Mère mais pas que

Oui, j’ai « de la chance » mais en fait pas vraiment: je vous explique pourquoi

« T’as de la chance ! » En buvant mon chocolat chaud du Starbucks dans un rayon de soleil ce dimanche matin, vêtue d’une robe légère en plein mois de février et regardant mon fiston se faire des copains en haut du toboggan, difficile de ne pas être d’accord avec cette phrase qu’on me jette régulièrement à la figure et qui est souvent teintée d’une petite pointe d’envie. C’est vrai qu’en faisant le bilan de ces quelques dernières années, je n’ai pas à me plaindre. (Ce qui ne m’empêche pourtant pas de le faire souvent, hem hem…)

Résumé express. J’ai décroché le boulot de mes rêves à 18 ans. J’ai démissionné cinq ans plus tard sans aucune autre perspective à part celle de me sentir mieux. On peut aimer son travail mais pas l’environnement qui va avec… J’ai été embauchée trois mois plus tard dans l’entreprise dans laquelle je suis depuis dix ans déjà. Et mon job de journaliste me permet, notamment, de voyager. Ce dont je ne me prive pas. Je suis installée en Californie depuis plusieurs mois, dans le cadre de mon job. Mon mari et mon fils font évidemment partie du voyage. Partir sans eux n’était pas une option. C’est vrai : pendant que Bruxelles et Paris luttent contre le froid, je passe l’hiver en short. Est-ce que j’ai eu de la chance ou est-ce que j’ai simplement su la saisir ? La nuance semble minime mais c’est finalement toute la question. Est-ce que la chance ne serait pas plutôt qu’un hasard bienheureux une façon de voir la vie ? Loin de moi l’idée de donner des leçons. Mais certaines lectures, certaines phrases ont souvent résonné en moi et m’ont permis de faire le pas en avant dont j’avais besoin. Si je peux avoir ce rôle auprès d’une petite poignée d’entre vous, j’en serais honorée.

Des opportunités d’améliorer notre vie ou même d’en changer, on en a tous. Encore faut-il être capable de les repérer et ensuite d’accepter la peur inhérente que bousculer son quotidien implique. La chance va forcément de pair avec la prise de risque. Exemples concrets ? J’ai décroché le boulot de mes rêves jeune mais j’ai dû arrêter mes études pour signer mon contrat. Je voyage beaucoup mais j’accepte du coup de quitter mon fils plusieurs jours d’affilée avec toute l’inquiétude que ça implique. Je monte dans l’avion l’estomac noué à chaque fois mais je me console en sachant qu’il est entre les bonnes mains de son papa. (Et je lui rapporte systématiquement un jouet, un souvenir, un livre, histoire de faire passer le manque et la culpabilité.) Je passe l’hiver au soleil mais mon mari a quitté son job pour que je puisse aller jusqu’au bout de mon projet professionnel. Le projet pro s’est alors transformé en objectif familial, en opportunité de vivre une année intense avec notre petit garçon et mon homme a accepté, en plus de perdre sa paie et une place confortable, de prendre le rôle parfois ingrat de père au foyer.

Alors oui, on est heureux. Et non, on n’est pas vraiment gêné de le dire. On n’a pas l’impression d’avoir « juste » eu de la chance. On s’en est donné les moyens : on a quitté un quotidien douillet et bien réglé, on a accepté de réduire notre train de vie, de nous éloigner de nos proches à une période où on aurait pourtant bien eu besoin d’eux pour souffler un peu (au moment du départ, Ezra avait 18 mois et c’est assez accaparant, un enfant, à cet âge). Evidemment, parfois je pense au prêt que la banque nous accordera plus difficilement qu’avant au retour ou à tous les copains qu’Ezra aurait déjà pu se faire s’il fréquentait un milieu d’accueil. Mais je n’ai jamais rien regretté, je préfère être heureuse maintenant que de paniquer pour l’année 2028.

Les gens chanceux créent des environnements favorables pour que les choses aboutissent. – Monster

Il faut l’accepter, c’est comme ça : on ne peut pas espérer que ça nous tombe tout cuit dans la bouche. Comme le dit si bien This is Us, la série qui me fait verser des torrents de larmes ces dernières semaines, « parfois, la vie se résume à prendre les citrons les plus amers et à en faire quelque chose qui ressemble à de la limonade. » En gros, rien n’est jamais facile mais libre à nous de faire ce qui nous plaît de notre quotidien, de transformer les difficultés en apprentissages positifs, de voir le verre à moitié plein au lieu de le voir à moitié vide. Pour notre propre bien-être. Parce que personne ne peut prendre aussi bien soin de nous que nous-mêmes. Même pas celui ou celle qui partage notre vie et nous aime telle que l’on est, avec toutes nos aspérités. Saisir sa chance, c’est loin d’être évident : c’est souvent dire adieu à des choses, des habitudes qui, certes, ne nous conviennent pas mais qui sont malgré tout rassurantes puisqu’elles sont là depuis longtemps. Pas simple de sortir d’un chemin tout tracé…

La raison nous enfoncera toujours un peu plus les pieds dans le béton : avec elle, on pense surtout à tout ce qu’on va perdre au lieu de voir tout ce qu’on pourrait gagner. C’est elle qui remet les nécessités matérielles perpétuellement sur le tapis. Quitter un job pour un autre, un CDI pour un statut de freelance, un amoureux avec lequel on a acheté la jolie maison de nos rêves de petite fille et qu’on est incapable de payer seule… Le besoin d’argent ou plutôt la peur d’en manquer paralyse souvent. Evidemment, il ne faut pas faire n’importe quoi mais que ça ne serve pas d’excuse pour ne jamais se donner les moyens de saisir cette fameuse chance, cette proposition, cette opportunité qui nous fait face.

Alors on s’organise, on calcule et on accepte de faire des compromis. On se rappelle qu’on n’a rien sans rien et que le but est d’être heureux. Parce que c’est ça la chance. C’est avoir la niak le matin, prendre des choses qui semblent graves mais ne le sont pas tant que ça avec légèreté, réaliser quelques rêves et s’en inventer de nouveaux constamment. Parce que je crois profondément que ce n’est pas notre « chance » que les gens envient mais notre capacité à avoir su faire des choix qui nous convenaient profondément au moment où on en avait besoin. Je précise que nos choix ne sont pas « meilleurs » que d’autres : chacun doit faire les siens selon ses rêves, ses envies, ses besoins. Pas besoin de se fixer un objectif lointain, un Everest à gravir. L’idée est de s’écouter un peu plus et de se faire bouffer un peu moins par les avis des aigris et la négativité des réseaux sociaux peuplés de gens qui ne sont justement jamais arrivés à saisir leur chance de rendre leur vie un peu plus heureuse.

Perso, je pense que j’ai un truc inné, qui me facilite un peu la vie : quand je me sens à l’étroit, mon instinct me pousse à tout envoyer valser et à faire autrement. Je me doute que c’est plus compliqué pour les timides, ceux à qui on a répété inlassablement qu’il fallait tout miser sur la sécurité, qu’elle soit de l’emploi ou d’une relation. Rappelez-vous que rien n’est immuable et que si vous vous vautrez, vous avez les ressources en vous pour trouver une nouvelle voie. En rédigeant ce post, je suis tombée par hasard sur un article de Monster pas très récent mais pertinent au sujet de la recherche d’emploi – mais je crois que c’est valable pour tous les autres domaines de la vie – et qui déclare que « savoir saisir sa chance est une compétence ». Comprenez : c’est quelque chose qui s’acquiert, se travaille et se perfectionne. C’est plutôt une bonne nouvelle, non ? Ca veut dire qu’on part tous sur un pied d’égalité : qu’importe nos rêves, notre vie actuelle, notre passé, on a tous à un moment ou à un autre « de la chance ». Reste à apprendre à la repérer, à l’empoigner, à en profiter et à ne plus la lâcher. En ce lundi matin difficile – quel lundi matin ne l’est pas? – je vous laisse méditer la question… (Et écouter Jean-Jacques Goldman qui a dit les choses bien mieux que moi en 1987 déjà…)

(11 commentaires)

  1. Un feel good poste dès le matin, ça me booste à fond pour ma semaine ! Je te remercie, tu me confortes dans la grosse prise de décision que je suis en train de prendre, je demande aujourd’hui ma rupture conventionnelle ! Une partie de moi est terrée de peur et l’autre danse sur la table du salon, faut juste que je renoue avec les 2 pour trouver un compromis et préparer l’après en dansant mais sans avoir peur ! Merci à toi ❤

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  2. Bien dit ! Je crois également que la chance se provoque et résulte de choix que l’on fait. J’ai vécu au Canada et on me disait « tu as de la chance », oui mais je l’avais provoquée en cherchant un stage là-bas pendant des semaines et ça a débouché sur un emploi. Maintenant je suis en France, je travaille à mon compte, ce qui me permet d’avoir beaucoup de flexibilité, on me dit que j’ai de la chance d’aller chercher ma fille à 15h45 à l’école tous les jours, oui mais je travaille aussi très tard le soir quand les enfants sont couchés et je prends le risque d’avoir un revenu parfois aléatoire. Il n’y a pas de meilleure façon de vivre, chacune a ses avantages et ses inconvénients. Et si les inconvénients priment, il faut tout mettre en œuvre pour changer…

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  3. Je pense comme toi que les gens se mettent des barrières en n’osant saisir leur chance lorsqu’elle se présente à eux. Chacun se trouve des excuses pour ne pas faire ci, ne pas faire ça tout en regardant avec admiration ceux à qui la chance sourit. Ce n’est qu’un mirage car ces derniers se sont juste donnés les moyens de vivre leurs rêves, souvent au prix de gros efforts et de sacrifices certes mais leur succès leur appartient dans sa totalité.

    Cécilia

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  4. Ça me parle tellement ! « Oh tu as de la chance d’habiter à London », « oh chanceuse, tu t’installes à Montréal »… Plus qu’une question de chance, c’est une question de volonté et d’essayer pour ne pas regretter…

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