Mère mais pas que

Voilà à quoi doivent vraiment servir nos vacances et nos week-ends

Tu te dis à chaque fois que tu vas partir légère mais à l’heure de faire tes valises, t’as toujours peur de manquer. Tu rajoutes des pulls, des couches, des jouets pour le petit et ce masque de beauté que tu as acheté il y a longtemps mais jamais testé par manque de temps.  Tu ne veux pas te rater, tu veux être parée à toutes les éventualités, toutes les météos et toutes les humeurs. Tu pars les mains chargées, le coffre plein et les épaules crispées. Elles se détendent un peu plus à chaque kilomètre de bitume avalé. Ca fait des semaines que tu l’attends, tu as dû batailler ferme pour l’imposer, ne rien lâcher, la mériter. La dernière case du calendrier a été rayée, tu es enfin prête à en profiter.

Tu ne sais pas très bien ce que ça veut dire. Dans tes rêves, tu associes le mot à un réveil paisible, à des orteils nus sur un plancher ciré, au soleil franc qui traverse les rideaux et qui indique que l’heure du petit-dej est passée depuis longtemps. Dans ta réalité, il ne fait pas encore jour quand tu souffles sur ton thé brûlant, appuyée au plan de travail de ta cuisine éphémère. Tu sais que les premières lueurs réveilleront les enfants, qui chuchoteront trop fort dans leur lit superposé, faisant croire qu’ils ne veulent pas être entendus mais n’espérant qu’un signe pour quitter leur couette et dévaler les escaliers. Profiter désormais c’est savourer le silence d’une maison prête à sortir de sa torpeur nocturne. Avant les draps qui se froissent, les chasses d’eau qu’on tire, les robinets qu’on ouvre, les cris et les rires.

Comme chaque année, tu es partie le coeur gonflé d’espoirs absurdes. Tu voulais te réinventer, accepter tes cheveux bouclés et arrêter de consulter tes mails. D’abord, tu as fait illusion: tu les as attachés et tu as lu ton courrier discrètement. Et puis, t’as bu du vin en refaisant ton monde, tu t’es promis d’arrêter de te faire bouffer, de prendre le temps aussi à la rentrée et de s’émerveiller en permanence de tout ce que, si petits, ils savent déjà faire. Il t’a fallu quelques jours pour t’acclimater et changer de rythme. Tu t’es mise à te réveiller sans jeter un oeil sur l’écran de ton smartphone. Certains jours, les clés de la voiture sont même restées au fond de ton sac. Tu as oublié les embouteillages, le souffle court dans l’habitacle.

Tu as ouvert les yeux un peu plus, tu t’es intéressée un peu mieux: tu as vu les petites choses de la vie quotidienne autrement. Tu as savouré l’odeur du pain frais, tu as souri devant une moustache en chocolat que d’habitude tu essuies au plus vite. Tu as aimé les bousculades, leur énergie, leur impatience, tout ce qui fait normalement tourner les matins moins ronds. Tu n’as pas dû jouer le gendarme, tu as laissé le désordre s’installer et au lieu de ranger, tu as reniflé des petits cous et des cheveux en bataille.

Tu as remis ta main dans la sienne dans la rue et tes pieds sur ses genoux dans le fauteuil. Vous avez oublié le planning, les horaires, les obligations. Et c’était bon.

T’étais partie les mains pleines, tu reviens le coeur gros. Dans les valises, les vêtements sont chiffonnés mais t’as pas la mis la moitié. Tu t’encombres pour rien, en vacances et au quotidien.

On nous vend les vacances comme un break salutaire, destiné à nous relancer plein pot dans une vie minutée, organisée, régulée par des horaires de crèche, d’école, d’entreprise. Et si on s’en servait justement pour redessiner nos journées et être un peu plus heureux tout le temps, afin de ne pas attendre désespérement ces congés toujours trop lointains? Et si on apprenait à ralentir, à respirer, à laisser tomber les corvées, et les fausses obligations que la société nous impose? A dire un peu souvent ce qu’on ne veut pas au lieu de subir et à faire un peu plus ce qu’on veut au lieu de mettre nos besoins et nos rêves de côté. Réjouissez-vous du bazar à la maison qui témoigne de la joie qu’ont les enfants à être chez eux, laissez tomber un peu plus la voiture pour marcher main dans la main sur le trottoir et acceptez d’être en retard de temps en temps sans en faire une maladie. On s’imagine indispensable, on nous fait même parfois croire qu’on l’est, rien n’est moins vrai dans le milieu pro. Mais vos enfants n’ont qu’une maman. Arrêtez de courir pour les regarder grandir, ne réservez pas ça qu’aux vacances ou aux week-ends: ces minutes d’innocence ne se rattrapent jamais.

Comme le dit si bien l’un des derniers épisodes de Grey’s Anatomy, par la voix de Miranda Bailey (on a les références qu’on peut!): « Il ne s’agit pas de savoir si vous passez votre vie dans une salle de réunion, dans votre chambre à coucher ou sur une plage avec un Mai Tai à Maui. Quand vous regardez en arrière dans votre vie, la seule chose qui compte est: l’avez-vous passée à faire ce que vous aimez? Avec les gens que vous aimez? Etiez-vous heureux? Avez-vous profité de cette vie belle, terrifiante et foireuse? Avez-vous laissé tomber toutes ces choses qui vous retenaient d’avancer? Donc pouvez-vous vous raccrocher à ce qui compte le plus? »

Bonne reprise aux mamans belges qui viennent de passer une semaine de congé en famille. Et petite note générale: le raisonnement s’applique aussi aux samedi et dimanche hebdomadaires qui sont des occasions de profiter de nos marmots entre deux semaines effrénées. Apprenons à prolonger nos week-ends par mille petits détails quotidiens et un lâcher prise général. Tout le monde en sortira plus heureux, vous la première, c’est promis!

(4 commentaires)

  1. Sage leçon! Pas toujours facile à appliquer toutefois tant le tourbillon de la routine nous entraîne…Mais j’essaie toujours de chercher les petits bonheurs de vie du quotidien plutôt que d’attendre sans cesse un grand bonheur hypothétique…

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  2. C’est génial car j’ai aussi regardé Grey’s Anatomy et la citation de Bailey m’a fait bien réfléchir également. Je suis actuellement en vacances pour deux semaines avec ma fille de 16 mois.On ne bouge pas particulièrement, on reste chez nous mais j’ai prévu pleins de choses : peinture, dessin, nouveau jeux et jouets, sorties à la piscine, au parc, etc. Elle adore et je profite de chaque moment à 100% avec elle, chacun de ses sourires me fait craquer. Alors oui il y a des moments où elle peut être pénible, où j’aimerai faire une grasse mat’, etc, mais putain que c’est bon d’être maman, c’est un sentiment que j’aime tant. J’avais adoré nos vacances l’été dernier avec elle et la papa, elle avait tellement évolué en deux semaines, j’ai hâte de repartir avec cette coquinette qui nous fera surement encore rire, qui nous étonnera tout les jours, etc. Il faut profiter des ces moments au maximum, et surtout il faut se créer des moments le plus souvent possible ❤

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    1. Profite! C’est vrai que c’est parfois long les vacances avec eux aussi.. Mais la joie de les voir s’épanouir à nos côtés dépasse tout! 🙂 J’ai passé un dimanche formidable avec Ezra, on est lundi matin en Californie où je vis pour le moment. Ca me rend trop triste, c’était trop chouette. ❤

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