Enfant, etc

« Tully »: enfin un film qui ne ment pas sur ce qu’on vit quand on devient mère

J’ai eu l’après-grossesse facile. Je sautillais dans les escaliers en allant ouvrir la porte à la sage-femme pour mon premier contrôle à la maison, deux jours après avoir quitté la maternité. Je le dis sans fierté mais avec une petite satisfaction personnelle parce que bon, on ne va pas se mentir, si on me propose de ne pas trop morfler, j’accepte sans réchigner: je n’ai eu ni vergetures, ni déchirure, ni points de suture. Je suis ressortie de l’hôpital comme j’y étais entrée, si ce n’est que j’avais le ventre un peu plus mou et un bébé dans les bras. Et même en allant bien et en ayant désiré mon enfant, j’ai parfois sombré quelques heures ou quelques jours, aspirée par une angoisse plus grande que moi, écrasée par tout ce qu’on nous demande d’être quand on est mère ou tout ce qu’on croit devoir être, surtout. J’ai souvent traîné en jogging difforme plein de taches de lait caillé et UGG aux pieds. Mon fils m’a déjà vomi entre les seins lors d’une nuit d’insomnie. Je me suis sentie seule, incomprise, fatiguée et dépassée. Et pourtant, franchement, dans l’ensemble, je n’ai pas à me plaindre. Que dire du coup quand rien ne va?

Dans « Tully » qui sort aujourd’hui au ciné (en Belgique), Charlize Theron est Marlo, 40 ans, trois enfants et un mari sympa mais aveugle et sourd à sa détresse. Sa petite dernière l’empêche de fermer l’oeil, les deux aînés sont énergiques, révoltés ou mal lunés, son corps est lourd et flasque (Charlize Theron a pris 18 kilos pour le rôle), elle ne se reconnaît pas, et même son pilote automatique semble rouillé. Jusqu’au jour où son frère lui envoie la lumineuse Tully, une Mary Poppins des temps modernes dont le job consiste à gérer le nouveau-né pendant la nuit afin que sa mère puisse dormir tranquille. Le rêve? Au début, oui. Marlo s’acclimate mieux que prévu à sa présence et les deux femmes développent une relation amicale forte. La suite ne sera pas aussi simple…

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Sans spoiler, sachez que « Tully » n’est pas le film que vous croyez. La nounou de nuit ne finit pas par tuer tout le monde, comme le craint Marlo dès les prémisses de l’histoire. « Tully » est un film sur ce qu’est la maternité en 2018: une galère difficile à expliquer à qui ne l’a pas vécu, un puit sans fond dans lequel on peut se noyer si personne ne nous tend la main pour nous ramener à la surface. On dit souvent qu’il faut tout un village pour éduquer un enfant. Il faut aussi tout un village pour bien faire pour qu’une jeune mère puisse s’en sortir aujourd’hui. Charlize Theron, maman de deux enfants adoptés, est criante de vérité. On compatit tellement en la voyant sombrer de sommeil dans le canapé, ses deux grands surexcités dans les parages, avec un look de baleine échouée, vêtue d’un pantalon qui ne ressemble à rien et d’un gilet sans forme. On souffre avec elle et on s’émeut.

tully

« Tully », réalisé par un homme, a, excusez-moi l’expression, des couilles. Le regard cinématographique sur le sujet est nouveau pour l’Amérique. On est loin des films à la « Bad Moms » où les « pires mères du monde » le sont pour la simple raison qu’elles n’ont pas vendu assez de gâteaux pour la fête de l’école. C’est réaliste et sans les désormais habituels filtres Instagram qui veulent nous faire croire que tout est merveilleux une fois qu’on a enfanté. Bon je vous rassure quand même: « Tully » est dur mais drôle (à tendance cynique, le genre d’humour qui me parle, personnellement). On ne sort pas de là déprimée mais plutôt dans la réflexion et la compassion. Si le film peut ouvrir les yeux des spectateurs sur le baby blues et le burn-out parental et leur donner envie du coup d’intervenir quand ils voient une mère en train d’avancer sur un fil fragile, prêt à céder, c’est tout bon.

Petite précision pour qui se posait la question: les nounous de nuit, ça existe vraiment. Je ne connaissais pas le principe et je ne suis pas sûre que j’aurais aimé voir une inconnue dans mon salon la nuit, mon fils dans ses bras, mais comme je l’ai déjà expliqué : Ezra a toujours bien dormi, mes réveils nocturnes étaient douloureux sans l’être vraiment. Mais pour celles qui veulent en savoir plus, il y a des témoignages très intéressants ici.

(8 commentaires)

  1. Je t’avoue que la bande annonce m’aurait vaccinée à vie d’avoir des enfants si je n’en avais pas eu. Charlize a l’air au bout de sa vie sur chaque plan, alors j’espère que le film varie les points de vue, parce que c’est certes couillu de montrer cette partie de la maternité, mais la réalité n’est pas que ça non plus!

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