Enfant, etc

Le choix délicat du prénom: le fait d’actu qui m’interpelle

Une famille du Morbihan est actuellement en plein délire judiciaire : les parents d’une petite fille née en novembre ont été convoqués au tribunal parce qu’ils ont eu l’audace de lui donner le prénom de Liam. Le prénom est mixte, certes à tendance masculine, mais mixte. Selon les infos de la presse française, l’officier de l’état civil a demandé à la maman de donner un second prénom « plus féminin » à son bébé dès le lendemain de la naissance. Elle était seule dans sa chambre d’hôpital à ce moment-là, probablement touchée par la remise en question du prénom de sa fille par un illustre inconnu, les hormones en vrac comme elles le sont toujours quelques heures après avoir accouché. Elle a alors expliqué qu’elle ne prendrait pas une telle décision sans le papa de l’enfant. On peut la comprendre. Bref, l’affaire aurait pu en rester là mais visiblement, quelqu’un a été énervé assez fort par ce prénom qui sort de l’ordinaire pour une fillette pour que les parents soient convoqués au tribunal.

On leur a expliqué que le prénom qu’ils ont choisi « serait de nature à créer un risque de confusion de genre » et qu’il est donc « contraire à l’intérêt de l’enfant ». Et même que ça pourrait « lui porter préjudice dans ses relations sociales ». Et là, j’hallucine et je n’invente rien, tout est ici ou encore ici : le parquet demande au juge de supprimer le prénom du bébé des registres de l’état civil, carrément, et ordonne aux parents de donner un autre prénom à leur fille. Et s’ils refusent, parce que c’est la loi, le juge s’en chargera pour eux. SERIOUSLY ? Mais que s’est-il passé dans ce monde pour qu’on vienne s’introduire de façon aussi pernicieuse dans l’intimité d’une famille, pour qu’on vienne remettre en cause de façon aussi brutale, pour une raison totalement arbitraire, les choix de deux adultes a priori (mais je ne les connais pas) aimants et normalement constitués ?

Je rappelle qu’il n’est pas nécessaire de porter un prénom mixte pour être chambré dans la cour de récrée. Quelques mauvais jeux de mots ou rimes indélicates suffisent pour qu’un prénom tout à fait « traditionnel » se transforme en tare absolue.

J’ai appelé mon fils Ezra. Et si on avait eu une fille, on l’aurait appelée Ali. J’aime les prénoms mixtes. Pas parce qu’ils portent à confusion, pas parce qu’ils brouillent les pistes. Je ne sais d’ailleurs pas vous expliquer concrètement pourquoi. Ce sont des prénoms qui donnent de la personnalité à ceux qui les portent, je crois. Ca dessine tout de suite un personnage, ça suscite une interrogation, une curiosité. Je ne suis d’ailleurs pas la seule à aimer ces prénoms-là si j’en crois la jolie mode des Lou. Ezra a toujours été un prénom masculin pour moi mais à la maternité, les sage-femme, aide-soignante, pédiatre qui entraient dans ma chambre me demandaient comment « elle » allait aujourd’hui, la petite Ezra ? Quand j’ai annoncé sa naissance sur Facebook, sans préciser le sexe de mon bébé, plusieurs personnes m’ont félicitée pour l’arrivée de « ma fille ». J’en ai déduit que le prénom était mixte à grosse tendance féminine. J’ai appris que Esra était un prénom féminin plutôt fréquent en Turquie. Je n’ose pas imaginer qu’un inconnu, peu importe sa fonction, vienne m’expliquer que je doive changer le prénom de mon enfant, parce que cette tendance féminine pourrait lui porter préjudice.

Liam n’est pas sur une liste de prénoms interdits qu’on pourrait consulter au préalable. Il n’en existe a priori pas en France. Stéphanie Rapoport, auteure de L’Officiel des prénoms, expliquait en 2015 à L’Express que le curseur entre un prénom original et un prénom importable est « une donnée complètement subjective ». Certains prénoms absurdes passent sans problème et d’autres pourtant pas si fous bloquent. Fraise, par exemple, a été refusé en France alors que des Cerise, Prune, Mirabelle et Pomme existent. Qu’on m’explique… À la fin des années 70, ma belle-mère a été contrainte d’ajouter un deuxième prénom à celui qu’elle avait choisi pour son fils (mon mari donc). L’officier de l’état civil refusait d’enregistrer le prénom demandé sous prétexte qu’il était « trop court »: trois lettres, Dan. Il a donc un deuxième prénom absurde, décidé sur un coup de tête, sous la pression. On en rigole mais quand on y pense…

Quelqu’un donc, de mal luné, peu audacieux, ou les deux, prend une décision radicale, sans aucune base concrète si ce n’est sa propre opinion, sur un prénom choisi avec amour. Ce prénom qu’on a choisi, aimé avant même de voir à qui il appartenait, qu’on a répété dans notre tête, avec le nom de famille « pour voir » ou sans, qu’on a fait claquer sur la langue, fait deviner aux proches, écrit sur le coin d’une feuille dans un agenda, pensifs. Quand mon fils est né, c’était Ezra, c’est comme ça : son prénom m’a accompagnée toute ma grossesse, je n’ose imaginer le bouleversement et la colère que j’aurais ressentis si on m’avait forcée à lui en donner un autre plus de trois mois après sa naissance.

Je comprends qu’on soit bien obligé de fixer un cadre, qu’on refuse les Merdive, Alkapone, Boghosse, Djémission (je n’invente rien, il y a vraiment des parents qui ont essayé de prénommer leurs enfants comme ça) ou les Vagina et Clitorine, deux prénoms interdits en Belgique en 2009. Aux Etats-Unis, des parents ont perdu la garde de leur enfant pour l’avoir appelé Adolf Hilter. Ce sont des cas extrêmes. On parle ici d’une petite Liam. On aime, on n’aime pas, c’est un débat mais ce n’est pas la question. Ca n’a rien d’humiliant, c’est un prénom mixte à tendance masculine, mais je connais une Louison fille alors que c’était un prénom masculin au départ et je connais un Lou alors que c’est plutôt donné à des filles « normalement ». So what ?

C’est déjà assez compliqué comme ça de se mettre d’accord sur un prénom à deux, d’en trouver un qui nous plaît vraiment et qui plaît autant à l’autre, de supporter les avis que certains proches ne manquent jamais d’avoir, sans voir la justice s’en mêler. On nous réduit nos libertés sous prétexte que c’est « pour notre bien » ou pour celui de notre enfant mais pourrait-on nous laisser décider de ce qui est bon pour eux et pour nous tant que ça reste bienveillant et que ça n’offense personne ? C’est ma prière païenne du week-end, amen.

(9 commentaires)

  1. C’est une affaire totalement absurde à mes yeux, parce que, dans ce cas bien précis, Liam n’a rien de particulier, faut arrêter. Tu le dis très bien dans ton article, les histoires de prénoms et de législation sont basés sur des idées totalement irrationnelles (Clémentine OK, Amandine OK, Mandarine OUT. Violette OK Capucine OK, Tulipe OUT). Et puis, c’est pas comme si les tribunaux étaient surchargés, hein, ils ont que ça à faire 🙂

  2. Zoey se serait appelée Camille si c’était un garçon et j’adore Sacha pour une fille et plein d’autres prénoms mixtes mais pour le sexe auquel il est le moins donné ! Autant dire que rien ne me choque dans Liam, quelle idée de bloquer un si joli prénom et quel choc pour les parents qui ont annoncé a tout le monde que Liam était arrivée !!!

  3. Je suis totalement outrée par cette affaire, mais malheureusement pas étonnée…on voit là comment le pouvoir peut s’allier à la bêtise quand le but est de l’exercer pour l’exercer…sans aucune souplesse, ouverture d’esprit, mesure, mise en perspective…

  4. Non mais n’importe quoi !! Je n’ai pas entendu cette histoire, mais à la place des parents je serai tellement hors de moi !! J’ai connu une fille qui s’appelait Gregory. Et des prénoms « originaux » vraiment pas terribles il y en a tellement ! Je ne vois pas le préjudice et surtout, de quoi je me mèle !!
    Alala, j’espère que les parents obtiendront gain de cause et que les abrutis des tribunaux and co. seront recadrés !!

    1. Ah Gregory c’est le nom de mon frère je ne m’étais pas du tout dit que ça pouvait être mixte, tiens… Mais c’est vraiment ça: mais de quoi je me mele non mais. 🙂

  5. DU grand n’importe quoi. Le sujet m’intéresse vu que je rentre dans la ronde pour choisir le prénom du futur Mini Doudou (fille ou garçon, il/elle n’a pas voulu se dévoiler). Ce que je trouve dingue dans cette histoire c’est que j’ai des amiEs qui s’appellent LIAM ! C’est dingue qu’une simple personne peut remettre en question des heures et des heures de réflexion …

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