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Famille + Couple

« Comment des parents peuvent-ils passer à côté de ça? »: le livre qui ébranle toutes nos certitudes

C’est peut-être l’un de nos pires cauchemars quand on devient parent : apprendre que son enfant est harcelé à l’école. Et encore, l’apprendre à temps n’est peut-être pas le pire. Le pire serait de ne pas savoir que notre enfant est harcelé et ne rien pouvoir faire, du coup, pour l’empêcher de sombrer. Mais avez-vous déjà pensé à regarder de l’autre côté du miroir? Serait-il moins grave, plus gérable que notre enfant soit harceleur au lieu d’être harcelé? Je n’avais jamais envisagé le harcèlement sous cet angle jusqu’à ce que je lise « Raisons obscures » d’Amélie Antoine récemment. Le début du roman ne nous prépare pas à ce qui va suivre…

Des familles banales, aimantes, et pourtant…

On est dans l’intimité de deux familles somme toute banales. Les parents bossent, ils ont leurs problèmes personnels et professionnels, ils sont un peu débordés, pas toujours aussi attentifs que leurs enfants pourraient l’espérer mais rien de dramatique à l’horizon. Ce sont des parents aimants, qui font de leur mieux malgré le rouleau compresseur des habitudes et la fatigue. La vie, quoi. Les adolescents, eux, sont parfois un peu sur les nerfs, pas toujours faciles à comprendre, mais bon, c’est l’âge… C’est en tout cas ce qu’on se répète quand on trouve le temps long face à leurs sautes d’humeur. Ca leur passera…

Une autre version de la première partie de l’histoire

Dans la deuxième partie du roman, ce sont les enfants qui prennent la parole. Un de chaque famille. L’un est harcelé, l’autre est harceleur. Certaines paroles échangées entre les parents et les enfants dans la première partie du livre prennent une nouvelle dimension. On comprend que parfois, les enfants ont essayé de raconter leur enfer personnel mais que personne n’a saisi le message, qu’ils se sont parfois tus pour ne pas surcharger leurs parents qu’ils savaient déjà en proie avec leurs propres angoisses. Ils se sont tus pour les protéger, les épargner, pour ne pas les blesser, parce qu’ils croyaient que ça passerait, qu’ils ont essayé de se convaincre que ce qu’ils vivaient à l’école n’était pas si grave…

Lisez le premier chapitre du livre ici.

Au fur et à mesure de ma lecture, j’avais les mains moites et le cœur serré. Amélie Antoine ne juge personne : elle comprend chacun des personnages, même le harceleur, il est impossible de désigner un coupable. Et c’est très fort de la part de l’auteure… Parce qu’on ne va pas se mentir : ça soulage d’accuser quelqu’un, ça rassure, on se dit que voilà, cette personne-là est responsable du drame, affaire conclue. J’ai discuté avec Amélie Antoine. Elle m’expliquait récemment que ce n’était pas le harcèlement en tant que tel qui l’intéressait mais cette question: « Comment des parents peuvent-ils passer à côté de cette souffrance-là et ne pas voir arriver à un tel drame? »

« Personne n’est à l’abri d’avoir un enfant harcelé ou harceleur »

Amélie est mère et elle le sait: elle n’est pas plus à l’abri qu’une autre que l’un de ses enfants vive le pire à l’école. « Les parents dépeints ne sont pas démissionnaires, ils passent du temps avec leurs enfants, ils ont leurs problèmes et leurs préoccupations mais ils aiment leurs enfants et ils ne se doutent de rien parce que les enfants ne parlent pas. » Son constat est vrai et glaçant : « Personne n’est à l’abri d avoir un enfant harcelé ou harceleur. »

« Raisons obscures » ébranle nos certitudes. Parce que dans un cas de harcèlement, on aurait d’emblée tendance à imaginer nos enfants comme des victimes : on les croit animés de bons sentiments, puisque nous sommes ceux qui leur avons appris les bonnes manières, qui leur avons appris comment aimer et être aimés, qui les avons armés contre la brutalité du monde. On n’imagine pas que les choses puissent nous échapper totalement, que notre enfant puisse être le bourreau d’un autre. Pour moi, perso, c’était en tout cas impensable, jusqu’à ma lecture…

Mais comment faire pour éviter le pire à nos enfants?

J’ai demandé à Amélie comment elle fait, elle, pour prémunir ses enfants du pire. « Je ne suis pas psychologue mais en tant que mère, je peux vous dire ce que je mettrais, ce que je mets, en place. Ma fille est petite : elle a 8 ans, mais je lui pose des questions précises. Il faut toujours se dire qu’un enfant, quand quelque chose ne va pas, il n’en parle pas spontanément. Je dirais qu’il faut être précis et régulier dans ses questions pour essayer de cerner ses problèmes. »

« Et aussi ne pas prendre pour acquis l’idée que si quelque chose ne va pas, il va forcément nous en parler. Je lui demande si elle se sent bien, comment ça se passe à la récréation, je suis attentive aux amitiés qu’elle noue. Mais je sais que ma fille pourrait vivre des choses similaires et que je pourrais passer à côté. Un enfant qui passe cinq jours par semaine et huit heures par jour à l’école, vous ne pouvez pas tout savoir. Mais c’est le jeu : on fait un enfant pour lâcher prise. »

Vous pouvez acheter le livre sur Amazon ici.

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(2 commentaires)

  1. Il a l’air super ce roman. Le fait qu’on aborde la vision de chacun doit être super intéressant… J’ai encore quelques livres en attente mais je crois que je vais me laisser tenter… Merci pour le partage.
    C’est vrai que ce n’est pas évident de protéger les enfants de tout ce qu’il peut se passer à l’école. Et je suis d’accord avec l’auteure, poser des questions ciblées et régulières peut être l’une des clés.
    A bientôt,
    Charlotte.

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