Enfant, etc

La question que tous les parents devraient se poser un jour

C’est une question qu’on devrait tous se poser un jour, ou mieux, qu’on devrait se poser régulièrement, pour profiter un peu mieux de nos enfants, malgré des journées de travail difficiles ou des épreuves de la vie quotidienne qui semblent insurmontables. En fait, il suffirait simplement de regarder nos gamins vivre et de prendre exemple…

Ce jour-là, tu avais les mains sales et du chocolat qui ourlait ta lèvre supérieure. On voyait que tu avais tenté de te lécher les babines, comme un petit animal affamé ou gourmand, mais que tu avais renoncé en cours de route, l’attention soudainement portée ailleurs.

Tu avais un short jaune qui découvrait tes genoux écorchés. Ta jolie peau toute douce toute rose commençait à être marquée par tes chutes, tes empressements. Je te voyais souvent trébucher et te rattraper juste avant de manger le goudron, avec une lueur de fierté dans le regard qui disait que cette fois, tes réflexes avaient été plus affutés que tes pieds. Je craignais que tu manques d’équilibre. Je me suis rappelée que c’est justement à force de tomber qu’on sait comment se relever et par la force des choses, qu’on apprend à mieux marcher. Je t’ai entendu arriver en courant, m’appelant de ta voix encore haut perchée. Un sourire jusqu’aux oreilles, la main tendue, tu venais m’apporter ton trésor: un citron jaune et dodu que tu nommais caillou. J’ai ri, tu as pris ça pour une invitation à m’en apporter un deuxième et tu es reparti aussi vite.

Je te vois profiter de la vie dans une urgence absolue. Tu bondis dans ton lit quand j’ouvre la porte de ta chambre, tu lèves les bras en criant quand je te propose une glace ou des spaghettis, tu applaudis quand ta petite voiture dévale ton circuit, tu mets ton doigt sur mes lèvres maquillées en t’exclamant que c’est beau et j’ai des bleus plein les jambes tant tu t’y jettes brutalement pour réclamer un câlin. Tu as l’oeil et les oreilles partout. Des cris stridents plein la gorge que tu lâches en descendant le toboggan, en sautant dans la piscine, en courant après les oiseaux. Tout est un joyeux prétexte pour assouvir ta curiosité. Tout est intense, tout a un goût de première fois.

A quel moment arrête-t-on de faire preuve d’autant d’enthousiasme? A quel moment arrête-t-on de courir pour les bonnes raisons, pour ramasser un citron, cueillir une fleur ou regarder passer les avions? A quel moment se laisse-t-on rattraper par des impératifs imbéciles que nous impose la vie d’adulte? Par des détails qui pourrissent le quotidien? A quel moment se dit-on qu’être à l’heure pour exercer un job qui ne nous plaît qu’à moitié est l’ultime chose à respecter dans notre journée? A quel moment se retrouve-t-on entouré de gens qu’on ne comprend plus vraiment, qui ne nous ont jamais compris, mais bon, ils sont là et c’est comme ça? A quel moment le « j’aimerais » a été remplacé par ‘je devrais’ dans nos phrases? A quel moment arrête-t-on d’être touchés par les petits miracles de la vie?

On se croit invicible, imbattable, épargné. On imagine que le pire n’arrive qu’aux autres. C’est bateau, c’est cliché, ça a été dit avant ces quelques lignes, ça le sera encore bien après mais pourquoi doit-on attendre la tuile pour se rendre compte que la vie est courte et précieuse? Et que même si elle n’est pas toujours parfaite, il serait de bon ton d’en faire quelque chose de bien, parce que c’est la nôtre et qu’on en a qu’une.

Je te regarde accroupi dans tes dix centimètres d’eau, nu comme un ver, un gobelet en plastique sous le robinet ouvert, concentré comme jamais sur ce que tu es en train de vivre. Plus rien d’autre ne compte que ce filet d’eau tiède qui dégouline sur tes mains et la joie immense que tu en tires. Je te regarde t’émerveiller en silence. Tu as à peine deux ans et tu as tout compris.

(12 commentaires)

  1. Très joli, et bien vrai. J’essaie de prendre le temps de voir un peu la magie dans le quotidien – ça remplace pas des heures à batifoler dans l’eau mais c’est déjà ça ;o)

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  2. Je me dis tellement la même chose. L’enthousiasme est une denrée bien précieuse!
    Je crois qu’il y a plusieurs raisons à notre perte d’enthousiasme. Grossièrement, je dirais:
    – notre cerveau cherche constamment la sécurité et le « repos », donc il ne peut pas constamment être en ébullition dans un monde d’adulte qui va déjà à 100 à l’heure, et, surtout il s’habitue à ce monde qu’il a apprivoisé.
    – la société nous dresse et l’école nous mate complètement. L’enthousiasme naturel des enfant s’éteint en grandissant parce que tout le monde lui demande d’être calme, obéissant, et il doit rentrer dans les cases pour être comme tout le monde.
    Je pourrais développer longtemps, je trouve le sujet hyper intéressant mais je dois y aller, mon fils me demande de lui ouvrir sa boîte à perles!

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  3. Il faudrait effectivement réussir à sortir de ce quotidien pour profiter de chaque instant ! Toujours penser à ces belles petites choses pour nous égayer et voir où sont les valeurs importantes dans la vie !

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  4. Très joli texte et je me suis déjà fait cette réflexion ! A quel moment perd-on son âme d’enfant, et est-il possible de la préserver ? J’ai du mal à y croire mais c’est en tout cas ce que j’aimerai enseigner à mes enfants, de réussir à garder cette capacité d’émerveillement devant les choses les plus simples !

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