Mère mais pas que

L’arnaque du dimanche matin: l’insupportable brunch

Ce qu’il y a de bien avec la mode, c’est que même si elle revient régulièrement, elle s’en va à un moment. Pendant plus ou moins longtemps, on arrête de se farcir une tendance qu’on exécrait. On peut souffler, passer à autre chose. J’ai donc une question en ce dimanche matin où tous les gens civilisés convergent non plus vers l’église mais vers ces lieux douteux qui mélangent saumon fumé et pain au chocolat dans la même assiette: pourquoi diable la mode du brunch ne passe-t-elle donc pas?

Voilà, j’avoue: j’aime pas les brunchs. Tout spécialement ceux qu’on prend à l’extérieur, j’ai un peu plus d’indulgence pour les brunchs faits à la maison. Disons plutôt j’aime encore moins les brunchs depuis que je suis mère. Parce que d’abord et surtout: comment faites-vous pour patienter jusqu’à 11 heures avant de vous mettre un truc dans le bide? Il n’y a que les gens qui sont rentrés à 4 heures du mat’ qui savent faire ça: parce qu’ils ont fini par manger un Bicky-frites au snack du coin et ont été dormir à l’aube, repus. Ils vont bruncher après avoir traîné leur gueule de bois sous la couette jusqu’à ce que ça ne soit plus tenable. Comprenez: ils n’ont pas d’enfant… Moi à quatre heures du mat, j’ai déjà dû me lever deux fois pour remettre une tute et une couverture et à six, on m’a brutalement tirée de la mienne. Le premier truc auquel je pense en mettant un pied au sol (gauche, généralement, le pied), c’est à manger. Pour tenir.

Un brunch quand tu as des enfants, c’est obligé: tu manges avant (et eux aussi). Et puis d’ailleurs, est-ce que tu remanges après? Un brunch, ça te flingue toute ton horloge interne. T’arrives avant l’heure du lunch et tu repars à l’heure du goûter: mais pourquoi doit-on rester cinq heures assis quand on brunche? Sous quel prétexte? Parce qu’il s’agit d’un hybride entre un petit-déjeuner et un dîner, quelqu’un a décrété que vu qu’on mixait deux repas, on devait rester deux fois plus longtemps à table? Les discussions s’éternisent, les mômes s’agitent au mieux, s’ennuient au pire, on a la fesse qui voudrait bien se dégourdir mais non, on se ressert un peu, ça serait dommage de gâcher, allez-non-je-te-laisse-le-dernier-bout-de-quiche-je-crois-que-je-vais-passer-au-sucré.

Voilà une autre raison de mon désespoir: moi, le matin, je suis #teamsucre. Croissant, jus d’orange, cake au chocolat, faites péter. Après, je me dis que bon, c’est au buffet, ça serait bête de ne pas en profiter, du coup j’enchaîne avec un bagel au saumon, du fromage et puis, hop, tiens, ce petit gâteau à l’air pas mal et c’est le dernier, allez, je me sers avant qu’il n’y en ait plus. Je me retrouve avec une sorte d’assiette de fille qui n’a pas su choisir, où le muffin côtoie le jambon de parme et les pâtes à la sauce tomate, alors qu’en fait c’est le buffet qui a un problème d’identité. On irait un ado boutonneux en pleine crise personnelle: qui suis-je? à quoi je sers?

Le brunch te refuse aussi le plaisir de manger trois fois par jour. Non mais dites?

Et puis, sérieusement: en plus de manger tard, on doit faire la file pour s’asseoir? Le principe même du brunch, c’est l’indolence, le fait de ne pas prévoir, de se moquer des heures de table puisque nous on est des dingues, on mange à 14h30. Mais le brunch est désormais tellement tendance qu’on doit réserver à l’avance ou faire une file digne de Disneyland. Ca gâche tout. Le brunch est fait pour être improvisé, on émerge, on s’installe, on se goinfre, c’est tout, c’est comme ça. Poireauter ne fait pas partie du deal.

Vous venez de lire mes arguments, vous comprendrez donc que je frôle l’apoplexie au moment de l’addition. Tout ce qui est tendance se paie au prix fort… 40 euros pour deux morceaux de baguettes à la confiture de cerises bio, une omelette et un verre de jus de pomme (quand il y a du champagne, passe encore: le champagne, ça peut me faire oublier que je n’aime pas les brunchs). Pour ce prix-là, par pitié, qu’on me serve un steak-frites et un verre de vin. Ça m’empêchera d’avoir la dalle dès 16 heures. Parce que certains brunchs se sont spécialisés dans les mini-portions et on a beau te dire que c’est à volonté, tu te vois mal gratter les 14 verrines du buffet d’un coup pour être sûre d’avoir assez…

Eh, les potes, continuez quand même à m’inviter: je pesterai toujours de voir le granola côtoyer les röstis mais promis je le ferai en silence. Ne me privez pas de la seule chose que j’aime vraiment pendant les brunchs: les rires des copains autour de la table…

(3 commentaires)

  1. Je fais partie de ces gens qui adorent les brunchs mais qui déplorent de ne pas le faire assez. Mais je te rejoins sur quelques points : c’est horriblement cher pour ce que c’est; La file d’attente, c’est juste pas possible. Sans compter que bien souvent, il n’y a pas de place sur la table et que manger devient le parcours du combattant !

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  2. Ton article m’a bien fait rire. Ici jeunes trentenaires que nous sommes nous adorions les brunchs, souvent dans les petits resto branchés avec les amis le dimanche midi. Et puis il y a 18 mois nous sommes devenus parents et effectivement si brunch il y a c’est c’est rare et dans ce cas nous invitons les amis à la maison pour bruncher. Et au final étant aussi team sucré le matin dans un brunch maison il y a 80 % de sucré et seulement 20 % de salé ^^. Et je dois t’avouer que les amis arrivent rarement avant 11h30 virgule je prends donc quand même un petit déjeuner vers 7h30 8h quand ma fille se réveille ^^. Très diététique tout ça…

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    1. Voilà, on mange 2 fois plus en fait. C’est le principe du brunch quand t’es parent… Je rigole un peu dans cet article, en forçant le trait. Mais franchement rester à table pendant des heures avec Ezra qui s’agite, je profite pas du tout… 😀

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