Lettre aux femmes qui font un deuxième enfant

by seayouson

J’ai décidé de n’avoir qu’un seul enfant. Je déteste les gens catégoriques, je sais bien que la vie n’est pas toujours linéaire, et il n’est pas exclu que je change encore d’avis. Mais à l’heure où j’écris ces lignes, c’est vers ça que je me dirige: je serai la mère d’un unique enfant. Et tandis que le temps passe et que j’interroge mes envies, je regarde les femmes qui font un deuxième enfant prendre le large dans un bateau sur lequel je ne mettrai probablement jamais les pieds. Depuis mon rivage assez peu peuplé, voilà la lettre que j’avais envie de leur adresser.

Je regarde leur ventre qui s’arrondit plus vite, plus tôt, et l’enfant qui s’agrippe au bout de leur main. J’imagine l’hésitation, l’envie de profiter de ce qu’elles ont déjà, et les calculs: les enfants s’entendent-ils mieux quand ils sont proches en âge ou vaut-il mieux profiter à fond du premier avant de faire le deuxième, au risque de ne plus avoir envie de remettre ça? Elles savent bien qu’il n’y a aucune bonne réponse à cette question: il n’y avait pas de bon moment pour faire un premier enfant, il n’y en a pas non plus pour en faire un deuxième.

Le courage de celles qui décident de faire un deuxième enfant

Je regarde leurs cernes qui se creusent et je les trouve courageuses, ces femmes qui font un deuxième enfant. Elles savent où elles mettent les pieds et elles y vont quand même. Elles savent le sacrifice, le manque de temps, de sommeil, les inquiétudes, les défis.

Elles savent que ce qu’elles croient désormais maîtriser, que ce qu’elles pensent avoir compris en élevant leur premier né, va être remis à zéro par le second. Parce qu’un enfant n’est pas l’autre, et que dans la même fratrie, on peut avoir un blond aux cheveux raides et un brun aux cheveux bouclés, un calme et un bruyant, la mer apaisée et le volcan en ébullition, un garçon et une fille.

La maternité est un village et elles savent que ceux sur lesquels elles ont pu compter pour garder leur premier enfant ont pris de l’âge, d’autres engagements, et qu’elles n’oseront plus forcément les solliciter. Elles supposent, à raison, que faire garder deux enfants, c’est plus compliqué.

Où est l’émerveillement?

On ne s’émerveille plus pour les femmes qui font un deuxième enfant comme on s’est émerveillés pour elle lors de l’annonce du premier. J’observe la réjouissance extérieure un peu fade. On leur pose moins de questions, on leur rend moins visite, on leur demande moins comment ça va. On se dit qu’elles sont déjà passées par là et donc que ça ira.

Mais ce n’est pas parce qu’elles ont déjà emprunté ce chemin qu’elles ont moins le corps en vrac et les hormones en pagaille. Ce n’est pas parce qu’on l’a déjà fait que c’est plus facile. Ce n’est pas parce qu’on a déjà accouché une fois qu’on a forcément moins peur ou qu’on aura moins mal à l’accouchement d’après. Ce n’est pas parce qu’on a un enfant qu’on sait comment en gérer deux. Et puis l’aimera-t-on autant? Sera-t-on la même mère pour un deuxième? Un nouvel enfant, ça pose de nouvelles questions. Et il y a peu de monde autour pour y répondre.

avoir un deuxième enfant

Et puis le couple…

Les femmes qui font un deuxième enfant n’ont plus la naïveté d’alors, elles savent ce que ça va coûter à leur couple. Elles savent le poids que ça risque d’ajouter sur les épaules encore fragiles de ce couple qui a vaincu la tempête une première fois. Ce couple qui a lutté ensemble, qui a eu plein de nouveaux sujets de conversations et aussi plein de nouveaux sujets de disputes. En se découvrant parents, souvent, ils ont oublié d’être amants. Ils n’ont plus fait l’amour pour un tas de raisons valables, ils ont expérimenté la frustration, ils se sont souvent endormis fâchés, du moins quand ils arrivaient à dormir. Ils ont atteint le rivage trempés et épuisés. Mais ils ont survécu, ils ont retrouvé l’équilibre, ils ont remis le bateau à flot… et ils risquent tout à nouveau.

Elles savent par quoi leur couple va passer celles qui font un enfant pour la seconde fois. Mais elles remettent leur imperméable et elles lâchent les amarres pour la deuxième fois. A l’horizon, le ciel est noir. Elles savent que ça va secouer, qu’il va falloir s’accrocher, courber l’échine, qu’il y aura des engueulades à cause des nuits hachées, parce que l’un croira mieux faire ou s’en occupera plus souvent que l’autre.

avoir un deuxième enfant

L’éclaircie magnifique

Mais elles savent aussi l’éclaircie magnifique qui suit l’orage. L’apaisement quand on quitte le monde de la toute petite enfance et qu’on s’émerveille ensemble de cet être qu’on a fait à deux, qu’on élève à deux, qu’on aime à deux. Elles savent que faire un deuxième enfant, c’est plus de cris et de tensions sous le toit familial mais c’est surtout plus d’amour et de gloussements sous la couette.

C’est une petite main supplémentaire dans la leur et c’est admirer, plus souvent, la beauté du soleil qui se lève et qui met le ciel en feu. C’est être aux premières loges d’une relation d’amour naissante. C’est être subjugée par ce lien invisible qui se tisse, c’est la fierté d’avoir mis au monde des acolytes, des compagnons de vie, des amis. Des petites personnes qui vont grandir ensemble et se construire ensemble. Différents mais ensemble.

Moi, je ne savais pas que ma première grossesse serait aussi la dernière

Quand on tombe enceinte pour la première fois, on vit sa grossesse comme une première fois sans se dire un instant que ça sera, peut-être, aussi la dernière. Moi, si j’en reste là comme je le crois, je devrai vivre avec ça. Avec cette frustration de ne pas avoir su, à l’époque, que je ne recommencerai pas. Les femmes qui ont un deuxième enfant ont la chance de vivre leur première grossesse comme une première et la deuxième comme une éventuelle dernière. Elle ne sera peut-être pas la dernière mais elles sont conscientes que c’est possible. Quand on sait, on ne profite pas pareil.

Les femmes qui ont un deuxième enfant se resservent de tout avec gourmandise et savourent chaque bouchée encore plus parce qu’elles savent qu’après, elles seront peut-être rassasiées. Après avoir eu leur deuxième enfant, elles déposeront peut-être leurs couverts en travers de l’assiette pour signifier qu’elles en ont fini. Elles diront que le voyage gustatif était merveilleux: doux, chaud, étonnant, explosif, qu’elles en ont tout pris à bras le corps, mais elle se lèveront pour quitter le resto et elles sauront, en fermant la porte, qu’elles n’y reviendront pas.

Les femmes qui font un deuxième enfant ont, pour la plupart, la force et l’assurance de celles qui savent que l’heure a sonné, tandis que moi, je ne saurai jamais le goût du deuxième service. Du rivage des mères d’enfant unique, je les regarde avec curiosité et intérêt. J’admire leur courage et leur abnégation. Et je tenais à leur dire.

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