Trois choses que je n’avais pas imaginées comme ça en devenant mère

by seayouson

J’avais mes vérités sur la maternité avant de devenir mère. Ce n’est pas très malin mais c’est assez humain. La vie se charge généralement de vous faire savoir que vous avez tort quand c’est le cas. C’est comme ça qu’on apprend l’humilité. Mes « vérités », mes idées, mes projections sur la maternité et le rôle de mère ont été confrontées à la réalité. Voici trois choses que je n’avais absolument pas imaginées comme ça en devenant mère.

On pense qu’on n’oubliera rien, mais en fait on oublie plein de choses, même les plus importantes.

En devenant mère, tout, dans ma vie, est devenu plus intense. Et je pensais que je n’oublierais rien de tous ces moments complètement fous. Je les ai vécus les yeux grands ouverts et souvent en tapant des mains: son premier sourire, ses premiers pas, son premier mot… J’étais émerveillée et fière, tant et si bien que je pensais que tout irait se loger dans ma mémoire pour toujours. Je ne savais pas que la fatigue allait avoir raison de mes neurones et que le temps ferait son œuvre, même sur des événements aussi forts et émouvants.

Je ne sais pas comment c’est possible mais j’ai oublié son premier mot. Je crois que c’est « papa », mais je n’en suis pas tout à fait sûre. Je ne sais en tout cas absolument pas quand il a été prononcé. Je ne sais plus très bien non plus quel âge il avait quand il s’est mis à marcher, je dois fouiller dans mon téléphone pour retomber sur des vidéos de cette époque-là. Je ne sais plus à quel âge il a arrêté de prendre le biberon (je me souviens qu’il a longtemps été attaché à son bib’ du matin), je ne sais plus à quel âge il a réussi à se tenir assis (plus tard que la moyenne, de mémoire)…

J’ai oublié certaines grandes étapes de la vie de mon unique enfant alors que j’étais aux premières loges et que j’étais hyper attentive. De sa toute petite enfance, je me souviens des cascades délicieuses que faisaient ses premiers fous rires, de l’odeur de la soupe qui imprégnait ses vêtements quand il rentrait de la crèche, de ses petites mains potelées qui agrippaient mes doigts pour ne jamais les lâcher… J’ai plein de souvenirs mais on dirait que toutes les photos ont été jetées en vrac dans une boîte et que personne n’a rien trié depuis cinq ans. Parmi les choses que je n’avais pas imaginées comme ça en devenant mère, il y a cette incompréhension: je ne comprends pas comment j’ai pu oublier certaines choses qui me semblaient à ce point capitales à l’époque.

On croit que le plus stressant, c’est quand l’enfant est petit. Mais plus il grandit, plus c’est pire.

Je trouvais que maintenir mon nouveau-né en vie n’était pas une mince affaire. On comprend ce que « prendre ses responsabilités » veut dire quand on devient mère. J’observais ce petit être sans défense en me disant qu’il avait été livré à une meuf qui n’avait aucune idée de ce qu’elle devait en faire. Le pauvre. Je me souviens de mon incapacité totale à me concentrer le jour où je l’ai déposé à la crèche pour la première fois. Je venais à peine de prendre confiance en moi que je devais faire confiance à quelqu’un pour s’occuper de la chair de ma chair. Je pensais que c’était ça le summum de l’inquiétude. La bonne blague…

Je ne savais pas que plus mon enfant grandirait, plus il me tiendrait éveillée la nuit. Pour d’autres raisons. Je me suis rendue compte assez récemment que j’étais son modèle, son socle et son idole (tout ça à la fois) et que j’avais plutôt intérêt à savoir ce que je faisais. Sauf que je navigue moi-même à vue dans un monde que, généralement, je ne comprends pas. Je lui fais croire que je sais exactement où on va alors que je n’en ai aucune idée et qu’il n’est franchement pas exclu qu’on finisse dans un cul-de-sac.

Il grandit en direct sous mon regard effaré avec un caractère qui lui est propre. Il s’autonomise, il s’échappe, il s’envole. Et c’est très bien: c’est pour ça qu’on les fait, nos enfants, pour qu’ils prennent leur indépendance. Mais comme je vous le disais sur Instagram, j’aimerais le mettre dans du papier bulle ad vitam. Je ne savais pas que c’était à ce point terrifiant de voir son enfant grandir.

On croit qu’on a des principes et une ligne de conduite mais on fait souvent juste ce qu’on peut, en fonction de l’humeur et de l’énergie qu’on a ce jour-là

J’ai quelques principes immuables. Des règles sur lesquelles il n’y a jamais eu de discussion. Mais dans la grande majorité des cas, mon éducation est très approximative et c’est un grand n’importe quoi. C’est l’une des choses que je n’avais pas imaginées comme ça en devenant mère. Je ne sais pas trop ce que je me disais mais inconsciemment, j’imaginais sûrement que mes humeurs « normales », mes agacements, ma fatigue allaient disparaître comme par magie et qu’en devenant mère, j’allais devenir quelqu’un perpétuellement d’humeur égale, jamais impactée par les aléas du quotidien.

Parce que c’est mon rôle, madame! J’ai un enfant à élever, MOI! Et pour lui, je serai cette mère solide, bien ancrée dans la réalité, capable de faire la part des choses et toujours juste. Tellement juste que mon enfant, même en cas de désaccord, comprendrait toutes mes décisions.

En vrai, c’est souvent le bordel dans ma tête. Je peux crier d’un coup alors que je me marrais quelques minutes auparavant PARCE QUE J’EN AI MARRE DE REPETER 10 FOIS LA MÊME CHOSE (je me surprends parfois moi-même). Je crie parfois pour le regretter juste après. Je peux avoir une patience d’ange tombé du ciel avec mon fils alors que je n’en ai absolument AUCUNE dans la vie, pour rien. J’envisage parfois de prendre un aller simple pour le Mexique tellement mon enfant m’épuise et trois secondes plus tard, je lui dis que s’il veut, il peut dormir avec moi (« mais c’est exceptionnel, hein »).

Je me rends compte que devenir mère n’a pas fait de moi une super héroïne: je fais généralement ce que je peux avec l’énergie que j’ai et l’envie du moment. Quand j’ai une mauvaise journée au boulot, je n’arrive pas forcément à laisser mes soucis sur le pas de la porte (façon de parler puisque je suis en télétravail). Quand je suis de mauvaise humeur, je lui fais parfois payer. Quand je suis fatiguée, je n’arrive pas toujours à me forcer.

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1 comment

Vanessa 12 avril 2021 - 14 02 29 04294

Ouf merci. Me voila déculpabilisée de ne plus vraiment savoir quand il a dit son premier mot et toutes ces autres petites choses pour lesquelles j’étais pourtant aux premières loges, émerveillée et fière. Comme on dit souvent, avant j’avais des principes, maintenant j’ai un (ou des) enfant(s). Je suis enseignante et j’avais énormément de principes, d’idées préconçues, de choses que j’étais certaine de faire (ou de ne pas faire) et finalement… parfois on fait avant tout comme on peut.
J’étais aussi persuadée (et je ne sais pas pourquoi) que mon fils serait un écolier comme moi. Calme, discret,… Et finalement pas du tout. La chute est parfois rude.

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