Enfant, etc

Ça veut dire quoi « vouloir le meilleur pour son enfant »?

Il y a autant de gens sur terre que de façon d’envisager la vie. Il y a des carnivores et des vegan; des gens qui ne jurent que par le statut d’employé pour sa sécurité, d’autres qui ne pourraient pas se passer de la liberté que permet le statut de freelance malgré l’angoisse de la fin du mois; des sociables, des timides, des bavards, des contemplatifs, des envieux et d’autres qui aiment voir les autres réaliser leur rêve parce que ça les inspire. C’est pareil quand on devient parent: on n’est pas tous pareil, on traîne tous nos casseroles, nos regrets, nos projections, notre adolescence difficile ou non, notre enfance insouciante ou non, avec des parents toujours ensemble ou des parents qui n’ont pas attendu que la mort les sépare pour prendre le large. On avance comme on peut, avec notre sac de trucs à régler sur le dos, plus ou moins lourd selon notre âge, notre expérience et notre caractère.

La semaine passée, pendant l’une de nos grandes conversations philosophiques avec mon mari, on se demandait ce que voulait dire: « Vouloir le meilleur pour son enfant ». Parce qu’en étant ici, on a l’impression d’offrir la Rolls Royce de l’enfance à notre petit garçon, selon notre prisme personnel: le soleil, les palmiers, les week-ends au bord de l’océan, trois jours d’école par semaine à peine, assez pour s’instruire et voir des gens mais sans accuser une fatigue intersidérale à la fin de la semaine… Mais est-ce que ça veut dire pour autant que tous nos amis, en éduquant leurs enfants en Belgique, ont tort et ne pensent pas offrir le meilleur à leur progéniture? Que le bien-être de leur enfant n’est pas, aussi, l’objectif ultime de leur journée, de leur année, de leur vie? Ben non, évidemment.

En étant en Belgique, leurs enfants ont déjà la chance de grandir avec leur grand-mère, leur grand-père, leurs oncles, leurs tantes, des amis, qui, petit bonus, parlent la même langue qu’eux. On prive Ezra de tout ça pour l’instant. Et puis, pour être honnête: le cadre de l’école d’Ezra est génial mais sa maîtresse est loin d’être la plus motivée et la plus proactive. Donc l’un dans l’autre, je voulais le meilleur pour lui mais est-ce vraiment le meilleur finalement?

De toute façon, peu importe les choix qu’on faits « pour leur bien », tous ne seront pas compris par nos petits devenus grands, qui auront leur propre personnalité et des rêves à s’inventer. Si on reproduit les choses qu’on a aimées dans notre propre enfance, on essaie aussi souvent d’offrir à nos enfants des choses qui nous manquaient quand on en était un. Alors, ça veut dire quoi « vouloir le meilleur pour son enfant »? La question est vaste…

Vouloir le meilleur pour son enfant, c’est partir tôt, rentrer tard et travailler dur. C’est rater des moments importants de sa petite enfance pour gagner de l’argent et lui offrir un espace de vie agréable et spacieux aujourd’hui et avoir la possibilité un jour de l’aider financièrement quand il en aura besoin, demain. Mais vouloir le meilleur pour son enfant, c’est aussi ralentir le rythme, prendre un 4/5e ou un mi-temps, gagner moins et vivre dans un petit appartement mais ne rater aucun spectacle d’école, prendre le petit-déjeuner ensemble chaque matin et l’attendre à la sortie des classes.

Est-ce que la mère qui veut le mieux pour son enfant est celle qui s’énerve au volant, dans les embouteillages tous les jours parce qu’elle a choisi d’inscrire sa progéniture dans une bonne école à plusieurs kilomètres de chez elle? Celle qui veut lui assurer son avenir, un environnement motivant et bienveillant, des profs investis parce qu’on leur donne les moyens de le faire? Ou bien c’est celle qui a préféré l’établissement moins réputé, à la peinture un peu triste, mais situé à côté de la maison. Celle-là, ce n’est pas qu’elle ne s’inquiète pas pour l’avenir de son enfant, c’est juste qu’elle ne veut pas le bousculer, qu’elle veut lui permettre de se réveiller en douceur, et le conduire à pied, sa petite main dans la sienne. C’est toujours ça de grapillé sur les urgences permanentes de la vie.

Vouloir le mieux pour son enfant, c’est l’aider à faire ses devoirs avec tellement d’ardeur et d’enthousiame qu’on finit par les faire à sa place (mais il a des beaux points) mais c’est aussi le laisser se débrouiller pour qu’il comprenne où sont ses difficultés et comment les affronter (et tant pis pour sa moyenne). A l’adolescence, c’est lui préparer un lunch sain et plein de saveurs parce que c’est bon pour la santé et la concentration mais aussi savoir lui donner 10 euros pour qu’il puisse s’acheter un Coca plein de sucre et un sandwich thon-mayo à manger avec ses copains sur un banc.

Est-ce que c’est interdire la télé parce que ça abrutit ou c’est s’abrutir avec lui, sous la couette, un jour de pluie, en se disant que ça fait des souvenirs? Est-ce que vouloir le meilleur pour son enfant c’est rester à tout prix avec le papa, même quand on ne peut plus, qu’on ne veut plus, qu’on ne vibre plus? Parce que ça lui évitera les traumatismes, les gardes partagées, l’organisation compliquée et la peine, non? Ou c’est reprendre sa liberté et, se quitter en bonne intelligence, au bon moment, pour éviter les disputes sans fin, les rancoeurs insurmontables, les reproches qu’on se jette à la figure? C’est lui apprendre le manque terrible de son papa quand il passe son temps avec maman et de sa maman quand il passe son temps avec papa mais c’est aussi lui promettre qu’on sera toujours là, ensemble, fiers de lui même si on n’est plus main dans la main, à tous les moments importants de sa vie?

Vouloir le meilleur pour son enfant, c’est toutes les règles qu’on a fixées et leur contraire. Parce que nos ambitions et nos rêves changent, souvent. C’est suivre son instinct, faire avec ce qu’on a, nos faiblesses et notre passé, écouter notre enfant nous chuchoter à l’oreille les choses dont il a besoin pour être heureux, parce qu’un enfant n’est pas l’autre, et essayer de faire en sorte qu’il le soit… C’est le faire sourire, l’aider à s’endormir en paix, le nourrir à sa faim, le rassurer: oui, tu seras toujours aimé. Le reste? Ce ne sont finalement que des choix personnels, des envies, des convictions, ni meilleures ou moins bonnes que les autres.

Dites-moi, ça veut dire quoi pour vous « vouloir le meilleur pour son enfant »? Ca se définit comment dans votre famille? Vous avez des exemples concrets? Racontez-moi…

(8 commentaires)

  1. Je suis bien d’accord ! C’est une définition bien personnelle car au final, nous sommes tous différents et donc nos idéaux aussi… 🙂 Et c’est donc pour ça, que la course à celui qui sera le plus « parfait », le plus « bienveillant » ou autre est dommage… Car chaque parent aura ses propres réponses pour son enfant à lui… 🙂

  2. Ton article est magnifique et tellement révelateur de ce qu’est la parentalité… Une chose mouvante, tout sauf figée, et pleine de paradoxes. De la même manière que le parent parfait ne peut pas exister, l’idéal à offrir à nos enfants ne peut qu’avoir les contours flous de ce qui est en train de se construire.

  3. Je pense qu’on veut (presque) tous le meilleur pour nos enfants et qu’on fait (presque) ce qu’on peut !
    Mais le meilleur n’est pas le même pour tous. Une amie qui déménage prochainement me parlait de ses hésitations par rapport au choix du collège de son fils, un collège de campagne face à un collège de ville réputé. Je me suis dit que ça ne rentrerait surement pas dans la balance pour mes choix mais j’ai compris que c’était important pour elle.

  4. Ton article tape vraiment dans le mille. Notre vision de ce qui est le meilleur pour nos enfants est forcément subjective et change dans le temps. Peut être qu’au fur et à mesure de l’enfant on arrive à mieux cerner sa personnalité, ses besoins, et voir ce qu’il y’a de mieux pour lui.

  5. le meilleur pour son enfant, je pense que c’est la récompense que l’on reçoit de lui, chez nous à chaque début de week end le vendredi soir, on le récupère à la crèche, et on file pour une ballade au bord de mer, vélo ou plage pour jeter des cailloux, couper de cette semaine où on court après le temps …pour se poser et ne penser à rien.
    Et à chaque fois le vendredi soir, il nous remercie de cette ballade la 1 er fois ça nous a fait bizarre, mais nous comprenons qu’il a besoin de ça …et ainsi ça n’annonce notre week end qui est toujours trop court à notre goût…
    c’est sur je prèfère avoir un temps partiel pour profiter plus de lui, mais le choix de pouvoir offir un peu plus c’est poser …donc on essaie de se creer ces moments où tout compte pour lui et pour nous !!!
    ert puis maintenant il nous dit ce qu’il aime ou pas ( c’est tellement plus pratique désormais) il ne cesse de grandir et de devenir un vrai petit garçon ! rien qu’un calin, un remerciement, ou qu’il nous dit qu’il a ppreciait le moment nous rend heureux, et je pense c’est tout qu’on souhaite pour ces enfants, les rendre heureux comme on peut ^^

  6. Merci pour cet article qui est très beau. Je ne sais pas ce que c’est, vraiment, le « meilleur » pour mes enfants. Peut-être que c’est simplement leur laisser la liberté de se construire leur propre « meilleur » quand ils seront grands ?…

  7. Excellent article ! C’est déjà compliqué pour soi-même de savoir ce que l’on veut pour son enfant, il faut aussi que le papa sache ce qu’il veut et voir ensuite si chacun a des attentes diamétralement opposées ou si le compromis est facile à trouver.
    La vie et les enfants nous font évoluer aussi. Nos idées avant la naissance du premier ne sont plus forcément les mêmes après la naissance de la troisième… Et dans dix ans, elles auront peut-être encore changé !
    J’ai l’impression que le principal est de s’appliquer la même bienveillance que celle que l’on veut appliquer à nos enfants. Nous ne serons pas des parents parfaits, nous regretterons forcément certains choix… qui ne seront pas forcément ceux que nos enfants regretteront !

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