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Des cours à l’université pour « apprendre à devenir adulte » ou les dérives de l’éducation des années 2010

La bonne réputation des universités américaines n’est plus à faire. Partout, des étudiants sortent de l’école la tête bien faite, prêts à s’imposer sur le marché du travail… mais incapables de se débrouiller face aux défis de la vie quotidienne. L’Université de Berkeley en Californie a mis en place des cours pour apprendre à devenir adulte. Vous avez bien lu… On y apprend comment respecter son budget, comment rédiger un CV, comment avoir des relations amoureuses dans cette étrange époque où on se raconte nos vies par écrans interposés et dans laquelle on perd ses moyens à l’idée de se retrouver en tête-à-tête pour un café.

Ils ont d’excellentes notes en physique mais ne savent pas comment se faire une omelette

Selon un article du Los Angeles Times, les cours cartonnent. Les parents d’aujourd’hui misent tout sur la réussite scolaire et oublient d’apprendre à leurs enfants comment se débrouiller dans la vraie vie. Les classes sont remplies d’élèves qui ont d’excellentes notes en physique mais qui ne savent pas comment faire les courses et se faire à manger.

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Dans ces cours très particuliers, les élèves apprennent à remplir leur fiche d’impôt, les trucs pour postuler un job, mais aussi ceux qui leur permettent de gérer leurs relations amoureuses et amicales. Ils apprennent aussi à prendre soin d’eux et comment nettoyer l’endroit où ils vivent. Hallucinant, n’est-ce pas? Mais tellement propre à notre époque. On leur a tellement appris qu’ils avaient besoin de « compétences » pour réussir dans la vie qu’ils ne savent pas comment faire quand ils n’ont pas d’acquis théoriques dans un certain domaine. Et leurs parents ont tellement tout fait à leur place qu’ils n’ont rien appris sous le toit familial…

Le cours d’adulting est fréquenté par 200 étudiants à l’Université de Berkeley. Et beaucoup ont été refusés à cause du manque de places.

« Les parents ne laissent pas leurs enfants faire les choses par eux-mêmes »

Belle Lau, 21 ans, est à l’origine de ce cours très spécial. Elle explique au quotidien local qu’elle s’est rendue compte qu’elle avait du mal à s’en sortir lorsqu’elle a emménagé dans son propre appartement. « Nous sommes jetés dans ce monde et nous n’avons pas la moindre idée de ce que nous sommes censés faire », confie-t-elle.

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Sa mère admet qu’elle est comme la majorité des parents qui l’entourent: « Les parents ne font pas assez confiance à leurs enfants pour faire les choses par eux-mêmes. Quand les enfants sont à la maison, les parents s’occupent à peu près de tout pour eux. » Ou ils sont tellement pris par leurs propres activités qu’ils oublient de partager les connaissances de base avec leurs enfants. S’ils passaient du temps avec eux, sans téléphone dans la main, sans ordinateur sur les genoux, l’échange et l’apprentissage viendraient, en fait, naturellement.

apprendre à devenir adulte

Une élève veut apprendre « à être fiable »

Les élèves du cours d’adulting veulent apprendre à mieux s’organiser. Une jeune fille veut par exemple qu’on l’aide à établir une routine qui lui permettrait d’aller dormir la nuit au lieu de réviser. Une demande un peu absurde parce que c’est le propre de l’université, non? Quel étudiant, qu’il soit bien ou mal organisé, n’a pas dû dormir moins pour étudier plus? Un autre souhaite qu’on lui apprenne comment faire pour être moins souvent sur son téléphone. Une autre encore souhaite apprendre à être ponctuelle parce que ses retards réguliers lui posent problème dans son job d’étudiant. « Je veux apprendre à être fiable », implore-t-elle.

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Ces cours s’inscrivent dans le programme Democratic Education at Cal: les étudiants créent et animent leurs propres cours sur des sujets pratiques et souvent, originaux. Il y a par exemple un cours pour comprendre l’esprit des criminels, un cours d’initiation à la boulangerie ou encore un cours qui traite de sorcellerie et de magie avec des discussions sur les romans d’Harry Potter.

L’université de Berkeley n’est pas la seule à proposer ce type de cours pour devenir adulte. Des workshops sont organisés un peu partout dans les bibliothèques ou dans d’autres universités à travers l’Amérique du Nord.

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L’horrible reflet de notre époque

Mais comment dire à ces jeunes angoissés que personne ne pourra jamais leur enseigner « vraiment » comment se débrouiller dans la vie? Que ce n’est pas quelque chose qu’on apprend entre quatre murs, en prenant des notes, mais une compétence qui s’acquiert au fur et à mesure des défis que la vie nous invite à relever. Et que personne, finalement, n’acquiert jamais cette compétence une bonne fois pour toute ? Comment dire à cette jeune fille qui veut « apprendre à être fiable » que ça ne tient qu’à elle. Ce n’est pas de cours pour devenir adulte dont ces enfants ont besoin mais d’un bon psy qui pourra les aider à être moins angoissés… ou de parents qui reprennent les rênes de leur éducation.

Les travers de l’éducation bienveillante

Ces cours pour devenir adulte sont le reflet de notre époque: on se détourne chaque jour un peu plus des choses importantes au profit de plus futiles. C’est aussi une dérive de l’éducation bienveillante qui a pris tous les visages ces dernières années et surtout les plus effrayants. C’est aussi une dérive de l’adultisme (L’adultisme: le mot que j’ai découvert sur Instagram et qui m’exaspère) On pense qu’en permettant tout à nos enfants et en ne les obligeant à rien, qu’en refusant de les contrarier, qu’en leur évitant les frustrations, on leur apprend à être heureux. Mais c’est exactement le contraire: en les surprotégeant dès le plus âge, en refusant d’endosser notre rôle de parent, d’éclaireur et de sage, en leur faisant comprendre que parfois, dans la vie, il y a certaines contraintes et certaines règles à respecter, pour leur bon fonctionnement général et celui de ceux qui les entourent, ils ne savent absolument pas comment se débrouiller une fois lâchés dans la nature.

Le principe même d’un parent, le seul rôle, c’est de donner les conseils, les clés nécessaires à un enfant pour qu’il puisse se débrouiller une fois qu’on n’est plus là. Si quelqu’un d’autre doit un jour expliquer à mon enfant comment être un adulte, c’est que j’aurai échoué dans ma mission.

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(3 commentaires)

  1. On trouve tellement d’absurdités sur Terre alors pourquoi pas celle-ci ! En même temps, si ces jeunes adultes en ont besoin, ils ont raison de demander la création de ce cours, si celui-ci peut vraiment les aider.
    A propos de l’éducation d’aujourd’hui, je suis assez inquiète par cette volonté de ne jamais imposer la moindre contrainte aux enfants. Pour moi, cela fait partie de la vie en société, du respect dû aux autres, en acceptant aussi qu’ils aient des attentes différentes des miennes.

  2. On passe pour des mamans monstrueuses quand on refuse le maternage proximal, l’éducation bienveillante (je ne dis pas qu’il faut leur taper dessus, mais quand c’est non c’est non) mais au final, je reste persuadée que c’est la « bonne » méthode… dernière exemple, mon fils de 11.5 ans c’est engagé à faire des cookies pour l’école sauf que moi, avec son frère et sa sœur malade, pas le temps donc je lui ai dis ok, tu les fera. Je préparais le repas en même temps mais il a tout fait seul!

  3. Je trouve qu’il y a du bon pour certains points peut-être plus théorique comme les trucs et astuces pr un CV ou comment remplir sa fiche d’impôts etc. Qd on sort de l’école on est censé savoir travailler ms on ne sait de ce que ça implique. Oui les parents peuvent participer à cet apprentissage ms parfois il y a des aspects spécifiques au métier choisi ou autre et dc on a pas tjs les cartes en main. Mon beau fils jeune ingénieur architecte à été obligé de devenir indépendant pr son stage ms n’avait aucune idée des charges, des impôts, des lois sociales etc que ça impliquait… Et moi fonctionnaire je ne sais pas tjs tt non plus. Après apprendre à s’occuper d’une maison, se faire à manger r devenir indépendant ça s’apprend à la maison en participant aux tâches ménagères tout simplement… 😉

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