Enfant, etc Un an en Californie

Le parent tondeuse, ce parent pénible mais tendance

A la fin du mois d’août, le récit anonyme d’une prof faisait le buzz sur les réseaux sociaux aux Etats-Unis. Elle pointait du doigt un nouveau type de parent: le parent tondeuse à gazon. En anglais, Lawnmower Parent. Elle racontait que le père d’une adolescente s’était pointé à l’école pour apporter une bouteille d’eau à sa fille alors qu’il y a des fontaines d’eau mises gratuitement à disposition des élèves dans l’établissement qu’elle fréquente. Un peu gêné, il expliquait alors que sa fille lui avait expressément envoyé un SMS pour lui demander de lui apporter une bouteille d’eau. Au lieu de simplement répondre à son ado de se débrouiller, il a rappliqué, s’absentant de son travail pour cette requête capricieuse. Le parent tondeuse, aussi appelé le parent chasse-neige, élimine tous les obstacles qui pourraient se trouver sur la route de son enfant. Son ado a oublié son lunch à la maison? Il accourt. Il a reçu une mauvaise note à l’école? Il engueule le prof. Le parent tondeuse pense sincèrement aider son enfant à réaliser son plein potentiel. Finalement, l’enfant ne fait jamais face aux conséquences de ses actes et ça, ce n’est pas lui rendre service pour plus tard. La prof s’énervait et à raison: « En éduquant nos enfants de sorte qu’ils ne fassent jamais face à aucune difficulté, on ne crée par une génération d’enfants plus heureux. On crée une génération qui ne sait absolument pas quoi faire quand elle rencontre un obstacle. Une génération qui panique à la simple idée d’échouer. Si on élimine tous les problèmes de nos enfants quand ils sont jeunes, ils ne vont pas arriver à l’âge adulte équipés comme par magie pour gérer les ratés. » Je n’ai rien à ajouter et je vous laisse méditer.

Là-dessus, je me suis intéressée aux catégories de parents qui existent en Amérique. Les compartiments sont très clairs, les étiquettes assez drôles. Je vous fais le topo.

Helicopter Parent ou le Parent Hélicoptère

Le parent hélicoptère a mis son enfant au centre de son monde. Un monde qu’il voit comme terriblement dangereux. Il veut épargner son enfant, éviter qu’il se fasse mal et tant pis s’il est envahissant. Il le surveille en permanence. Dans la petite enfance, le parent hélicoptère est celui dont l’ombre plane constamment sur un enfant pas encore tout à fait autonome mais déjà en âge de faire certaines choses tout seul. Le parent dirige toutes les opérations, lui dit avec quoi jouer « pour son bien ». A la plaine de jeux, c’est celui qu’on entend répéter: « Non, pas par là, c’est trop haut. » Une fois son enfant en âge d’être scolarisé, c’est le parent qui change son enfant de classe parce qu’il n’a pas l’enseignant qu’il espérait pour lui et c’est celui qui inscrit son fils au cours de guitare plutôt qu’au tennis parce que c’est moins risqué. Le parent hélicoptère est en fait un angoissé qui reporte son stress sur son enfant. Il croit qu’en faisant ses devoirs à sa place, il peut lui éviter une déception future. Les adultes qui ont été mal aimés ou ignorés dans leur enfance essaient parfois de surcompenser. Attention et surveillance excessives sont le remède à tout, selon lui. Personnellement, j’ai une certaine tendresse pour le parent hélicoptère même si c’est un boulet. J’ai un peu de ça en moi, je crois.

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Outsourcer Parent ou le Parent Sous-traitant

Ne faites pas semblant, on l’a tous déjà pensé au moins une fois dans sa vie mais on n’a pas les moyens de mettre l’idée en pratique… Pourquoi élever vous-mêmes vos enfants quand vous pouvez payer quelqu’un pour le faire à votre place? Voilà la devise du parent sous-traitant, un démissionnaire qui s’ignore. Il délègue à « ceux qui savent », des experts en éducation ou une grand-mère s’il ne sait pas se payer quelques professionnels du métier. Il délègue tellement qu’il ne connaît même pas la date d’anniversaire de son enfant. Il rate tous les moments « qui créent du lien ». On se demande d’ailleurs pourquoi il a voulu faire un enfant. Mais quand Ezra pète un plomb, parfois, moi aussi j’aimerais bien avoir assez d’argent pour filer ma patate chaude à quelqu’un…

Tiger Parent ou le Parent Tigre

Autoritaire, le parent tigre pense qu’il faut souffrir pour réussir. A ses yeux, il faut travailler dur à l’école pour avoir une vie de rêve. Quand ils n’ont pas le nez plongés dans un bouquin, ses enfants pratiquent le violon, vont au musée et à la danse classique. Le parent tigre contrôle tout et remplit l’agenda de ses mômes comme celui d’un ministre. Ils n’ont jamais le temps de souffler. Pourquoi faire? Le terme a été popularisé par Amy Chua, professeur de droit à l’Université de Yale, qui a écrit le livre « Battle Hymn of the Tiger Mother ». Elle y raconte l’éducation très stricte donnée à ses filles. Interdiction de regarder la télé, pas de soirées pyjama chez les copines, activités extra-scolaires choisies uniquement dans l’idée de développer leur potentiel… Le travail à l’école, pour Amy Chua, passe avant tout et elle confie qu’elle n’a jamais eu peur de menacer ses enfants pour arriver à ses fins. Et il n’y a aucune discussion. Je précise que le parent tigre ne crie pas dans le vide, il sait vraiment se faire respecter. Faudrait qu’il m’apprenne.

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La tendance Under Parenting. Un peu difficile à traduire littéralement.

C’est le parent qui estime que son enfant a le droit de faire ses propres choix. Il décide quand manger et ce qu’il mange, il ne va pas dormir s’il n’est pas fatigué. L’Under Parent le traite comme un adulte et ne l’oblige à rien, sous prétexte qu’il ne veut que son bonheur. Le parent en question pense que cette manière de faire est une façon d’éduquer, mais c’est probablement la méthode qui m’insupporte le plus. L’enfant fait ce qu’il veut et devient un petit égocentrique intenable. Imaginez ce qu’il adviendra quand l’enfant comprendra que la vie n’est pas qu’une accumulation de joies. Imaginez le jour où un autre marmot refusera de lui donner le ballon avec lequel il voulait justement jouer ou quand l’instituteur lui dira que ce n’est pas le moment de dessiner mais d’aller manger? Il va exploser et il aura raison: qui sont ces manants qui n’exécutent pas ses ordres comme papa et maman, bon sang de bonsoir?

Elephant Parent ou le Parent Eléphant

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Rien de personnel, je ne parle pas de vos fesses! Dans le règne animal, la maman éléphant est peut-être la plus protective avec ses enfants. Ses bébés ne sont jamais loin d’elle. Elle les assiste, les encourage, les défend. Souvent, les autres femelles se rassemblent pour entourer la jeune mère. Les mamans éléphants vont pratiquer le co-dodo là où d’autres laisseraient leur enfant pleurer. Le parent éléphant fournit du réconfort et du soutien à la demande. Certains trouvent peut-être ça trop permissifs. Ou pensent que les enfants seront éternellement dépendants de leurs parents. Maman éléphant s’en fout: pendant que les autres médisent, elle enroule le petit dans sa trompe pour lui faire un câlin.

Perso, j’ai fait mon introspection: j’oscille entre la maman éléphant et la maman hélicoptère. Selon les jours, l’humeur et l’énergie. Et vous?

 

(15 commentaires)

  1. Excellent, j’ai vu toutes mes copines 😛
    Par contre un peu plus de mal à me catégoriser (manque d’objectivité, moi ?!) Je suis sans doute un peu comme toi, mix d’hélicoptère et éléphant. Des fois j’ai l’impression d’être un peu tigre aussi. Bon enfin ça dépend des jours quoi … Du coup je pense que mes enfants seront des girouettes 😉

  2. Ah j’adore, j’ai entendu parler du parent tondeuse pour la première fois cette semaine sur cupofjo (qui reste mon blog us préféré surtout en ce qui concerne la parentalité.)
    J’adore comment ce qui est mal vu chez les uns peut etre la reference chez les autres… Ici en allemagne on parle beaucoup d’education orientée sur les besoins de l’enfant pour parler de « under parenting » et c’est un peu la norme pour les enfants de moins de 6-7ans… il y a des moments où ça me hérisse le poil et des moments où je trouve ça fonctionne pas trop mal… Un peu comme toutes ses méthodes de parentalité toutes faites au final ….

  3. J’admire cette façon que tu as de présenter sans rien juger. Moi je suis eux … un parent girouette ?? Lol ! Je crois que je suis une mère cheer leader, j’applaudis à grands bruits, prends la peine de regarder n’importe quel gribouilli en décrivant ce que je vois parce que j’ai lu que c’était mieux que de dire « oh c’est beau » (sans regarder). Quand ma fille pense enfin à appeler doucement (et non pas beugler) je lui souligne la bonne utilisation de la puissance de sa voix quand j’aimerais lui dire « mais p***** il est 2h du mat laisse moi dormir ! Quand c’est pas ta sœur c’est toi! ». Etc.

  4. Oh c’est chouette cet article. Je reconnais quelques parents autour de moi 🙂
    Mais j’ai des difficultés à me mettre dans une case. Ce serait comme toi, oscillant. Probablement hélicoptère-éléphant-tigre, selon les moments et les situations !

    1. Je suis un peu triste de ne pas faire de « vraie » sortie d’école avec toutes les mères à la même heure pour observer le phénomène… A la preschool, les horaires sont freestyle, école et garderie mélangées. Du coup je ne croise pas assez de mères pour savoir à quoi ça ressemble le parent tondeuse en pratique. 😀

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