Mère mais pas que

Il y a trois ans, on se mariait: de l’art de ne rien faire comme personne…

Il y a trois ans, on se mariait. Ce n’était pas mon rêve absolu de petite fille. Sans pour autant absolument « faire différent », je ne voulais même pas me marier en blanc. Je déteste les conventions, les fêtes trop organisées, les obligations d’être heureux à date fixe. Une soirée n’est jamais aussi bonne que lorsqu’elle part en vrille ou qu’elle n’était pas prévue. Il m’a demandé en mariage un lundi midi dans un resto bruxellois sans prétention qu’on affectionnait particulièrement les lendemains de veille pour son service ininterrompu. A l’époque où on avait encore le loisir de se mettre la tête à l’envers parce qu’on ne devait pas se lever à 6h30 même le dimanche… Petit E, si tu me lis… C’était simple, inattendu, original. On a décidé tout de suite de faire pareil pour la fête proprement dite.

Hors de question de payer des milliers pour une salle de mariage impersonnelle dans laquelle la cousine de machin avait déjà célébré le sien. Hors de question de payer des milliers pour une robe trop apprêtée que je n’aurais jamais envie de remettre. Hors de question de se faire bouffer! Du coup, on a annoncé notre mariage mais on a décidé de tout organiser nous-mêmes. Ce fut la meilleure décision et probablement quelques-uns des plus jolis mois de notre vie.

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Première règle : n’inviter que les gens qu’on avait vraiment envie de voir, qu’on côtoie au quotidien et tant pis pour les promesses faites à la meilleure copine d’il y a quinze ans et les egos un peu sensibles.

Deuxième règle : tout le monde dort sur les lieux du mariage, quitte à les faire participer un peu au logement. Pas de BOB nécessaire, tout le monde peut faire la fête jusqu’au bout de la nuit, pas de crainte qu’un copain se retrouve dans le fossé à cause de l’alcool ou de la fatigue et surtout, surtout, la promesse d’un réveil comateux tous ensemble le lendemain pour débriefer de la nuit et prendre le temps de se dire au revoir calmement.

Troisième règle : interdire les enfants des copains (smiley yeux écarquillés). On avait beau être certains de notre coup, notre décision n’a pas été simple à faire accepter à certains ou plutôt certaines. On me disait que je comprendrais quand j’aurai un enfant… J’en ai un aujourd’hui et il ne faudra pas me demander ne pas le prendre au prochain mariage où je serai invitée! Boire du champagne avec Petit E dans les jambes qui pleurniche, doit faire pipi ou veut un câlin, ça me gâche un peu le goût des bulles. Il y a des moments pour tout dans la vie. On voulait une fête entre adultes, une soirée où on danse sans se préoccuper du bruit qu’on fait, une nuit où les copines devenues mères ne s’inquiètent pas pour leur progéniture. Au vu du succès de la soirée, on a clairement bien fait de se tenir à notre ligne de conduite.

Quatrième règle : la météo belge est capricieuse. Des gens qui avaient tout misé sur le beau temps en se mariant en plein mois de juillet et qui ont eu droit à une drache nationale le jour J, on en connaît plein. Autant se marier en hiver, c’est moins cher, et niveau météo, on n’avait absolument aucune attente. Preuve que la météo belge fait bien ce qu’elle veut : ce jour-là de novembre, il faisait 15 degrés et le soleil brillait dans un ciel sans nuages.

wedding endroit

On a donc trouvé un endroit au milieu des bois dans les Ardennes belges avec soixante lits, aucune obligation d’engager le traiteur, le serveur ou un service de nettoyage. On a mis dix mois à tout organiser. Tout seuls ou presque. On voulait une cérémonie solennelle mais pas religieuse, on a demandé à un ami d’officier en lui laissant une totale carte blanche. On a tenu l’endroit du mariage secret jusqu’au jour J. On a simplement demandé aux gens de réserver leur week-end et de prendre de quoi dormir.

Pour le repas, on voulait quelque chose de détendu et fluide. Si j’adore le moment du vin d’honneur dans les mariages, je suis toujours un peu dégoûtée quand vient le moment d’être placée à table. On m’a déjà séparé de mes copains à une époque où j’étais célibataire pour me mettre à une table de cœurs à prendre/boulets (peu importe la mention inutile cochée, il n’y a rien de plus déprimant) et on m’a trop souvent poussée à interrompre ma discussion avec quelqu’un de joyeux et enthousiaste pour me faire asseoir à une table où la politesse et l’intérêt forcé sont de mise. Souvent, le passage à table casse un peu l’ambiance qui commençait à prendre, les plats qui se succèdent sont tiédasses et sans grand intérêt culinaire (QUI vient vraiment pour manger à un mariage?) et la longueur du repas a tendance à m’endormir.

On a donc misé sur un cheese and wine en sélectionnant les produits avec soin dans notre quartier. Le fromager nous a fait des plateaux originaux avec fromages à la truffe ou à la rose avec différentes sortes de pains parfaitement adaptés. On a choisi les vins chez un caviste attentif et connaisseur. On a fait nos courses nous-mêmes en gros pour les boissons, on a tout amené la veille du mariage dans notre salle (à deux. C’était épuisant et épique). Au lieu du traditionnel vin d’honneur, on a fait venir un barman expert en cocktails et un foodtruck avec spécialités de croque-monsieur originaux.

Les soixante invités (puisque c’était le nombre de lits disponibles) ont reçu sur les marches de la commune un party pack fait de nos petites mains avec une fiole d’alcool, un CD avec trois chansons qu’on avait enregistrées pour passer le temps dans la voiture, un badge personnalisé, le plan de la journée (graphiste trouvé via Etsy), des petits chocolats à nos noms et une carte à gratter qui dévoilait l’adresse du gîte. La surprise était parfaite.

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Ce mariage a été la fête la plus joyeux de toute ma vie. C’était détendu et joyeusement bruyant. Tout le monde s’éparpillait dans la grande maison, des couples improbables se formaient devant le photomaton qu’on avait installé dans la salle principale, les filles ont abandonné leurs talons pour enfiler l’une des paires de baskets qu’on avait prévues pour qu’elles soient à l’aise pour danser, ma sœur s’était chargée de faire des dizaines de popcakes pour le dessert et mon frère avait construit un présentoir en bois pour les installer, la cérémonie a été touchante, drôle, hyper personnelle et a renforcé les liens déjà existants avec notre ami curé.

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On a dansé jusqu’à l’aube. Ca ne nous est d’ailleurs plus arrivé depuis. On n’a écouté que nous, on a tissé la fête de nos rêves sur mesure et en plus, ça nous a coûté deux fois moins cher qu’un mariage traditionnel. C’est bien le seul conseil que je donnerais à ceux et celles qui comptent se marier. Faites-VOUS plaisir, éclatez-VOUS, soyez sincères dans votre démarche. La tentation de rentrer dans le moule est, comme toujours, bien présente mais s’il y a bien un jour où vous pouvez vous autoriser toutes les excentricités , c’est celui-là. N’oubliez jamais non plus que l’organisation de mariage est un business. Ceux que vous engagez savent que vous êtes prêts à dépenser de l’argent pour épater la galerie et ils en profitent. Mais ce n’est pas parce que ça coûte un bras ni que c’est « ce que tout le monde fait quand il se marie » que ça vaut le coup… Personnellement, j’ai eu l’impression de me marier pour moi, pour nous. De respecter le couple qu’on était et de poser des bases solides pour l’avenir.

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Et la robe, aaaah, la robe. J’avais l’idée d’un rose poudré, j’ai très vite constaté que ça rendait mon teint encore plus blafard que d’habitude. J’ai essayé du fuchsia, du bleu, du doré… Tout sauf le blanc à la connotation virginale absurde de nos jours. Je ne voulais pas aller dans une boutique de robes de mariée mais j’ai accepté de m’y faire traîner pour essayer des robes meringues, tutus ou bustier, avec des cristaux, des brillants, des lacets. J’en ris encore. Si j’étais arrivée le 22 novembre habillée comme ça, j’en connais un qui serait parti en courant. Là encore, j’ai écouté mon cœur : ça sera du prêt-à-porter ou rien. Je me souviens de la main de ma belle-sœur qui passe dans la cabine chez BGBG Maxazria avec une robe sur son portant. BLANCHE ! J’ai levé les yeux au ciel, elle m’a juste dit : tais-toi et essaie. Le silence s’est fait quand je suis sortie. Tout le monde était d’accord : c’était celle-là. Je l’ai portée avec une veste en jeans de chez Levi’s et des chaussures hors de prix de chez Jimmy Choo parce que ça, même si elles sont excentriques, on peut les reporter. Dans mes cheveux, un headband commandé aux Etats-Unis via Etsy. Je l’adore de tout mon cœur, je pourrais le porter tous les jours mais je me contente de le regarder avec amour dans sa petite boîte capitonnée.

En fait, de cette journée dingue, je n’ai qu’un seul regret : on a demandé à nos amis aux talents de photographe d’immortaliser la journée et la soirée. Les photos sont super. Mais j’ai complètement oublié de demander qu’on me photographie des pieds à la tête avec mon nouveau mari. On n’a pas une seule photo de nous en train de poser pour la postérité. On devra se contenter de s’en souvenir très fort…

mariage de dos

 

(3 commentaires)

    1. Le truc le plus compliqué finalement dans cette histoire, c’était le transport. Je me souviens que je suivais mon homme en voiture tandis qu’il était en camionnette avec les plateaux de fromages et les boissons. Un coup de frein trop sec a envoyé un bac de bières sur l’un des plateaux: celui sur lequel il y avait une sorte de tour de fromage, je ne me souviens plus de son nom, mais il avait de la gueule. La tour était devenue une galette. J’en ris encore. Même à plat, c’était bon quand même…

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  1. Super sympa de découvrir ce récit d’un beau jour sans chichi dans ma belle région …. et l’idée du party pack est juste trop chouette 🙂 bonne continuation

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