Voyage en famille

Se sentir chez soi

Se sentir chez soi n’est pas qu’une question de murs ni de toit. Je m’en suis souvenue en remettant les pieds en Californie, jeudi dernier. C’est une sensation fragile, qui dépend d’un tas de paramètres difficiles à définir à l’avance. On peut être dans un joli appartement dans le bon quartier avec la bonne déco et un petit balcon plein de lumière, mais avec la mauvaise personne. Ça suffit pour avoir des appréhensions au moment de glisser la clé dans la serrure et marcher sur la pointe des pieds une fois à l’intérieur. Quand on s’expatrie, je pense qu’on ne sent plus vraiment chez soi nulle part. Ou en tout cas que ça met du temps… Moi, j’ai toujours les pieds sur un sol mais le coeur de l’autre côté de l’océan. C’est un grand écart permanent entre deux cultures, deux fuseaux horaires, deux météos bien différentes; une pirouette pour donner l’illusion qu’on est bien là où on est, pour ne pas vexer ceux qu’on aime, qui y habitent, qui n’ont aucune volonté d’en partir. C’est un manque qui nous étreint brutalement, qui nous étrangle presque, une comparaison qu’on fait des petits détails du quotidien.

On pourrait croire qu’une fois qu’on s’est senti chez soi quelque part, on s’y sentira toujours. Que le sentiment est immuable. On se dirige dès lors spontanément et presque malgré nous toujours vers ce que l’on connaît. En pleine recherche d’appartements dans la région de la Coachella Valley (Palm Springs, Indio, Palm Desert, La Quinta), on a revisité celui dans lequel on logeait l’année passée et qui se trouve, mystérieusement, à nouveau sur le marché, au moment où on en a besoin. Il n’était pas très neuf ni même très exposé au soleil, on avait assez peu de meubles, et on y a régulièrement croisé des cafards géants. Mais je me souviens avoir bu une bière dans le gigantesque jardin, sous un ciel rouge-orangé, d’avoir entendu mon fils rire aux éclats en accélérant avec son petit vélo sur le sentier juste devant la baie vitrée et mon mari gratter les cordes de sa guitare en fredonnant sur le patio. On fonctionnait au ralenti, on prenait nos marques, et le paysage était en accord avec nos envies d’alors. Tout n’était pas parfait mais on se sentait profondément chez nous. En revenant sur nos pas à peine quelques mois plus tard, je n’ai pas retrouvé cette sensation d’accord parfait. J’en fus la première surprise.

Nos plans ont changé, nos besoins également: Ezra grandit et avec lui, son envie d’indépendance. Il ira à l’école, c’est décidé, ce n’est qu’une question de jours avant qu’il ne franchisse la porte de son établissement scolaire avec son premier petit cartable sur le dos. Après réflexions, je me sentirai chez moi, cette année, quand je pourrai aller le conduire le matin sans devoir pour autant le réveiller à l’aube. Je me souviens de mes matins douloureux dans le froid glacial de novembre en Belgique. Je les lui épargne en lui offrant ses premiers mois de scolarité au soleil et en habitant assez près du « bagne » pour ne pas le tirer du sommeil à une heure trop matinale. Je me sentirai chez moi quand je verrai mon homme rentrer satisfait de sa journée. L’année passée, il gardait Ezra H24, cette année chacun retrouve du temps pour vaquer à ses occupations. Ça nécessite donc de se rapprocher de l’animation de la ville et de s’éloigner quelque peu de nos étendues désertiques.

Cet été, en Belgique, je n’avais pas vraiment de toit à moi. Je n’ai jamais dormi dans « mon » lit. Mais je me suis sentie chez moi ailleurs. Devant un bon plat de pâtes partagés avec mes deux copines, dans le canapé de ma soeur un matin ensoleillé, en regardant Ezra marcher main dans la main dans les rues de Bruxelles avec sa meilleure copine et jouer avec ses cousins. Je me suis sentie à la maison en buvant une Duvel et en chantant « Bye Bye » de Ménélik dans un karaoké qui sentait la bière et la sueur.

En revenant en Californie, je me sentie chez moi en récupérant ma voiture plus vite que les touristes venus pour trois semaines grâce à la régularité passée de mes locations qui me permet un traitement VIP, en glissant ma carte de banque Wells Fargo dans le lecteur et en introduisant mon « chip number » et mais aussi en avançant sur cette route immense bordée de palmiers pour aller faire une course. Comme quoi, se sentir chez soi, ce n’est pas très concret, c’est surtout un état d’esprit… Une odeur, un bruissement dans les arbres, un baiser, des habitudes qui s’installent peuvent suffire à nous donner la sensation d’être à la maison.

Et vous, c’est où que vous vous sentez le plus chez vous?

(12 commentaires)

  1. Joli article 🙂 C’est chouette de pouvoir se sentir chez soi et effectivement tout dépend de beaucoup de paramètres et de notre évolution face aux aléas de la vie. Je me suis sentie chez moi le jour où j’ai décidé de vivre pour moi, et non pour mon ex-époux et enfants, et de savoir dire « non », d’écouter mes envies. Mon chez moi, c’est mon petit nid douillet, dans un appartement dans une ville dont j’ai eu le coup de coeur. J’aime bien les voyages, et le retour à notre chez soi, qui me fait encore plus prendre conscience que j’aime mon petit nid.

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  2. Curieusement, et contrairement à bien des gens, me sentir chez moi a été lié à un lieu. Je me suis sentie chez moi quand je suis arrivée ici, au Québec, et plus particulièrement dans la ville de banlieue. J’ai eu l’impression de passer une ligne d’arrivée. Cependant, j’ai encore un sentiment de «chez moi» lorsque je vois les grands sapins auvergnats, à l’approche de Clermont Ferrand où j’ai vécu longtemps, et je l’ai aussi par rapport à Saint-Étienne, où je suis née mais où je n’ai jamais vécue, et où ont toujours vécu nos familles, à mon conjoint et à moi. J’y suis bien entendue revenue mille fois, c’est le lieu familial, le lieu des Fêtes, le lieu des retrouvailles, et j’appréhende le jour où il n’y aura plus personne pour m’y attirer.

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    1. Cet été, j’ai eu du mal à me sentir chez moi au quotidien à Bruxelles mais là, c’était lié au toit que je n’avais pas vraiment « à moi ». J’ai dû partager mon espace de vie avec mes beaux parents qui ont eu la gentillesse de nous accueillir mais c’est sûr que ce n’était pas simple tous les jours. Je me sentais chez moi en famille, pendant les fêtes et les retrouvailles, ça oui… 🙂 Comme toi.

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  3. Joli et oui ce ne sont pas les murs qui nous font sentir chez nous. Pour moi aussi c’est le contexte… lorsque je suis partie pour qq mois au Royaume-Uni, j’ai eu l’ennui de mon pays d’expat… je suis vite rentrée. Sauf que maintenant j’ai envie de rentrer chez moi… car le contexte a changé. Alors tout a fait d’accord avec les belles descriptions que tu fait dans ton article… on dirait un gros câlin 😁
    J’espère trouver bientôt mon nouveau chez moi… bises

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  4. Clairement je me sens chez moi là ou se trouve ma famille et où je sens les gens accueillants, où je sens que je vais pouvoir intégrer la communauté. Nous avons vécu 3 ans dans une maison dont nous étions propriétaires. Les gens étaient tellement froids que nous n’avions presque aucune interaction mis à part des remarques salées et des regards condescendants.

    En une semaine dans notre nouvelle ville nous avons plus d’interactions sociales qu’en 3 mois chez les … bref, je ne trouve pas de mot pas insultant.

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