Mère mais pas que

Vous aussi ça vous fait ça Noël?

C’est chaque année la même rengaine. Je peux ignorer la date de toutes mes paupières fermées, elle est bien là à me narguer dans le calendrier de mon iPhone. Et quand je la croise du regard, ça ne manque jamais : malgré mes revendications internes, me voilà immédiatement nostalgique de l’époque où le calendrier était punaisé au mur de la cuisine au lieu de dormir dans ma poche et où son partage familial était synonyme de rayures et de petites flèches renvoyant à des inscriptions en pattes de mouches inscrites au bic quatre couleurs. J’ai beau repousser l’échéance toujours plus loin, je finis toujours par reprendre une bonne dose de souvenirs tellement heureux qu’ils en sont devenus douloureux.

Parce que faut être honnête, une fois qu’on quitte ce toit familial « qui n’est pas un hôtel, je te l’ai déjà dit dix fois », rien n’est plus jamais comme avant. Tu pars avec un sac sur ton dos mais surtout ton indépendance chevillée au corps et quand tu reviens t’asseoir sur la chaise qui a accueilli ton derrière pendant 18 ans, tu n’es plus qu’une invitée qui propose poliment d’aider à débarrasser à la fin du repas. Et qui plus est, une invitée accompagnée d’un autre larron qui vient bouleverser l’équilibre d’alors et qui amène des cadeaux mais surtout une nouvelle énergie. Positive dans le meilleur des cas ou catalyseur du pire.

Ezra Noel

Noël est un déchirement annuel.

Je me souviens de cette table dressée dans la salle-à-manger qui n’en portait que le nom puisqu’on n’y mangeait jamais sauf à ce moment-là. On sortait la vaisselle chic, à croire que les adultes nés avant les années 80 pensent tous que ce qu’on mange est meilleur dans des assiettes qui se reposent toute l’année dans une vitrine. Mon père mettait de la musique, ce n’était pas toujours de très bon goût, on tapait dans le populaire avec du Johnny Hallyday, du Whitney Houston ou du Barry White, et j’attendais chaque année le moment où ça allait déraper. Celui où il allait se mettre à danser tandis que ma mère allait lever les yeux au ciel en retournant à ses casseroles.

Il avait l’art de faire monter la pression, de secouer nos cadeaux encore emballés en jurant qu’il ne savait pas ce qu’il y avait dedans alors que c’est lui qui avait tout acheté. A chaque fois, avec mon frère, on faisait croire qu’on ne marchait pas dans son cinéma mais on trépignait d’impatience. J’avais un serre-tête dans les cheveux, je buvais du mousseux en faisant semblant d’aimer ça et je croyais que tout durait pour toujours.

Et puis mon ami G. est parti sans prévenir pendant cette période de fêtes qui l’est devenue un peu moins, j’avais 17 ans, le cœur brisé, vachement moins d’illusions et d’affection pour la fin d’année. Mon père danse peut-être encore sur le carrelage d’une maison que je ne connais pas. Johnny est mort, de toute façon, ça serait plus pareil.

Ezra Noel4

Noël est devenu un grand bordel.

Mes parents tenaient la barre jusqu’au naufrage de leur mariage. Mes frères et sœur se sont casés ou bien mariés, ont fait des enfants, j’ai suivi le mouvement. Et on se retrouve là, chaque année, à se prendre la tête sur des agendas et des menus, à se reprocher « de pas vraiment avoir envie de fêter Noël » avec les autres, à ne plus savoir combien de cadeaux il faut offrir, si on fait une cagnotte ou un tirage au sort.

Comment fait-on pour savoir ce qu’est « Noël en famille » quand désormais on en a créée une ? Comment sait-on si on doit figer nos traditions dans le temps ou s’en inventer de nouvelles chaque année en faisant fi des sensibilités d’un entourage lui aussi à fleur de peau ? Cette année, on a trouvé la combine pour échapper à la traditionnelle valse de la culpabilité qui vient de l’envie de contenter tout le monde sans jamais y arriver : on sera à trois, à l’autre bout du monde. Avec un autre questionnement : comment transmettre la joie que j’ai ressentie dans ma famille nombreuse à mon fils unique ? Je suppose que cette année, un morceau de gâteau au chocolat et quelques pas de danse esquissés avec sa tête au creux de mon cou sur « Retiens la nuit » suffiront… Pour les prochaines, j’ai encore un peu de temps mais je ferai en sorte que Noël soit…

Exceptionnel!

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