Dans les coulisses de l’école privée que fréquente mon enfant en Belgique

école privée bogaerts

Le temps passe, rythmé par la petite routine des journées d’école. Je vous avais déjà parlé de notre choix d’inscrire Ezra à l’école privée internationale lors de notre année de stand-by et j’avais déjà fait un premier compte-rendu de ce que j’avais personnellement constaté ici. Je voulais aujourd’hui vous faire un petit retour de mon entrevue avec le directeur de l’école fréquentée par mon fils, la Bogaerts International School. J’ai discuté avec lui des spécificités de son établissement et du cursus IB (International Baccalaureat), que je ne connaissais pas il y a encore quelques mois. Ezra a cinq ans, je suis encore bien loin du bac…

J’avais envie de savoir comment on en vient à ouvrir un établissement scolaire privé dans un pays où l’enseignement public est gratuit et surtout, pourquoi on le fait et qu’est-ce qu’on propose de différent qui mérite une telle dépense financière. 

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Cet article sera en deux parties, pour éviter une longueur indigeste. La première partie concerne donc le pourquoi on en vient à ouvrir une école privée et que dit le directeur au sujet des prix pratiqués. La seconde vous expliquera ce que l’école propose en pratique: on parlera pédagogie, uniforme, langues enseignées, punitions, devoirs… 

Je vous en parle ici parce que je découvre cet univers en même temps que vous. Rien ne nous prédestinait à mettre notre enfant dans une école privée et il n’y fera pas toute sa scolarité mais maintenant, je sais à quoi ça ressemble, de l’intérieur.

Pourquoi une école privée

David-Ian Bogaerts, qui a étudié business et économie, a ouvert son école en 2012 et ça fait deux ans qu’il l’a installée au Domaine de Latour de Freins à Uccle. Un endroit qui, je dois bien l’admettre, nous en a mis plein la vue la première fois qu’on l’a découvert. Son père, Rodolphe Bogaerts, précepteur du Prince Laurent pendant huit ans, a créé l’école de jury central en 1969. On ne tombe donc pas dans l’enseignement privé par hasard.

“J’ai donné cours de math à l’école de mon père et j’ai naturellement suivi son parcours”, me confie David-Ian. Quand son père est décédé soudainement d’un arrêt cardiaque à l’âge de 62 ans, David s’est interrogé: “Je me suis demandé quel était le meilleur truc qui existait dans le monde. Pour moi, c’est l’IB. Je me suis dit que ce programme de l’IB ne devait pas être si compliqué à mettre en place vu tout ce qu’on avait déjà fait avec le jury.” 

« Dans le public, il n’y a plus de capitaine pour tenir le navire »

Mais pourquoi préférer un cursus privé à l’enseignement public? Dans notre cas, il s’agit d’une période particulière de notre vie absolument pas prévue. Et on n’a rien trouvé de mieux pour que notre fils continue à pratiquer l’anglais de façon intensive avant de repartir, espérons, aux Etats-Unis. Mais les autres? Pourquoi viennent-ils dans le privé? Pour David-Ian, l’une des raisons est la suivante: ce qui est proposé dans l’enseignement public en Belgique laisse à désirer.

“En maternelle et primaire, l’écart entre le public et le privé est moins important mais j’ai des gros doutes sur la motivation d’une grosse partie du corps professoral en secondaire. Je pense que beaucoup de profs n’aiment pas les jeunes, c’est confirmé par certains professeurs qui travaillent dans le public et qui font quelques heures chez moi dans le privé. C’est étrange quand on exerce un métier où on est entouré de jeunes toute l’année. »

« Sinon, il y a aussi un gros problème d’ambiance: il n’y a plus de capitaine pour tenir le navire. Il faut redonner le pouvoir aux directeurs. Ici, je suis celui qui prend les décisions. Il faut que quelqu’un décide.” 

Il estime également que l’enseignement public ne s’adapte pas à la réalité du terrain. Pas assez ou pas assez vite. “Par exemple, les résultats des cours de néerlandais des Bruxellois sont catastrophiques. Et pourtant, personne ne remet ça en question. Il y a un manque de retour sur l’investissement que l’Etat fait. Je commence à avoir des Belgo-Marocains qui arrivent chez moi en disant que ce n’est plus possible, qu’ils sont dans de mauvaises écoles. Il y a des quartiers qui ont été abandonnés.” J’ai habité Bruxelles assez longtemps pour l’avoir constaté aussi.

Un enseignement public à deux vitesses

“L’enseignement est à deux vitesses dans l’enseignement public”, continue David, “et il y a un manque de motivation. On l’a vu avec le Covid. Dans les écoles privées, on était ouverts online dès le lendemain des annonces. Les écoles flamandes fonctionnaient bien à 70-80% tandis que les francophones ont dit: il ne faut pas qu’il y ait discrimination, et vu que les écoles les moins bien loties n’ont pas le matériel, on attend. Mais on attend quoi? Il faut aller de l’avant dans la vie et trouver un système pour que les écoles puissent rattraper ce qui a déjà commencé.”

L’absence du bac

David note enfin que le curriculum belge n’a pas de bac. “Donc les très mauvaises écoles ont le même diplôme que les bonnes. On sent que le système arrive un peu au bout.” Certains parents belges lui demandent en arrivant dans son école: Combien faut-il pour réussir? Une phrase qui ne cesse de l’étonner. “Il faut les meilleurs points partout, parce que quand tu as les meilleurs points, tu peux rentrer dans les meilleures universités. En Belgique, si tu fais 55 ou 95%, tu passes et tu rentres dans n’importe quelle université avec 55%. Aux Etats-Unis, tu dois être le meilleur. Si tu as 70%, ils n’ouvrent pas le dossier. »

« Des calculs étranges »

« En Belgique, j’ai vu des élèves aller dans des sections math faibles pour avoir 90% et pouvoir ensuite aller dans une université américaine. Ce sont des calculs un peu étranges.” Je ne peux pas lui donner tort: quand on a goûté à l’ambition américaine, on peut trouver le Belge vite content de lui. Est-ce que le système scolaire américain est meilleur pour autant? Tout dépend de nos critères dans la vie mais personnellement, j’aime bien cette idée de vouloir s’élever. Tant qu’on le vit bien, qu’on en fait un challenge personnel, et qu’on ne fait de mal à personne, pourquoi l’ambition serait-elle un problème?

L’IB pratiqué à l’école Bogaerts, c’est quoi exactement?

IB, c’est donc un bac international créé à la base pour les expatriés qui travaillent aux quatre coins du monde. Il y a trois sections officielles: les 3-12 ans (Primary Years Programme – PYP avec dedans, la section maternelle dans laquelle se trouve Ezra, Early Years – EY), les 12-16 ans (Middle Years Programme – MYP) et les 17-19 ans (Diploma Programme – DP).

David-Ian Bogaerts m’explique: “C’est un programme ultra moderne, qui se remet tout le temps en question. Aujourd’hui, ils sont en train de réfléchir à révolutionner les notes. On est tous d’accord pour dire que noter les élèves, ce n’est pas ce qu’on a fait de mieux. On cherche ce qui pourrait remplacer ces notes. Ce programme est dynamique, il évolue tout le temps. Le curriculum est flexible, les écoles peuvent s’adapter aux besoins des élèves. Mais évidemment, on est contrôlé par l’IB. On ne fait pas n’importe quoi. Les deux dernières années, par contre, le curriculum est identique partout.” 

La question qui fâche

Je n’allais évidemment pas éviter la question qui fâche, celle qui fait généralement réagir les gens quand je dis que j’ai mis mon fils dans le privé. Bien avant de me demander ce qu’il y fait, on me demande combien ça coûte. J’ai le même réflexe. Je comprends. Les prix sont affichés sur le site de l’école, je ne vais donc pas tourner autour du pot. A l’école Bogaerts, il faut compter 9550 euros pour une année en maternelle, un peu plus de 14.000 euros pour une année en primaire et ça grimpe jusqu’à 20.000 euros environ annuellement pour la fin des secondaires. “Je suis extrêmement cher”, admet David, “mais je fais partie des moins chers.”

« C’est une fortune mais c’est moitié moins cher qu’ailleurs »

Je confirme. Certaines écoles privées en Belgique demandent le double. Par exemple, à St Johns à Waterloo, vous payez 22.000 euros pour une année en maternelle, 30.000 euros en primaire et plus les années passent, plus le prix grimpe.  “Une école, ça repose beaucoup sur le staff et le staff en Belgique, ça coûte cher. En Belgique, nos écoles privées sont les plus chères au monde. Au début, les écoles privées montaient les prix parce que les entreprises payaient la scolarité des enfants. Aujourd’hui, certains parents paient de leurs poches, par choix.” C’est mon cas. “Je ne fais pas une année scolaire à 40.000 euros mais à 20.000. Ça reste une fortune mais c’est 20.000 euros en moins”.

Une question de culture…

Il continue: “Les gens pointent ça du doigt, et ils ont raison. Mais c’est culturel. Les Asiatiques investissent dans les enfants. Ils choisissent l’école plutôt que les sports d’hiver ou les belles voitures. Les enfants vont dans une bonne école, comme ça ils iront dans une bonne université et tout ira bien. En Belgique, traditionnellement, on avait de bonnes écoles et de bonnes universités. C’est en train de changer. Je suis très cher, les gens ont raison mais je ne reçois aucune aide et je paie mes taxes. Quand on me regarde de travers, je rappelle que ces élèves, qui sont actuellement dans le privé et qui sont près de 9000, ils devraient être dans des écoles publiques. Et chaque année, il y a des problèmes de place dans les écoles publiques donc je pense que ceux qui critiquent le privé devraient être contents qu’on s’en occupe.”

“Par rapport aux parents, l’école Bogaerts une politique de scholarship (de bourse) au niveau académique: si un élève est très bon ou très motivé, on peut toujours s’arranger. Mais un élève, on dit que ça coûte 8000 euros par an dans le système belge.” Il ajoute: “Les calculs ne sont pas clairs, je suis persuadé que c’est 8000 euros mais sans l’immobilier donc en fait, ça serait plutôt 12.000, 13.000 euros. Ces calculs, je les ai faits. Ma motivation première n’est pas l’argent, je veux être moins cher et couper dans les prix, mais en dessous de 12.000, 13.000 euros, ce n’est pas possible.”

David-Ian admet sans rougir son “côté entrepreneur”. “En début d’année scolaire, je sais si je vais être content ou pas. Ça n’a pas été le cas pendant six ans.” Mais les choses ont changé: certaines classes de l’établissement Bogaerts affichent déjà complet pour l’année 2021-2022.

Suite au prochain épisode. Je reprendrai, point par point, avec David Bogaerts, ce qu’on fait, au quotidien, à l’école qui porte son nom.


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6 Commentaires

  1. C’est assez gros ce que ce directeur explique et justifie.
    Premièrement, il fait le calcul de 12k en disant qu’il ne peut descendre en dessous….Pourquoi alors mettre le prix à 20k ?
    Ensuite, ce n’est pas juste de glorifier de cette manière le système Américain, qui n’est pas celui de la motivation mais celui de l’élitisme.
    Le « riche » envoie son enfant dans la « meilleure » école avoir la « meilleure » éducation, lui donnant accès aux « meilleures » universités, amenant à l’obtention des « meilleures » jobs/postes.
    On aborde tout ces étudiants qui sont endettés jusqu’au cou avant même de se lancer dans le monde du travaille, ou des dépressions dût à la pression de cette sois-disante motivation magique?
    A côté de cela, il est également intéressant de noté que l’école publique Américaine est elle bien en dessous de la Belge.

    Je ne suis pas un grand partisant de l’enseignement Belge qui à un grand nombre de défauts et DOIT évoluer, mais le principe Belge de l’éducation est « l’éducation pour tous », raison pour laquelle tout le monde à le « même diplôme » donnant accès à tout le monde à l’université…c’est là la différence. Et quand on vois l’état général des USA, je pense qu’on est mieux avec ça…

    Déborah, si je peux me permettre, si la seule raison qui vous a pousser à placer votre petit homme en privé est la langue, il existe aujourd’hui de nombreuses écoles en immersion (NL/EN) voir même des école anglaises. 🙂

    • Bonjour Seb, c’est son opinion. 🙂 Je ne partage pas tout ce qu’il dit, mais je lui laisse la parole. Au sujet des 12.000 euros, on parlait des petites sections, qui sont entre 9000 et 14.000 euros. 😉

      Après, je ne dis pas que le système américain est mieux. Mais il y a une façon de penser dont on peut s’inspirer. Comme eux peuvent s’inspirer de nous pour d’autres choses. On ne voit que le négatif de l’Amérique en Europe. Mais il y a aussi des choses très bien. 😉 Pas mieux, je le répète. Mais bien, aussi.

      Et concernant notre choix, ça a été développé dans mon autre article, que je mets en lien au début. Notre choix a été lié à plusieurs paramètres: déjà, on a dû décider tard, il n’y avait plus de la place partout dans le public. Et les immersions ont été envisagées, évidemment: on en a visitées. Mais Ezra parle anglais depuis qu’il a l’âge de parler. Donc l’immersion avec que des petits débutants n’allait pas l’aider à progresser: l’immersion commence à 5 ans en Belgique, donc son année… il se serait retrouvé avec des enfants qui ne connaissent encore aucun mot anglais. Ça ne l’aurait pas aidé à se sentir à l’aise à l’école américaine lors de notre retour qu’on ne sait pas encore programmé exactement dans le temps. Et autre critère: on a dû trouver un logement proche de l’une des écoles visitées. Le hasard a fait qu’on a trouvé à Uccle, l’école visitée la plus près était Bogaerts. On a fait notre choix comme ça. 🙂

      • Ce qui manque surtout dans ce discours c’est la notion de sélection des élèves. Tu parlais dans ton article précédent du nombre d’enfants et d’enseignants par classe, mais forcément si on cible les familles qui peuvent aligner 20000 euros/an sans sourciller, même avec 30 gamins on obtiendrait un résultat bien meilleur que ce que j’obtiens dans ma classe de zone prioritaire de quinze élèves.
        Bref, je crois qu’à ce niveau là les choix individuels et les choix collectifs ne s’alignent pas toujours.

    • Bonjour Seb, quelles sont les écoles anglaises dont vous parlez svp?j’ai recherché des creches non anglais pour mon bébé mais n’ai rien trouvé à un prix commun. Merci. Bonne journée.

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