Enfant, etc

Le resto avant/après un enfant: tout ce que ça change et mes conseils de survie

Pour les pieds de chaises qui grincent au sol, les couverts qui cognent les bords d’assiettes, la lumière tamisée qui éclaire une table en bois patinée à la cire et fait briller nos yeux. Pour l’ambiance qui appelle aux rires ou aux confidences, à la détente et à la célébration. Pour la découverte, l’extase gastronomique ou le plat qui rappelle l’enfance. Parce que la bouffe est un plaisir, que ça te renvoie aux choses simples de la vie: j’adore aller au resto qu’il soit chic ou décontracté. Je ne suis jamais aussi heureuse que devant un bon verre de vin et un plat de pâtes au milieu d’inconnus affamés et bruyants. J’ai donc continué à y aller pendant mon congé de maternité et c’était le pied. J’avais engendré un bébé paisible, qui ronflait sur les banquettes bras en l’air et petits poings fermés ou dans son maxi-cosy au pied de la table. J’ai tout osé parce qu’il me le permettait et j’ai parfois eu un peu honte du qu’en dira-t-on mais j’étais mère, j’avais faim et j’avais décidé de m’en foutre.

Tout a basculé le 25 octobre 2016 dans un resto étoilé bruxellois (photo du crime sous ce post). Je ne sais même plus vous dire combien de plats il y a eus, ni ce qu’on a mangé. Ezra, 10 mois, a pris conscience de sa toute puissance et de sa capacité à mettre l’ambiance. C’était interminable et gênant au point que le serveur, pas débordé ce midi-là, nous a proposé de l’emmener en poussette dans le potager de l’établissement. Je me suis entendue répéter une phrase que je déteste dire parce que personne n’y croit : « Je ne comprends pas, d’habitude, il n’est pas comme ça », et j’ai donc laissé mon fils entre les mains d’un homme que je ne connaissais pas et quelques légumes verts bien alignés dans la terre pour finir mon dessert. Depuis, on mange autant que faire se peut en famille à la maison ou chez les copains et quand on sort, on prend une babysit’ sans même se consulter sur la question. Le resto avant et après un enfant, c’est quand même une toute autre histoire…

Avant

Quand tu mangeais un steak, tu utilisais le couteau adéquat.

Après

Quand il est bébé, tu le portes en écharpe et ça te limite dans tes mouvements. Tu ne coupes plus ta viande de peur de déraper et de lui enfoncer la lame dans le dos. A choisir, d’ailleurs, tu prends une salade, c’est moins risqué. Il a grandi ? Cette fois, les couteaux sont cachés sous une serviette pour éviter qu’il se/me/te plante la pointe dans la cuisse. A moins que ça soit pour éviter que quelqu’un le prenne pour cible parce qu’il pleurniche depuis l’entrée ?

Avant

Tu avais une conversation. C’était l’occasion de se poser, de parler vrai, d’envisager les projets à venir, de rire, de régler des comptes, de s’écouter.

Après

C’est pas qu’on ne veut pas échanger, c’est qu’on ne s’entend plus. Tu t’interromps tous les trois mots pour ramasser une cuillère, en demander une nouvelle, essuyer une bouche ou l’eau renversée sur la table et dire de faire moins de bruit. On causera une fois rentrés. Ou bien jamais, parce qu’on sera trop fatigués.

Avant

Tu avais tes préférences pour la petite table du fond, si intime, celle où on sait à peine se faufiler pour glisser sur la banquette.

Après

La table du fond, oublie : il faut de la place pour la poussette. Et pour la chaise haute. D’ailleurs, est-ce qu’il y a une chaise haute de libre ? Non, pas celle près de la porte non plus, ça fait courant d’air et il y en a un qui risquerait de fuguer pendant le repas. Celle du milieu ? C’est que les tables à-côté sont proches, non ? C’est pas que ça me dérange, c’est que j’ai peur de déranger.

Avant

On choisissait le resto en fonction de sa carte et de sa cote de hype. On aimait les endroits où il était bon d’être vus pour avoir un avis à donner pile au moment où tout le monde en parlait.

Après

Le resto offre des crayons de couleur ? C’est le grand gagnant par KO. Ce qu’il y a au menu ? J’en sais rien et d’ailleurs, soyons honnête : depuis que j’ai un enfant en âge de s’asseoir à table au resto, je ne mange plus, ou froid, parce que je suis concentrée sur ce que lui ingère, sur comment il l’ingère et sur ce qu’on va bien pouvoir faire de lui une fois qu’il aura décidé qu’il n’a plus faim.

Avant

On prenait l’apéro en se regardant dans le blanc des yeux, accoudés au bar. On s’offrait régulièrement le triptyque entrée-plat-dessert. On avait du temps. On avait de l’argent.

Après

On se convainc qu’on n’a pas super faim, on prendra juste le plat et le dessert avec deux cuillères. En vrai, on a surtout besoin de cash pour payer la baby-sitter et on a promis qu’on serait rentrés vers 23 heures.

Mes conseils (en toute humilité, ça ne vous empêchera pas forcément la grosse gêne pour cause d’enfant excité)

On est bien d’accord, il y a un temps pour tout dans la vie. A deux ans, Ezra se moque d’aller au resto et il a bien raison : il se fait servir à tous les repas par maman et papa, pourquoi faire la même chose dans un endroit où il ne peut pas courir partout ? Mais parfois, on n’a pas le choix. Sur la route des vacances, parce que papy part à la retraite ou parce que vous n’avez pas envie, encore une fois, de refuser une invitation, voici mes trucs pour « survivre » à table, avec un enfant turbulent.

  • Je lui prévois à manger. Un truc qu’il aime bien. Ca évite à tout le monde de l’entendre râler parce qu’il a faim et de devenir dingue parce que les plats n’arrivent pas. De toute façon, on sait tous que les enfants se transforment subitement en poules au resto : même si vous leur commandez un plat dédié, ils se contenteront de picorer. Donc mange mon petit et pique moi des frites ensuite.
  • L’Ipad est ton meilleur ami, ton arme secrète, même si j’ai toujours honte de l’avouer. Parfois, je le confesse, je bénis l’existence des écrans. On ne compte pas sur le wifi du resto : on télécharge avant de partir quelques dessins animés sympas sur Netflix pour pouvoir les regarder hors connexion. Perso, ça nous laisse généralement vingt minutes de tranquillité. Plus, faut quand même pas trop rêver…
  • Achetez un nouveau livre, prenez des jouets dont il a oublié l’existence (et ils oublient vite, c’est ça qui est bien) : c’est une bonne façon de le distraire et de l’amuser.
  • Ne renoncez pas d’emblée. Si vous êtes mal à l’aise d’avance parce que votre enfant est difficilement tenable dans un endroit exigu, proposez un brunch dans un établissement adapté. A Bruxelles, par exemple, j’adore le Chicago Café pour son espace jeux central et l’immense jardin de La Fabrique en ville. L’avantage du brunch, c’est que chacun se sert quand il veut au buffet et qu’on y est assez tôt pour que nos enfants soient encore en forme mais qu’on part juste à temps pour la sacro-sainte sieste.
  • En voyage, n’hésitez pas à faire manger le petit avant vous (vous aurez évidemment prévu son pique-nique dans la journée) et faites appel au room-service une fois qu’il dort. Le resto qui vient à vous dans votre chambre, c’est super (même si un peu cher).
restook
Le 25 octobre 2016, on a bien eu la honte. C’était le début du repas et si j’avais su, je serais partie après l’apéro…

(15 commentaires)

  1. Mais carrément! J’avais fait un article là dessus (beaucoup moins drôle) mais entre l’enfant lui même, les restaurateurs qui font les gros yeux et carrément les gens qui font des reflexions, ce n’est plus tout à fait le même plaisir…Au moins pour un temps. Mais selon moi ça ne vaut pas pour autant d’arreter de se faire plaisir, car de temps en temps ça fait quand même aussi de sacrés bons moments en famille! (reste que pour un gastro ou un étoilé…c’est clair que c’est mieux sans les enfants, hein!)

    J'aime

    1. C’est vrai. Récemment, on s’est arrêté dans un resto à ciel ouvert et il a regardé passer les motards californiens debout sur sa banquette en souriant. C’était très chouette. 🙂 Faut bien choisir le resto, c’est peut-être un conseil à rajouter!

      J'aime

  2. Comme ton article résonne en moi… J’ai une petite fille de deux ans et nous avons dû cesser les sorties au resto avec elle pendant quelques mois tellement cela devenait l’enfer. Mais ouf, nous en sommes sortis, tout du moins lorsqu’on s’en contente d’aller à la crêperie (ça tombe bien, on adore ça). Pour les restos étoilés, on n’a jamais essayé avec elle et très honnêtement, je n’en ai pas la moindre envie. Ces moments là, c’est juste pour mon mari et moi 🙂
    Si le cœur t’en dit, tu peux lire mon article annonciateur de notre retour à la vie sociale 😉
    http://www.bebe-est-arrive.com/reprendre-enfin-le-chemin-de-la-creperie/

    Bonne journée,
    Cécilia

    J'aime

    1. Oui, le resto étoilé, c’était dans le cadre d’une invitation boulot, sur un temps de midi… On a été optimiste. Mais étoilé ou non, il nous aurait fait la même misère je crois. Enfin, depuis, effectivement, ça va un peuuu mieux. Tant qu’il est occupé, qu’il y a quelque chose à voir et qu’on ne traine pas 2 heures à table, ça peut aller… Mais on préfère quand même aller dans les chouettes établissements sans lui. Autant en profiter vraiment! Bonne crêperie. Promis, j’irai lire ton post!

      J'aime

  3. Je garde précieusement tes conseils dans un coin de ma tête, ça me servira surement! On adore aller au resto, et on ne compte pas se priver malgré l’arrivée de notre fille il y 4 mois et demi. Pour l’instant nous avons fait 1 essai réel dans un rest où nous avions nos habitudes: elle a dormi tout le long du repas! bébé au top! Second essai dans un fast food, elle a été sage sur mes genoux. L’expérience de manger un énorme burger à une seule main fût par contre compliquée 😉 En grandissant je me doute bien que la tâche s’annoncera plus compliquée par contre!

    J'aime

  4. C’est moche mais j’ai ri un peu. Nerveusement sans doute car je me suis retrouvée dans la même situation à quelques reprises, notamment en voyage…
    Et puis Martin a grandi et on retrouve les plaisirs du resto. Tu verras le changement dans quelques mois, je t’assure 🙂

    Mais pour les restos haut de gamme, nous continuons d’y aller à deux, Martin se faisant garder par sa baby-sitter 😉 Mais j’ai cru comprendre que dans ton cas, il s’agissait là d’une invit’.

    J'aime

    1. Oui, c’était une invit et comme je le disais, jusque ce jour la, il dormait vraiment à chaque fois qu’on passait à table. On avait généralement bien le temps de manger. Et RIONS pour ne pas pleurer parfois… 😀

      J'aime

  5. Nos deux petits loups sont relativement habitués car ma belle famille tient un hôtel restaurant…. du coup, lorsqu’on fait ce genre de sortie, ça se passe plutôt bien. On prévoit des jouets, des coloriages, et ça roule (mais ils sont plus grands, 18 mois et 5 ans). Par contre, on évite les restos un peu chics ou guindés, sinon c’est vite la cata… Notre sortie préférée : aller manger des pintxo (des tapas) à San Sébastien, les rues sont piétonnes donc les enfants peuvent gambader pendant qu’on se siffle notre verre de vin en terrasse !
    Belle journée !

    J'aime

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s