Chers parents, il est grand temps de calmer le jeu

Je me souviens avec précision de mon premier coup de pédales sans les petites roues. Mon vélo était bleu, mon père tenait ma selle plus ou moins fermement, j’étais moyennement à l’aise et je cherchais mon équilibre sur le bitume du cul-de-sac dans lequel se trouvait notre maison. J’avais 6 ans ou à peu près. Le week-end passé, on a enlevé les petites roues du vélo d’Ezra et on a tenté l’expérience du vélo « de grand ». Il n’a pas encore soufflé ses 4 bougies et je me suis demandée pourquoi on voulait qu’il apprenne à rouler en vélo, sans béquilles, si tôt. Ce n’est pas anecdotique et la suite concerne, je crois, tous les parents d’aujourd’hui… Ou en tout cas une large majorité.

Dans ma tête, les questions tournaient en boucle: Qu’est-ce que ça change? Qu’est-ce que ça va lui apporter? Est-ce qu’on n’est pas en train de brûler les étapes? Si j’ai enlevé ses roues, c’est parce que je sais que les stages pour apprendre aux enfants entre 3 et 5 ans à rouler en vélo sont pris d’assaut en Belgique. Même à distance, ça me met la pression. Tous ses copains y sont passés et alors qu’ils roulent bien moins souvent que lui au quotidien, ils l’ont « rattrapé » en une semaine d’apprentissage intensif. Du coup, dans ce parc, assise sur un banc, j’ai eu un débat avec moi-même (ça m’arrive souvent).

Chers parents, il est temps de calmer le jeu. Et croyez-moi, je m’inclus dans le « chers parents ». Que s’est-il passé dans le monde pour qu’on attende de nos enfants qu’ils fassent à 3 ans ce qu’on faisait (à peine) à 6? J’ai eu un long débat avec moi-même ce week-end. Il fallait que je vous en parle. Je suis d’ailleurs sûre que ça va vous parler aussi. Bref, on en parle? C’est à lire sur le blog, lien en bio. ———— #palmsprings #california #californie #parents #parentsupport #parenthoodunlocked #parenthumor #coupdegueule #mamanblogueuse #maman #maviedemaman #viedemaman #quelafamille #childhoodmemories #underpressure #palmdesert @visitpalmdesert #monenfant #mommysboy #seayouson #dearmom #cameramama #igmom

138 Likes, 8 Comments – Déborah (@seayouson) on Instagram: « Chers parents, il est temps de calmer le jeu. Et croyez-moi, je m’inclus dans le « chers parents »…. »

La piscine, le vélo et tout le reste

Que s’est-il passé pour qu’on se mette à ce point la pression et qu’on la mette, du même coup, à nos enfants? Pourquoi veut-on qu’ils aillent absolument plus vite que la musique? Pourquoi devance-t-on en permanence leurs envies, leurs besoins? On fait semblant d’être plus cool que nos parents; on répète que nous, on laisse nos enfants exprimer leurs émotions, ce qui n’était pas le cas « avant »; on les protège: on dit qu’ils sont « plein d’énergie » plutôt d’admettre qu’ils sont pénibles; on les accepte tels qu’ils sont… #letthembechildren #letthembewild comme on dit sur Instagram.

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C’est très bien mais à côté de ça, on attend d’eux qu’ils fassent à 3 ans ce que nous, on apprenait à 6. On les inscrit à des stages de piscine alors qu’on ne met jamais un orteil à la piscine municipale et que le seul bassin dans lequel on s’immerge une fois par an, c’est celui de la maison de vacances qu’on a louée entre le 11 et le 18 juillet. On les pousse à savoir rouler en vélo alors qu’on n’en a pas nous-mêmes et qu’on ne risque donc pas de les accompagner sur les sentiers, le seul dimanche d’automne belge où il ne pleuvra pas.

On se plaint… mais c’est un peu de notre faute

On les inscrit à des cours de piano, d’anglais, de judo, de dessin et on se plaint du temps que les trajets nous prennent et du fait qu’ils ne savent pas s’occuper trois secondes tout seul. Spoiler: ils ne savent pas le faire parce qu’on ne leur a jamais laissé la possibilité d’apprendre… Ils n’ont jamais eu le temps de faire fonctionner leur imagination tant on a surchargé leur planning et on s’étonne que dès qu’ils ont dix minutes de libre, ils sont perdus et ils réclament un écran. On oublie aussi que les déposer à gauche ou à droite, tous les jours de la semaine, ce n’est pas « passer du temps » avec eux.

On les occupe, on les stimule, on pense que c’est pour leur bien, alors que les jeunes adolescents du 21e siècle n’ont jamais été aussi mal dans leur peau qu’aujourd’hui. Preuve quand même qu’il y a un truc qui ne tourne pas rond. Alors oui, on accusera les réseaux sociaux, les jeux vidéos, les tablettes, la télé… Mais je ne suis pas sûr que nous, les parents, on leur rende toujours service, malgré nos bonnes intentions.

On délègue parce qu’on manque de temps

On ne fait plus que déléguer, laissant aux autres le soin de leur apprendre des choses dont on ne sait rien ou qu’on ne fait pas.. Et en passant à côté de petits événements, de grandes étapes de leur apprentissage, on passe à côté de notre vie avec eux. Rappelez-vous, on n’a que 18 étés à passer avec nos enfants mais ça n’est pas valable que l’été, cette façon de voir la vie. On n’a qu’une vie à passer avec eux. Faisons en sorte qu’elle vaille le coup.

On délègue pourquoi? Notamment parce qu’on n’a pas le temps. Et on n’a pas le temps, parce qu’on est sous pression pour caser le plus de trucs possibles dans une seule journée. On y revient… C’est à la fois une course qui n’a jamais de ligne d’arrivée et le chien qui se mord la queue.

On pousse nos mômes à la productivité et à l’efficacité alors que ce sont exactement les choses qui nous dépriment au quotidien. On regrette d’être pressés comme des citrons au boulot, de toujours devoir « vite » finir ce dossier, de jamais pouvoir prendre le temps pour fignoler, relire ou simplement réfléchir et de ne jamais être considérés autrement que pour nos résultats, et au final, c’est exactement ce que l’on inflige à la chair de notre chair. On nous a tellement fait croire qu’il fallait être multitâches, on a tellement eu que ça comme modèle, qu’on ne sait plus comment faire autrement.

Tous les enfants finissent par y arriver

J’ai beau dire que je me moque de ce que font les autres, je suis quand même prise d’une petite angoisse quand je remarque qu’il a l’air « en retard ». Par rapport à quoi, je ne sais pas… Mais je suis obsédée par l’idée qu’Ezra tienne bien son crayon, apprenne à écrire son prénom ou colorie sans dépasser. Alors que si je prends le temps d’y réfléchir posément, je sais bien qu’il finira par le faire de lui-même, parce qu’il comprendra que c’est plus facile, parce qu’il l’aura décidé, par mimétisme, ou que sais-je encore. Je déteste cette compétition, cette course à l’efficacité et à la rapidité à laquelle on participe tous malgré nous. Je déteste mettre la pression à mon fils sous prétexte de ne pas voir mon laissez-passer de « bonne mère » validé par la société.

Je n’ai pas de solution mais ce constat mis sur papier peut peut-être m’aider, nous aider à nous rappeler que notre enfant ne sera pas plus heureux parce qu’il sait rouler en vélo à l’âge de 3 ans au lieu de 6. Et nous non plus. Comme on n’est pas plus heureux parce qu’on a passé le permis à 18 ans au lieu de 25. Se rendre compte de nos travers sert, souvent, à redresser la barre. Alors, on calme le jeu, un peu?