Mère mais pas que

L’effet inattendu que l’arrivée d’un enfant a sur nos amités

C’est une promesse un peu vague qu’on se fait quand on est jeune: on se jure silencieusement de rester amis pour toujours, on s’imagine traverser le temps ensemble. On rigole en se projetant en vacances avec nos enfants et conjoints respectifs dans quelques années. Et puis la vie passe par là et se charge de nous remettre les idées à l’endroit. Il y a un truc qu’on ne mesure pas bien quand on tombe enceinte et puis qu’on met au monde le fruit de ces neuf mois de travail, c’est l’impact que ça va avoir sur nos relations amicales. 

Il y a les amis qui n’ont pas d’enfants. Parce qu’ils sont plus jeunes, qu’ils ont encore le temps, qu’ils ont décidé de ne pas en avoir. On a du mal à leur expliquer le bouleversement qu’on vient de vivre en passant de deux à trois. On essaie de trouver les mots justes mais ça n’est jamais assez proches de notre réalité. Comment expliquer l’inexplicable et l’instinctif? Du coup, on arrête d’essayer. Et très vite, ils arrêtent aussi d’essayer de nous comprendre. Et le fossé se creuse. Ils sont dans une autre réalité, qu’on envie à certains moments, qui nous manque parfois, qu’on jalouse même les jours où on ne s’en sort pas dans ce grand bordel qu’est la parentalité.

Quand ce n’est pas leur manque de curiosité et d’intérêt pour notre nouvelle vie, c’est nous qui prenons des gants: on n’a pas envie de les soûler, on fait attention à ne pas trop parler de notre enfant, de ses progrès, de son rhume, de sa future entrée à l’école. Mais vu que ces choses-là occupent la majorité de notre temps, on ne se confie plus sur nos vraies priorités. Les conversations restent superficielles et on a l’impression de partager de moins en moins de choses. C’est vrai. Un enfant ça change la vie et ça nous change, immanquablement. On tourne des pages, les choses qui nous paraissaient importantes avant le sont nettement moins au profit d’autres que nos amis sans enfants ne connaissent pas. On n’arrive plus à se connecter.

Et quand bien même on y arrive et on continue à s’éclater ensemble, il y a toujours ce regard en coin échangé vers minuit à la sortie du resto… Ils avaient envie d’aller boire « un dernier verre », on a promis à la babysit’ qu’on paie 10 euros l’heure de ne pas rentrer trop tard. Ils ont du mal à comprendre qu’on ne rentre pas parce qu’on veut regarder notre enfant ronfler dans l’embrasure de la porte, le sourire aux lèvres. Ça, on peut le faire toutes les nuits. Ils ne comprennent pas que nous aussi on aurait bien été boire un énième dernier verre, « comme avant » mais que maintenant, on est tributaire de quelques âmes généreuses pour avoir du temps libre. Et on est bien obligé de se plier aussi à leurs exigences. Ca fait partie du jeu. Les amis sans enfants, souvent, on les perd un peu en chemin. J’ai été aussi une de « ces amies sans enfants » du coup je ne leur en veux pas. J’espère juste qu’on se retrouvera au prochain carrefour. Quand ils auront fondé une famille probablement ou que notre progéniture aura grandi, sera plus indépendante et nous laissera finir une phrase sans nous interrompre.

Et puis il y a les amis qui ont des enfants mais…

On pourrait croire qu’il est facile de garder nos amis devenus parents une fois qu’on a à notre tour des enfants. On est sur la même longueur d’ondes, non? On vit la même chose, n’est-ce pas? Si seulement c’était aussi simple. Il y a celle qui allaite et qui va s’étonner que toi, pas. Il y a celle qui ne jure que par la méthode Montessori et le liniment et qui ne comprend pas que tu puisses gronder ton gamin possédé par un Terrible Two infernal ou faire usage de lingettes aux composants chimiques pas tout à fait clairs. T’as beau lui dire que c’était les seules que le magasin de la station essence vendait le jour où ton petit a percé sa couche sur l’autoroute alors que tu étais à sec de matos, son regard en dit long.

Et puis soyons honnête, tu ne dis rien mais toi aussi tu as des avis sur leurs façons de faire. Tu les trouves trop permissifs, et leur enfant pénible. Il est au centre de leur attention, il est capricieux, il brutalise le tien « pour jouer », il vous interrompt tout le temps, vous n’arrivez pas à avoir une simple conversation. En vacances, la mise au lit tourne à l’enfer et ton enfant commence à prendre exemple.

Tu finis par les éviter. Ils étaient des amis supers, ils sont devenus des parents gnangnans et vos liens se délient naturellement. Il vaut mieux s’éloigner que s’en envoyer plein la figure sur un sujet terriblement sensible et très personnel. Quand on est parent, on fait ce qu’on peut, on trimballe nos casseroles, on règle nos comptes avec notre propre enfance, ça réveille des trucs qu’on ne soupçonnait pas, on n’est pas toujours soi-même ou en tout cas pas toujours celui qu’on avait espéré. L’amitié reviendra peut-être quand l’aiguille de la balance aura arrêté de vaciller et se sera stabilisée.

Heureusement, il y a les autres…

Ceux qui n’ont pas d’enfants mais sont vraiment ravis pour toi, bienveillants, compréhensifs et présents. Toujours prêts à se déplacer, toujours prêts à te changer les idées et à te faire rire.

Ceux qui n’étaient que des copains, qui ont eu un môme en même temps que toi et que votre intérêt commun pour l’éducation a soudainement rapproché.

Ceux que tu vois sans mômes: ils ne s’intéressent pas vraiment au tien, tu ne t’intéresses pas vraiment au leur et bizarrement, sans en parler franchement, ça vous va très bien comme ça. Ca vous donnerait presque l’impression que « rien n’a changé ».

Et puis, il y a ceux qui ont toujours été là et avec qui, tu découvres une nouvelle dimension de l’amitié. Ceux qui savent ce que tu traverses puisqu’ils vivent ça en même temps que toi. Ceux qui sont ravis de venir marcher avec toi dans les bois et de mélanger leurs enfants au tien mais qui sont tout aussi ravis de se retrouver entre adultes pour discuter, une fois les petits bordés. Avec ceux-là, tout est facile et joyeux. La marmaille piaille sous le regard amusé des adultes. On s’imagine alors qu’ils deviendront copains, eux aussi, un jour. On espère qu’on sera toujours là pour assister à ça, si jamais ça se précise…

Même si c’est parfois rageant, blessant, déprimant, il faut se rappeler que l’amitié, ça va, ça vient. Rien est immuable. Et ce n’est pas parce qu’on ne se comprend pas pendant un temps qu’on se perdra de vue pour toute la vie. Je préfère vous prévenir: même si ça se fait sans clash, c’est toujours brutal. Parce que ces copains-là, on ne les aime pas moins. On n’arrête pas d’aimer les gens au profit de notre enfant. On ne vit juste pas la même chose et on a du mal à accorder nos violons. Il faut aussi se rappeler que ce n’est pas moins facile pour eux. On est tout à coup moins disponible et plus souvent motivée par un vendredi soir sur canapé que pour une descente de Mojitos. Alors un peu de patience et d’indulgence: un jour, on rigolera de cette période un peu trouble avec ceux qu’on aura un peu perdus en chemin. Et d’ici là, entourons-nous de gens qui nous font du bien. La maternité est déjà un sacré challenge en soi, pas la peine en plus de se prendre la tête avec des gens qui ne font rien pour le comprendre.

Et vous, racontez-moi: ça se passe comment avec vos ami(e)s?

(20 commentaires)

  1. J’aime beaucoup cet article. Pour ma part, depuis que je suis maman, ça n’a pas trop changé au niveau des amis qui comprennent qu’à notre niveau certaines choses ont changés avec un enfant car soit ils sont eux-mêmes parents soit ils n’en ont pas mais restent bienveillants. Après on a quelques amis qui ont du mal à comprendre qu’avec un enfant, c’est plus contraignant notamment le soir pour faire un restaurant surtout lorsqu’on a pas de baby sitter au top dans le coin pour venir garder le petit. C’est aussi valable avec certains membres de la famille, ma belle-soeur et son compagnon n’ont toujours pas compris qu’avec un enfant de 20 mois on souhaite manger tôt le midi (et non pas à 14h!) chez les beaux-parents pour ensuite ne pas repartir trop tard (c’est pas eux qui sont dans les bouchons le dimanche soir avec un bébé qui hurle pour X ou Y raison), bref, j’avoue que ce genre de réaction c’est égoïste et j’attends avec impatience qu’ils soit eux-mêmes parents pour voir que leur comportement était égoïste à l’époque ou le notre était petit. Après je suis d’accord sur le fait que l’amitié, ça vient et ça repart malheureusement et qu’il faut faire le deuil de certaines amitiés.

  2. Un peu de tout ce que tu dis ! L’arrivée d’un enfant a toujours un impact sur l’amitié, comme déjà sur le couple. Après tout dépend de la façon don chacun s’adapte à cette nouvelle vie. Pour ma part, j’ai gardé les amies, mais on n’a pas jusqu’ici réussi à faire de nos enfants de grands amis à leur tour. On est restées de très bonnes amies, mais pas de week-end ou de vacances ensemble jusqu’ici et ma foi, on ne s’en plaint pas vraiment.

    1. Courage, c’est pas toujours simple. J’ai fait le mien « sur le tard » par rapport à la plupart de mes amies et je me suis souvent sentie un peu mise à l’écart sans que ça soit voulu. Elles avaient des discussions auxquelles je ne savais tout simplement pas participer…

  3. C’est vrai que les amitiés évoluent au fil du temps mais heureusement pour nous, la parentalité n’a pas bouleversé notre petit monde d’amis même si nous ne sommes pas toujours d’accord sur tout 😉

    1. D’un côté, c’est intéressant de se confronter aux avis des autres. Personne n’a LA clé de la parentalité parfaite du coup moi j’adoooore interroger toutes les mamans de mon entourage quand j’ai un truc qui me turlupine! 🙂 Et même si elles sont parfois à mille lieues de ma façon de faire, tous les avis sont bons à prendre, ça aide à faire avancer sa propre réflexion.

  4. Hello !
    Moi, la parentalité m’a amené de nouvelles amitiés ! D’un coup d’un seul, on se trouve propulsé au grade de « maman », et sans qu’on n’ait rien demandé à personne, au boulot, on devient un membre à part entière du « groupe des mamans ». Certes, on n’a pas toutes les mêmes méthodes d’éducation, mais on arrive à avoir la bienveillance nécessaire pour se rappeler que chacun fait comme il veut et surtout comme il peut ! Après, ça reste de l’amitié dans le cadre du boulot, on passe notre temps ensemble une bonne partie de la semaine, on parle de nos marmailles en permanence, on se fait des bouffes régulièrement, mais on n’a pas tenté de partir en vacances ensemble. Peut-être alors que là, les regards qui en disent longs sur les lingettes, le laxisme, les petits plats tout prêts etc. viendraient pimenter (ou pas !) nos amitiés !
    Sinon, nous avons connu le cas très « bizarre » (à mon sens) de l’ami qui s’en tamponne complet que nous ayons eu un enfant. C’est un ami que l’on ne voit que rarement, que l’on apprécie de voir, mais qui a devant les yeux, je pense, réellement un filtre et ne voit pas notre enfant (ou alors il le voit tout flou et l’entend de loin peut-être ?). C’est assez décontenançant !
    Mais pour ma part, je n’ai pas eu de prise de conscience brutale d’un bouleversement dans mes amitiés – je suis chanceuse peut-être !

  5. Merci pour cet article. C’est vrai que certaines amitiés touchent à leur fin aussi vite qu’elles ont vu le jour et c’est dommage mais c’est les choses de la vie. Pour ma part, nos amis à mon mari et moi-même, n’ont pas trop changés depuis que mon fils est parmi nous car beaucoup sont aussi devenus parents quasi en même temps que nous, et du coup c’est cool. Après on a ceux qui ne sont pas parents et qui sont bienveillants envers ceux qui ont une progéniture à gérer et qui s’adapte sans difficulté à la nouvelle équation. Bien entendu, il y a certains amis (ou famille aussi) qui égoïstement ont du mal à comprendre et qui propose des soirées dans des lieux pas forcément adaptée à un jeune enfant (on a eu le cas récemment et nous avons du décliner l’invitation car c’était un pub à une heure tardive et pas de baby sitter à disposition pour garder le petit) ou alors la belle sœur qui se ramène à plus de 13h pour le déjeuner dominicale chez les beaux parents et qui oublie égoïstement que nous avons plus de deux heures de route avec un tout petit avec le risque si on part tardivement de se retrouver dans les embouteillages du dimanche soir!. Pour le moment je n’ai pas trop de nouvelles amitiés grâce à la parentalité mais selon des collègues, ça viendra à partir du moment où mon fils entrera à l’école.

    1. Des copains qui proposent des lieux pas adaptés aux enfants (même si je comprends tout à fait que parfois, on a envie d’aller dans un endroit qui ne l’est justement pas pour justement éviter les enfants) et la belle-soeur qui tarde à rappliquer alors qu’on est tenu par des horaires de sieste ou de repas ou de trajet, je vois tout à fait!!! 🙂

  6. Et bien je ne peux qu’être d’accord avec toi, tu as parfaitement retranscrit tout ça, comme tu dis l’amitié ça va ça vient ! Ici je me réjouis d’avoir une de mes meilleures amies et son mari qui ne veulent pas d’enfants nous accueillir avec les nôtres avec toujours autant de bonheur !

  7. Il y a des amitiés qui s’expliquent… et d’autre pas.
    Comme en amour.
    Le meilleur du meilleur, c’est d’avoir des amis qui deviennent parents à peu d’écart de nous et de voir nos enfants jouer ensemble… s’entendant bien instinctivement comme nous quand nous nous sommes rencontrés il y a 15 ans, quand on était jeunes et frais !
    Merci pour cet article

  8. C’est tellement ça, … avant d’avoir un enfant, je voyais mes amies devenir mère comme différentes, comme si inconsciemment je les rayais de ma liste d’amis, persuadée que je ne les reverrai plus et oh non de toute façon, ses enfants je ne veux pas les voir, si elle balance des photos de sa progéniture un peu partout, prouvant son degré d’attachement à la maternité, il est impossible de la voir sans. C’est dur à accepter surtout quand c’est sa meilleure amie, et qu’elle t’envoie des photos de son bébé fripé sorti tout droit de la mater, et toi en coin, tu fermes ton tel de dégoût… puis les semaines les mois passent, tu as quelques nouvelles d’elle, tu voudrais la voir mais elle dit que ce sera compliqué avec les enfants alors tu n’essaies plus. Puis ton tour arrive, déjà la grossesse te rapproche de toutes ces jeunes mères, j’ai repris contact avec ma meilleure amie, qui m’a encore imposé ses enfants, elle a bien senti que tant que le bébé ne sera pas là, rien ne changera, heureusement mon conjoint étant plus paternel que je suis maternel, les occupait… mon bébé est né et tout a changé, mon regard a changé sur les enfants des autres, et surtout sur ses enfants à elle. Elle m’a avoué après la naissance de ma fille, avoir tout fait pour me préserver de ses enfants, que maintenant c’est à moi d’être indulgente avec les personnes qui n ont pas d’enfants si je veux les conserver…
    Ceux qui ne veulent pas d’enfant … je les comprends aussi car je n’en voulais pas il y a encore 2 ans de cela, je les enviais mêmé d’avoir un conjoint sur la même longueur d’onde qu’elles… puis l’idée a fait son chemin en voyant les enfants des autres, l’évolution des parents, et des grands parents des autres.
    Il y a ceux qui n’en veulent pas et qui n aiment pas ça, et puis il y a ceux qui n’en veulent pas, mais qui sont complètement gaga de votre enfant. Les 1ers on les perd de vue assez rapidement, ils me rappellent moi, avant, les seconds non : ils se proposent toujours de garder notre enfant 🙂

    On se fait aussi de nouvelles connaissances, des conjoint de collègue qui ont des enfants, on essaie au départ de se forcer à accepter leur principes d’éducation pour que bébé puisse avoir aussi des copains avec qui grandir, et puis on se rend compte ,qu’on ne pourra jamais coller parfaitement à leur schéma, alors on n’impose rien à personne, et on accepte même que bébé soit influencé par les autres, après tout c’est ça aussi la société.

    1. Quand tu parles de ceux qui ne veulent pas d’enfant mais sont gaga du tien… J’aime bien cette catégorie là de copains. C’est eux qu’on appelle pour aller au resto…. :-))

  9. J’ai perdu des copines et groupes d amis à ma grossesse. Maintenant j’ai vraiment des copines dans le 3 et 4 groupes c’est vraiment top. On a fait notre crémaillère voilà pas longtemps et c’était au dessus de mes attentes ! avec des potes sans les enfants, d’autres avec et d’autre qui n’en n’ont pas encore. top top
    Comme vous dites plus haut ça c’est fait tout naturellement.

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