien qu’à l’idée des heures à venir et des gestes répétitifs qu’elle va devoir accomplir. Le roman “Pas les mères” m’a souvent mise mal à l’aise, probablement parce que moi aussi, j’ai parfois feint l’enthousiasme en m’occupant de mon enfant et que moi aussi, parfois, j’aurais préféré travailler au lieu d’aller le chercher. La jeune mère tente de refouler ces sentiments que la société juge inacceptables. Elle raconte l’enfant qui tourne vers elle “un visage radieux” quand elle pousse la porte de la crèche.

« Je devais être stupide de ne pas pouvoir en profiter comme il se devait »

“Je me disais qu’il fallait que j’en profite, je ne pourrais plus jamais aimer autant un petit corps, cette colonne vertébrale parfaite, ces bonnes joues, ces petites fesses tendres, cette peau impeccable qui réclamait tout le temps des baisers. En fin de compte, la vie c’était cela aussi, la vie pure, énergie et clarté sans ombre. Je devais être stupide de ne pas pouvoir en profiter comme il se devait.” Elle se convainc que la maternité va l’inspirer, va rendre son travail d’écrivain plus exceptionnel, plus riche. Forcément, “un contact aussi intense avec la vie devait bien finir par transparaître, tôt ou tard, dans ce que j’écrivais. Était-ce vraiment le cas? Je n’en étais pas sûre.”

Alors qu’elle cherche l’inspiration, elle tente de comprendre comment on peut noyer ses enfants, avec autant de patience et de méthode qu’Alice l’a fait. Pourquoi le père des deux petites victimes a-t-il décidé de rester avec celle qui a transformé leur vie en enfer? Comment se projette-t-on en tant que couple après ça? Arrive-t-on à pardonner? La romancière discute avec ses proches. Certains estiment qu’il aurait mieux valu que la mère infanticide se suicide. “On aurait même pitié d’elle.” D’autres se disent peut-être, la mère infanticide ne voulait pas d’enfants. Peut-être n’est-elle qu’un monstre sans âme incapable d’aimer? Est-elle folle? C’est forcément ça! C’est en tout cas plus facile à admettre.

Un roman qui pose beaucoup de questions

“Pas les mères” n’apporte aucune réponse et j’ai trouvé ça à la fois honnête, – parce que qui en a quand il s’agit de la parentalité? -, et douloureux, – parce qu’on aimerait bien comprendre pourquoi ça nous transforme à ce point. Katixa Agirre abord des sujets importants et tabous et notamment celui qui veut qu’être maman rend plus forte.

“Certaines mères écrivent sur des forums Internet que, depuis qu’elles sont mères, elles se sentent plus fortes, plus puissantes, des lionnes invincibles. Moi, au contraire, je ne me suis jamais sentie aussi faible. Il est désormais très facile de m’attaquer, de m’humilier, de me faire exploser. J’ai une cible au milieu du front. De quoi parlent donc ces mères d’Internet? Je n’en ai aucune idée. Comme elles, moi aussi je ressens le besoin impérieux de défendre ma progéniture: et je dois rugir, je rugirai. Mais je sais aussi que je suis impuissante, plus impuissante que jamais, parce que les griffes et le rugissement ne servent pas à grand-chose face à un accident de voiture, un enlèvement au parc, l’incendie de la crèche, la leucémie. Plus perdue que jamais en réalité; plus faible que jamais, avec mon petit chiot.”

“Pas les mères” est un livre intense, intime, perturbant. Il est à la fois chroniques judiciaires, essai et thriller. Il ne vous laissera pas indemne.

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