Un an en Californie Voyage en famille

Au pays de la bagnole, je me suis mise au vélo: je n’ai jamais autant aimé me faire klaxonner

Je ne fais pas de vélo. J’ai souvent pensé en acheter un mais à Bruxelles, l’agressivité des automobilistes au volant me faisait dire que c’était une mauvaise idée. J’en fais partie, de ces automobilistes, et oui, parfois les cyclistes m’énervent. Mais j’ai tort. C’est le manque de structure pour les deux roues dans la ville qui doit tous nous révolter, pas ceux qui ont le courage de grimper la rue sous la pluie. Ils sont (une partie de) la solution aux problèmes de mobilité et de réchauffement climatique. Ils ont tout compris. Cependant, un reportage « sur le terrain » de RTL me rappelait encore récemment pourquoi je ne faisais pas de vélo dans ma ville. Je ne pédale pas sous la pression, la pollution, les coups de klaxon. Mais une expatriation, ça vous change une femme. L’Amérique est le pays de la bagnole mais pour des raisons principalement financières, nous avons décidé de ne pas acheter de voiture. On en loue une le week-end généralement pour répondre à l’appel de l’océan. Le reste du temps, on enfourche nos bécanes.

La Californie et surtout Palm Springs et ses environs se prêtent parfaitement aux deux roues. Il n’y a aucune montée abrupte, toutes les routes sont relativement plates. Elles sont aménagées de façon à ce que l’usager faible soit prioritaire: les pistes cyclables sont bien définies, les panneaux définissant ce que chacun à le droit de faire sont nombreux et visibles, et certaines routes autorisent même les vélos à occuper toute la bande. On peut rouler de front avec son camarade cycliste sans que ça n’agace personne. On en a déjà profité et personne ne nous a jamais dépassés d’un coup de volant agacé, les gens sont au contraire admiratifs et encourageants. Ici, quand un coup de klaxon retentit à notre attention, il s’accompagne généralement d’un pouce levé et d’un grand sourire. Je vous jure… C’est l’hallucination totale quand on vient de Bruxelles.

Autre preuve de respect de l’automobiliste envers le cycliste: il garde ses distances. Tant pour doubler qu’au feu rouge. La voiture ne se met pas à ma hauteur et le conducteur ne pensera même pas appuyer sur l’accélérateur en vue de me doubler au moment où je m’élance. C’est une question d’éducation et probablement aussi… une question d’assurance! Les Américains ont le procès facile, ils s’organisent donc pour qu’on n’ait rien à leur reprocher. Pour ne rien gâcher, la météo est évidemment idéale pour pédaler. Du moins une grande partie de l’année. Entre mai et octobre, la chaleur est insupportable. C’est en fait leur hiver ici: tout le monde se barricade à l’intérieur, climatisation à fond les ballons. Autre bémol, je vous en parlais sur Instagram: les épines de cactus, asséchées par la chaleur et donc dures comme des clous. Il y en a partout, elles sont minuscules et impossible à éviter, et en un mois, on a déjà crevé cinq fois.

Ce qui est assez fou, c’est que malgré les aménagements incroyables destinés au vélo, on est souvent tout seul à en faire. C’est bien là tout le paradoxe de la mobilité californienne. Je vous le disais: en Amérique et en Californie particulièrement, la voiture règne en maître. Pour faire simple, chaque habitant en âge de conduire dispose de son propre véhicule. On n’emprunte généralement pas la voiture de papa ou maman, comme on le fait dans le BW (j’en viens, je sais de quoi je parle). Beaucoup à 16 ans (l’âge auquel on passe son permis ici) sont déjà en possession d’une voiture. En même temps, comment faire autrement? Impossible d’arpenter la région à pied. On ne marche pas ici. C’est un peu fou à écrire mais c’est vrai. A l’image de New York, les rues sont quadrillées, toute bien parallèles. Les raccourcis n’existent pas. On va d’un point A à un point B en suivant la route en angle droit.

Exemple concret. Entre chez nous et l’école d’Ezra, il y a 1,9 kilomètre. C’est 4 minutes en voiture sans embouteillages, et il n’y en a jamais à Palm Springs, mais 49 minutes à pied. Ce qui voudrait dire qu’en une journée, pour aller le conduire et le rechercher et en rentrant chez moi entre les deux, je ferais 16 minutes de bagnole contre 3h30 à pied. Le choix est vite. On a coupé la poire en deux: en vélo, on met 20 minutes aller et autant au retour. On se partage les trajets: si mon homme y va le matin, c’est moi qui m’y colle l’aprèm. Avantage non négligeable: je fais 40 minutes de sport par jour, chose que je ne faisais plus depuis longtemps.

Facetune (1)

Petite anecdote marrante (ou désespérante, je ne sais pas): il n’y a pas de mamans debout devant les grilles à l’heure de la sortie des classes. A la place, les voitures s’alignent devant les écoles pour réceptionner les mômes. Comme dans Desperate Housewives. Ceux qu’on ne vient pas chercher directement prendront alors le bus scolaire qui ne s’arrête pas à un arrêt public mais devant les maisons de chaque enfant assis sur ses banquettes. Un concept inimaginable à Bruxelles, vu la circulation, on est bien d’accord.

Je vous disais justement qu’il n’y avait pas d’embouteillage à Palm Springs, par contre, dès qu’on en sort, c’est l’enfer. Los Angeles est saturé, les autoroutes font 4 à 5 bandes et on est à l’arrêt la plupart du temps. Les premières images du film « La La Land » ne mentent pas. C’est comme ça tous les jours, entre 5 heures du matin et 21 heures. Et malheureusement, je n’ai jamais eu Ryan Gosling à ma hauteur… Seule possibilité de s’en sortir: emprunter la bande réservée au co-voiturage. On doit être au moins deux dans sa voiture pour pouvoir l’emprunter et c’est la seule qui avance… C’est vous dire le nombre de gens seuls dans leur habitacle. Et je vous parle de la pollution ou vous avez compris l’idée?

Là encore, comme tout Européen qui se respecte, vous allez me dire: et les transports communs sinon? On oublie. Ceux qui se plaignent du métro bruxellois n’ont jamais mis le pied en Californie. Même si ça se développe petit à petit, on est encore à l’âge de pierre. Les locaux ne s’y aventurent pas ou alors seulement ceux qui ne conduisent pas. A Palm Springs, il n’y a qu’un bus qui fait le tour de l’amour avant de te déposer à bon port. A Los Angeles, il y a un métro assez mal foutu, des bus aussi mais les distances sont tellement grandes qu’avec tous ces arrêts, on met des plombes à arriver à bon port. Si on a le temps, pourquoi pas mais quand on est là pour visiter, bonjour l’angoisse. Au coeur de la tentaculaire Cité des Anges, la voiture reste, selon moi et malheureusement, la meilleure alternative. D’autant que l’essence ne coûte rien (pour le moment, c’est à peu près 3 dollars, – 2,60 euros – , pour un gallon, – 3,8 litres), qu’il existe de nombreux parkings gratuits (à Palm Springs, on ne paie quasi rien, nulle part; mais dans les lieux touristiques, genre Hollywood Boulevard, ça explose, soyez attentif), et la conduite est super facile. Les autoroutes géantes peuvent être effrayantes au premier abord, d’autant qu’on peut doubler à gauche et à droite et qu’il n’est pas rare de voir un lambin squatter la bande de gauche sur l’autoroute. Mais excepté ça, conduire est un jeu d’enfant. On roule en automatique, déjà. Ca facilite le job de tout conducteur. C’est nettement moins fatiguant dans les embouteillages. La bande de droite est toujours réservée à ceux qui tournent à droite, on ne poireaute du coup jamais derrière quelqu’un qui doit tourner alors que nous on va tout droit et au feu rouge, en prime et sauf indication contraire, on peut tourner à droite si la voie est dégagée. Le feu tricolore, justement, est installé de l’autre côté du carrefour. On n’avance pas jusqu’à lui. On garde ses distances sinon on bloque tout le bazar. Autre particularité: quand un carrefour est ponctué de STOP, on laisse la priorité à celui qui est arrivé juste avant nous. Si on arrive à quatre en même temps, on doit donc être concentré et savoir quand s’engager dans le carrefour. Ca paraît compliqué mais on prend le pli rapidement.

La Californie m’a redonné le goût de conduire (du moins quand j’évite la freeway) mais elle m’a surtout encouragée à pédaler et pour ça, je l’en remercie. Les retours d’école sont joyeux et détendus, bien moins stressants que les trajets vers la crèche, il y a un an et quelques mois de ça, à Bruxelles. Et dans une routine familiale, ça vaut quand même tout l’or du monde…

(4 commentaires)

  1. Vous nous donnez un peu de fraîcheur dans notre très très petite(mentalité et géo) Belgique. Continuez à nous faire rêver et nous montrer ce qu’est un grand pays(en bien ou en mal). Bravo pour vos récits et votre bonne humeur.

  2. J’ai adoré la vidéo sur ton instagram !!!
    Chacun de tes articles me fait voyager et me donne le sourire alors merci pour ça !
    Pédale bien 😉
    A bientôt !

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