Enfant, etc

Les 19 choses que j’ai apprises depuis que je suis mère

C’est un chemin pavé d’embûches, des journées autant pleines d’obstacles que de petits bonheurs formant de grandes joies quand ils sont mis bout à bout. La parentalité est une affaire compliquée. On perd patience, on piétine, on s’épuise souvent. Ces dernières semaines n’ont pas été simples. Ezra, propre depuis plusieurs mois, fait une régression assez phénoménale à quelques jours de son entrée à l’école. Ce n’est pas grave: je sais bien que ça passera, je ne connais aucun ado de 18 ans qui continue à faire pipi sur lui au milieu du salon. Mais mon impuissance soudaine face à cette petite personne têtue de 95 centimètes m’a fait réfléchir à toutes les leçons de vie que j’ai apprises depuis que je suis devenue maman. J’espère que ça vous mettra du baume au coeur lors de vos prochains moments de découragement. Voici le constat de mes réflexions…

Toutes les phases, même les plus douloureuses et les plus insupportables finissent par passer. Même quand elles ont l’air interminable, elles se termineront. Un jour, il finira par dormir, manger, ramper, marcher, faire pipi sur le pot… (Pas certaine par contre qu’il arrêtera de nous enquiquiner mais c’est un autre débat.)

Surprise: la fin d’une phase est souvent le début d’une autre. Au moment où l’on pense qu’on a réglé le problème, un autre survient. Quand on connaît enfin les quantités de lait dont il a besoin pour être rassasié, il est temps de passer à l’alimentation solide. Quand il a enfin compris comment manger à la cuillère sans repousser tout ce qu’il y a dessus avec la langue, il faut introduire les morceaux. Maintenant qu’il dort 12 heures par nuit, vous êtes chargée de le réveiller aux aurores de force pour filer à l’école.

C’est sans fin et c’est peut-être la plus grande leçon apprise au cours de ces presque trois ans: ça n’arrête jamais. Il n’y a jamais de bouton pause, le droit à la déconnexion n’existe pas. Soit il est physiquement là, dans la même pièce que nous (évidemment, où d’autre?), et il vous est impossible d’ignorer ses besoins, ses cris, son envie de partager son monde avec nous. Soit on a réussi à s’échapper pour souffler… Mais notre virée shopping finit au rayon « kids ». Mon enfant est toujours là, assis sur le rebord de mon coeur et en train de mettre autant de bordel dans mon cerveau qu’il n’en met dans sa chambre.

D’ailleurs, vous l’apprendrez/le savez aussi quand vous serez/si vous êtes mère: votre maison ne sera plus jamais rangée. Arrêtez d’espérer. Malgré les heures que vous passerez le dos courbé et les mains tendues vers le sol, il y aura des tetras sur l’accoudoir du canapé, des pièces de puzzle éparpillées à vos pieds, une poussette derrière la porte d’entrée, et des biberons sur l’évier de la cuisine.

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Je me suis découverte une réserve de patience insoupçonnée. Des choses qui me semblaient impossible à supporter ou à gérer sans criser avant d’avoir un enfant me glissent dessus désormais. Il va vous énerver, vous tester, vous empêcher de travailler et pourtant, vous ferez avec, c’est juré. En tout cas, la plupart du temps.

Rome ne s’est pas faite en un jour, c’est pareil pour l’éducation d’un enfant. Même quand on pense qu’on n’a rien à lui apprendre qu’il ne sait pas déjà ce jour-là, il nous surprend avec une question inattendue, une conclusion ou une réflexion qu’on ne le pensait même pas encore capable d’avoir.

Je ne savais qu’il était possible de répéter la même phrase aussi régulièrement sans vomir. « Viens mettre tes chaussures », « range tes jouets », « sur le trottooooooooir »…

C’est peut-être la beauté de la parentalité. On est surpris, tout le temps. On s’émerveille, on s’exclame, on applaudit, on s’émeut d’un rien, d’un truc que n’importe qui d’autre ferait qu’on n’en aurait clairement rien à faire.

J’ai appris aussi que mon couple était solide. Et que si on a perdu une certaine fraîcheur, on a gagné en complicité et en confiance.

D’ailleurs, j’ai appris à déléguer. Mon mari ne fait pas les choses comme moi mais il les fait très bien à sa façon. J’accepte l’aide qu’on me propose. Je laisse les puéricultrices/institutrices prendre le relais en journée, parce que ça me permet de souffler et d’être entièrement disponible pour Ezra quand il est là.

Crier ne sert à rien à part à s’épuiser soi-même. Il n’assimile pas mieux ce qu’on lui dit parce qu’on parle plus fort, on n’en sort pas grandi et pas forcément soulagé. Ca ne veut pas dire que je ne crie jamais. Loin de là…

D’ailleurs, depuis que je suis mère, j’apprends tous les jours à accepter mes imperfections et mes ratés. Je me pardonne et je fais preuve d’indulgence envers moi-même. Je fais ce que je peux même si c’est parfois bancal et je me dis que je ferai mieux la prochaine fois. Etre parent, c’est essayer de faire pousser un enfant assez droit pour qu’il tienne bien sur ses deux jambes mais c’est aussi se découvrir dans un nouveau rôle. On n’est pas tous armé pareil, on n’a pas tous un village autour de nous pour nous aider, on n’a pas tous une réserve d’amour inépuisable remplie patiemment par nos propres parents…

J’ai appris aussi que mes angoisses d’enfant n’étaient pas celles de mon enfant. Et qu’il ne peut pas non plus calmer mes angoisses d’adulte. Il n’est pas là pour combler une peur, un manque, ou pour réaliser des choses que j’ai ratées ou que je n’ai pas osé tenter. On doit faire la paix avec l’enfant qu’on était pour pouvoir laisser le sien s’épanouir sans contrainte.

Parfois, malgré tout l’amour, la patience, l’envie, le temps qu’on prend, on est impuissant. Parfois, il n’écoute rien, il lutte, il résiste à mon autorité, pourtant exercée dans le seul but de son bien-être. Le temps que je lui donne n’est pas suffisant, il a besoin d’avancer seul. Il faut lâcher prise et accepter cette impuissance. Je ne suis qu’un guide, je ne peux que l’encourager, lui tenir la main mais pas décider à sa place ou imposer le rythme.

Un enfant n’est pas l’autre, une mère non plus. Les échanges d’expérience doivent être délicats. Personne ne possède le mode d’emploi universel. Ce qui marche pour l’un ne fonctionnera pas pour l’autre. J’ai appris que les mères entre elles sont souvent impitoyables.

Ce n’est pas parce qu’on a un enfant à soi qu’on aime forcément ceux des autres. L’instinct maternel est provoqué par la mise au monde de son propre enfant, ce n’est pas pour ça qu’on a de l’empathie, de l’intérêt, de la patience avec tout ce qui a de la morve au nez et une trace de Stabilo sur la joue.

J’ai appris que certains gestes du quotidien qu’on posait sans réfléchir « avant » peuvent devenir un véritable casse-tête avec un enfant en bas âge. Faire des courses, patienter dans une file d’attente, cuisiner… Il faut arrêter de croire qu’on va pouvoir continuer notre vie « normalement ». Tout parent normalement constitué est obligé d’opérer quelques aménagements dans sa routine d’alors.

Devenir parent nous donne un nouvel éclairage sur notre propre enfance. On pardonne certains manquements à nos parents. Eux aussi, sûrement, ils ont fait ce qu’ils ont pu. Et même si ce n’est pas suffisant, qui dit que ce qu’on fait le sera pour notre progéniture?

En devenant mère, j’ai évidemment appris à aimer de façon inconditionnelle. Même fâchée contre mon fils, je ne lui en veux jamais vraiment. Je le protège, je le console, je le berce, je le rassure, je lui pardonne, je le gâte, je le conseille. Je suis là pour lui. Comme je l’étais hier et comme je le serai demain. Et franchement, ce sentiment-là, c’est assez dingue…

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(21 commentaires)

  1. Ce sont de nouvelles leçons qu’on apprend tous les jours, certaines coquaces et d’autres beaucoup plus profondes… Mais malgré les moments parfois si difficiles, ça nous élève autant qu’on les élève eux…

  2. Un article collector ! J’adore ! Il devrait être d’utilté publique de diffucser ce genre de message dans les maternité et pendant les préparations a l’accouchement. Ca déstresserai pas mal de monde et déculpabiliserai les autres

  3. Tout finit par passer, c’est mon mantra personnel pour toutes situations de la vie. Pour ma grande, la crise a quand même duré trois ans, et c’est amusant comme on se déshabitue vite d’ailleurs. Ce que j’ai appris aussi, c’est que le besoin de solitude peut vraiment te prendre aux tripes. Avoir un enfant c’est n’être plus jamais seul, avec tout ce que ça peut avoir de positif, ou non.

  4. Je me rends compte que le sentiment, l attitude, la bienveillance d une maman est universelle…. de confession musulmane, je vis exactement la même chose… rongé par la culpabilité de n avoir pu faire mieux…votre article me libère d un poid énorme car je ne suis donc pas la seule à penser ceci ou ça. Merci infiniment. Nadia

  5. Voilà qui résume bien la maternité ! Je me reconnais dans chacun de ces 19 points ! C’est exaltant, terrorisant mais au fond, la maternité reste la plus belle aventure d’une vie 😉

  6. « j’ai appris que mes angoisses d’enfant ne sont pas celles de mon enfant » : probablement la leçon que je me répète à longueur de journée et que j’ai pourtant tant de mal à assimiler ! Quant aux situations les plus simples qui deviennent toutes SYSTÉMATIQUEMENT plus compliquées … c’est épuisant. Mais c’est tout de même un maigre tribu par rapport à tout le bonheur que nos enfants nous apportent. Mais c’est épuisant tout de même. Mais… bref 😉
    Au passage, je suis fan du commentaire précédent le mien 😛 (rhooo pardon) (Je n’ai pas pu m’en empêcher) 😉

  7. Ce texte est très émouvant et d’une telle justesse. C’est réconfortant à lire ! 🙂
    Heureusement que les papas sont là pour aussi pour participer au quotidien.
    Cette phrase me touche particulièrement :  » Mon enfant est toujours là, assis sur le rebord de mon coeur et en train de mettre autant de bordel dans mon cerveau qu’il n’en met dans sa chambre. »
    Maman de deux magnifiques petits garçons, je continuerai à découvrir vos textes avec grand plaisir ! 🙂

  8. L’une des phrases qui me parle le plus, avec l’expérience, c’est celle-là: toutes les phases compliquées finissent par passer. Et ça, c’est vraiment un phare quand la nuit parentale est trop épaisse. Merci pour ce super article.

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