Enfant, etc

La phrase que je me répète pour tenir le coup quand mon enfant est infernal

Certains soirs, je n’en peux plus de mon fils. Cette semaine, j’ai failli l’abandonner au rayon fromage du supermarché bio de Brooklyn et jeter son doudou dans l’Hudson River à Manhattan pour qu’il arrête de le faire tomber exprès. Ezra m’a tellement énervée ces derniers jours que je me suis demandée pourquoi j’avais lancé un blog sur la parentalité. J’avais envie de tout en fin de journée sauf de penser à lui. Je sais, c’est moche à dire et à écrire mais la maternité, c’est ça aussi. J’avais envie d’une bière, de silence et d’une clope sur un rooftop face aux buildings new-yorkais. À défaut d’avoir une babysit sous le coude et parce qu’en fait, je ne fume plus depuis longtemps, je me suis contentée de lire un bouquin avec un thé. C’était bien quand même. Pas aussi bien mais bien quand même.

Mon fils est à 75% du temps plutôt sympa. Souriant, très poli, mimi, gentil. Son petit surnom américain, c’est « Cutie Pie ». Le quart du temps restant, c’est un horrible petit personnage qui geint, refuse de manger, pleurniche pour un rien, enchaîne les mauvais coups. Et dans ces cas-là, il faut tenir, serrer les dents, prendre patience.

La maternité est une course de fond, un marathon, au cours duquel on s’épuise souvent. À force d’entraînement, heureusement, on trouve régulièrement un second souffle et on repart de plus belle, jusqu’au prochain craquage et l’impression écrasante qu’on « ne va pas y arriver ».

Quand je n’en peux plus, il y a une phrase que je me répète. Je m’y accroche comme à une bouée, pour garder le nez à la surface de l’eau: CE N’EST QU’UNE PHASE. J’ai déjà pu le vérifier. Je sais que ça finira par passer, que la lumière est encore faiblarde au bout du tunnel, qu’elle vacille dangereusement, mais qu’elle est bien présente. Ça m’aide à dédramatiser et à moins m’énerver… (mais je m’énerve quand même, trop souvent, je ne suis pas une super-héroïne, on fait toutes ce qu’on peut).

Je me souviens de ces deux semaines de nuits hachées: il se réveillait sans raison jusqu’à 4 fois par nuit. Une main dans ses cheveux suffisait généralement à l’apaiser mais j’étais flinguée. À peine le temps de sombrer qu’il me rappelait une nouvelle fois… Je me suis demandée s’il avait mal quelque part, s’il avait peur, trop chaud, trop froid ou s’il testait ma résistance. Je n’ai jamais su ce qu’il avait, je n’ai rien changé à nos habitudes, je ne savais pas quoi faire pour bien faire alors j’ai attendu que ça passe. Avec mes valises toujours plus lourdes sous les yeux. Et c’est passé comme c’est arrivé, sans prévenir.

Je me souviens de ses pleurs lorsqu’il me voyait quitter la crèche chaque matin. Là encore, un jour, il a cessé d’inonder l’épaule de la puéricultrice. Sans que je ne fasse rien pour. Ni contre.

Et puis, rappelons-nous, parce que c’est le cas pour chacun de nos marmots: il s’est un jour assis tout seul, il s’est mis à avancer à quatre pattes pour finir par se tenir sur des deux jambes. C’est comme ça: ils vont de l’avant et ils progressent. Ce sont des phases d’apprentissage, nécessaires à leur bon développement. Mais certaines sont monstrueusement plus pénibles que d’autres…

Pour l’instant, Ezra répond « non » à tout ce que je lui demande et avant même d’entendre la fin de ma question. Il comprend à ma simple intonation que je l’interroge: peu importe ce que je lui veux, c’est non, c’est tout. Si je lui demande, par exemple, s’il veut un cookie, il me répond non. Avant de se raviser trois minutes plus tard en chouinant, comme si je lui avais interdit d’en avoir un. Si je lui demande: « Tu veux aller à la plaine de jeux? » Il dit non avant de se jeter par terre en me suppliant de lui mettre sa veste. On dirait moi quand je demande au coiffeur de me faire une frange. Je suis sûre de mon choix et au premier coup de ciseaux, j’ai envie de pleurer alors que personne ne m’a forcée. Donc je lève les yeux au ciel et je me répète que ce n’est qu’une phase. Très fort. Dix fois, 100 fois, 1000 fois. En rassemblant toute ma patience pour ne pas me mettre à hurler. Je sais qu’un jour, il répondra « oui » tellement souvent, à tant de gens, qu’il se demandera même pourquoi il accepte tant de choses qu’il n’a ni l’envie ni le temps de faire. On en est tous là. Y a pas de raison qu’il y échappe.

Ezra a 2 ans et bientôt 4 mois. Il nous provoque, il nous toise, il nous teste,  il se moque de nous, il fait sa loi et pense que le monde ne tourne que pour réaliser ses désirs. Il déteste, par exemple, aller faire les courses. Je ne parle pas de shopping (je n’essaie même plus) mais juste d’un rapide passage au supermarché. Qu’il soit en charrette ou en poussette, il tend sa main pour effleurer les gens ou les objets en rayon, il se penche en avant comme une poupée de chiffon en criant son désespoir. Un jour, j’imagine que je pourrai l’envoyer me chercher un pain au rayon boulangerie sans qu’il se jette par terre. Je suppose, en tout cas.

À table, malheur à celui qui ne lui propose pas des spaghettis. S’il a décidé de manger un bolo et que tu lui proposes des morceaux de courgette, il esquive les bouchées en buvant de l’eau ou il fait semblant de vomir (et il finit parfois par y arriver à force d’essayer). Je me suis toujours dit que le repas ne devait pas devenir un rapport de force… Mais c’est quand même bizarre qu’il ne vomisse jamais avec du chocolat… Du coup, selon l’humeur, je le laisse quitter la table et s’il a faim, c’est un fruit et rien d’autre. Ou ça finit en énervement général. Mais là encore, au lieu d’envoyer son assiette valser contre le mur dans un élan de frustration et de colère, je me dis que ça passera… Je ne connais aucun adulte qui ne se nourrit que de spaghettis ou qui jette son fromage par terre en poussant un cri strident parce qu’il voulait du jambon. Vous si?

Chaque soir, encore, quand il est temps d’enfiler un pyjama, il part en courant et en criant, et quand je l’attrape, il se tortille, se couche par terre, gesticule, en riant ou en pleurant, selon l’humeur du jour. Vous, je ne sais pas, mais moi je n’ai pas toujours l’énergie nécessaire pour supporter le fait qu’un acte banal qui pourrait prendre 10 secondes se transforme systématiquement en prise de catch de 10 minutes.

À la fin des journées sans fin, l’idée suivante m’effleure parfois: ce n’est qu’une phase mais une fois qu’elle se terminera, il y en aura une autre, peut-être encore plus laborieuse… HELP! En attendant de savoir quand cette mise à l’épreuve prendra fin, dites-moi: comment faites-vous pour garder le cap quand votre enfant vous rend dingue?

(21 commentaires)

  1. Je disais donc que Louloutte et Ezra ont le même âge. J’en bave pas mal depuis que ma fille a 18 mois et comme toi, je me raccroche au fait que ça ne durera pas (éternellement) mais je table quand même encore sur une petite année d’enfer…
    Grosses bises à toi et bon courage,
    Cécilia

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  2. Encore enceinte, je pense déjà à ces moments qui ne seront pas très agréables, mais ils font partis de la vie. Alors j’essaie de ne pas trop me prendre la tête, je verrai bien quand ils se présenteront comment je les accueillerai … J’essaie de passer plus aux bons moments ceux qui nous font être tellement fiers d’eux !

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  3. Le mien n’a que 11 mois et ne fait pas encore de « caprices » et ne sait pas dire non. Mais cela n’empêche, il lui arrive d’être très chiant, à chouiner sans cesse sans que l’on sache quoi faire, à faire exactement ce qu’il n’a pas le droit (non, on décroche pas les fils électriques qui courent le long des plinthes, on ne fait que louer cet appart, on n’a pas le droit de tout casser, et on a beau le déplacer à un autre bout de la pièce il revient jouer avec ces satanés fils). Ma seule solution pour survivre à ça, c’est la patience, parce que bientôt ce sera le soir, bientôt il sera couché et moi je serai tranquille. Demain sera peut-être pareil, mais il ne faut pas y penser 😉

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  4. Comme je te le disais sur instagram tu en auras une meilleure idée en lisant mon prochain article vendredi mais ma technique à moi c’est simplement de craquer… quand on est sous pression et que ça s’accumule trop plutôt que de tout retenir pour que ça finisse par nous bouffer, en général je craque un bon coup je lâche du lest j’en discute autour de moi, bref j’expulse! et après on est repartis pour un nouveau tour… mais comme tu dis tout ça n’est qu’une histoire de phases, alors je garde toujours en tête que ça va s’arranger!

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    1. Je craque, je peux péter un câble mais je déteste mais je déteeeeste me voir et m’entendre comme ça. Les enfants font ressortir tout ce qu’on a de bon en nous et tout ce qu’on a de plus laid aussi…

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  5. Je confesse, je me suis parfois imaginée leur coller la tête sous l’eau jusqu’à ce qu’ils arrêtent de hurler, glapir, geindre, gesticuler, pleurnicher, se débattre, tout ça pour rien évidemment.
    Je ne l’ai pas fait, je te rassure 🙂 mais ils ont le don de nous pousser à bout. En général je met celui qui est insupportable dans sa chambre, je ferme la porte et je vais souffler un bon coup dans le salon. Et en général, de me voir faire cela calme le 2e d’emblée, sans que je ne lui dise quoi que ce soit.
    et effectivement, ça passe : mon « grand » de 4 ans commence à sortir de cette période.
    tenez bon les filles !

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      1. en fait ça passe même plus tôt mais il y a des rechutes transitoires 🙂
        Comme dit Picou au-dessus, il faut craquer sans remords, ça soulage !
        Quand on est parent il y a forcément une certaine dose d’ambivalence dans les sentiments que l’on éprouve pour son enfant, parmi lesquels l’agressivité tient une bonne place, et ce même envers des petits enfants (parce que les ados, on a forcément envie de leur mettre des baffes). Rares sont les parents qui osent le dire franchement et pourtant cela fait partie du package !

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  6. Merci, merci, merci de dire la vérité ! On les aime nos enfants mais parfois nous en avons juste mare ! ^^. La mienne a 18 mois, depuis quelques semaine elle devient un petit monstre sur pâtes. C’est un choc pour moi car elle n’a jamais fait de crises, a toujours bien mangé et de tout, bien dormi, etc. Mais là elle refuse tout, le repas est digne d’une épreuve de Fort Boyard, et elle chouine tout le temps… Dans deux jours je suis en vacances pour deux semaines. 14 jours, 24h/24h avec elle. J’avoue, j’appréhende.
    Bon courage avec Ezra, ça passera en effet, en espérant que ça passe vite ^^

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    1. Comme je te comprends. Je l’explique dans le post: il est vraiment doux, et gentil, et affectueux, et paisible. Et d’un coup, il pique une crise horrible où plus rien ne semble l’atteindre. Ca doit pas être simple d’être dans leur tête… Je peux comprendre. Mais sur la longueur, c’est éreintant pour les parents. Courage aussi pour les vacances, il faut se dire qu’il y aura de très jolis moments au milieu des autres… HEM… J’espère pour toi qu’elle fait des bonnes siestes. Je pense que c’est un peu ça qui me sauve aussi…

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  7. Je suis exactement dans cette phase avec ma petite dernière de 20 mois mais aussi avec ma grande de 3 ans 1/2 qui se met à jouer au bébé pour que je m’occupe d’elle comme je m’occupe de sa petite soeur. Étant maman solo (séparée depuis 5 mois) je cris beaucoup, je pleure en cachette, je culpabilise tout le temps, et même si je me dis que ce n’est qu’une phase c’est dur d’envisager le bout du tunnel. Petite precision supplémentaire, j’ai arrêté de fumer depuis bientôt 1 mois, ce qui n’aide pas lol

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    1. Ne culpabilise pas trop: tu fais ce que tu peux. Je suis en couple et le papa est plus que très présent puisqu’il s’occupe d’Ezra la journée et je me rends compte de ma chance. C’est courageux d’élever un (des) enfant(s) seule. On n’a pas l’autre au quotidien pour se reposer de temps en temps… Courage! (Et c’est sûr que l’arrêt de la clope, c’est pas simple non plus… COURAGE)

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  8. Une blogueuse qu’on suit sur insta dernièrement disait qu’à chaque fois que sa fille crisait, elle se calmait en pensant que c’était une période d’émotions extrêmes et en pensant à toutes ces joies immenses que les petits expriment à cet âge là et qui sont trop mignonnes. Sur le coup, je me suis dit ohlala qu’est ce qu’elle a à toujours être positive/optimiste celle là c’est pas possible, je pensais qu’au moins un gamin en bas âge allait réussir à la mettre de mauvaise humeur de temps en temps et même pas ! (oui bon je ne maîtrise pas ce que je pense en regardant les réseaux sociaux parfois je ne suis pas fière) et puis dans les jours qui ont suivi, j’ai sans faire exprès été plus attentive à ces émotions extrêmes mais mignonnes (comment ses yeux brillent à chaque fois qu’il voit un bus passer, qu’on entend une sirène de pompiers, les gros calins, la danse quand quelqu’un sonne à l’interphone) et ça m’a fait prendre un recul fou sur les crises.
    Sinon, j’ai toujours été une grande fan de la « technique de la parade », ou je lui décris ce qu’il voudrait de façon très détaillée (oui chéri je comprend tu es enervé tu te roules par terre parce que tu voudrais que maman porte tes 15kg remuants sur tout le trajet comme ca tu serais dans me bras et tu pourrais tout voir d’en haut et tu n’aurais ni à marcher ni à être dans la poussette. T’as vraiment pas de chance de pas avoir une maman qui a plus de muscles et qui peut te porter sur 3km comme ça et tout et tout,) en général si je pars trop loin dans la parade j’ai un peu l’impression de me moquer de lui mais du coup ça me calme et souvent même ça le calme aussi
    Mais bon parfois comme le disais tes comms, il n’y a rien de tel qu’un petit pétage de plomb pour tout remettre à plat 🙂

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    1. Oui, parfois j’arrive à faire la part des choses et à prendre sur moi, en pensant effectivement que c’est simplement une frustration qu’il n’arrive pas à exprimer. Et puis, bon, parfois, je m’énerve. 😀

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