L'école buissonnière d'Ezra Voyage en famille

L’école buissonnière d’Ezra: Santa Barbara

En quittant l’horizon belge perpétuellement plombé pour le ciel éclatant (c’est cliché mais il n’y a pas d’autre mot mieux adapté) de la Californie, il y avait une question qui me taraudait. Est-ce que j’allais, est-ce qu’on allait, être capable d’éduquer notre fils au sens entendu par le Larousse? A savoir: « Former quelqu’un en développant et en épanouissant sa personnalité. Développer une aptitude par des exercices appropriés. » Il ne s’agissait pas de lui donner de l’amour ou de lui apprendre à se laver les mains ici. Ca, je sais faire. Il s’agissait de prendre le relais de la crèche, de lui imposer un rythme, de l’aider à évoluer selon son âge, ses capacités, ses curiosités.

La question était un peu paradoxale par rapport à mon sentiment en Belgique : j’ai profondément détesté déposer mon fils chaque matin dans cet établissement sans âme, plein de bruit, et le laisser entre les mains de puéricultrices usées par ce job ingrat (je ne leur en veux pas, je n’aurais pas le tiers du quart de leur énergie et de leur dévouement). Je savais qu’il avait juste envie de dormir peinard et qu’il n’y arrivait pas à la crèche. Il rentrait épuisé et moi je m’efforçais de bâcler mes journées pour qu’il n’y reste pas trop longtemps. Ce qui ne veut pas dire pour autant que je me rêvais mère au foyer. Quand tu deviens mère, tu apprends à être assise perpétuellement le cul entre deux chaises, c’est comme ça.

Parce que je suis en Californie pour un projet pro et que le père n’a pas d’autorisation de travail sur le territoire, il a été acté qu’il s’en occuperait à plein temps (c’est qui qui a du bol dans la vie, c’est bibi!). Je précise que je fais du télétravail quotidiennement, on peut dire que je participe aussi (souvent malgré moi en journée d’ailleurs) à son éducation. J’ai eu peur qu’il se sente seul, qu’il stagne dans ses apprentissages, qu’il s’ennuie. J’avais (presque) tout faux. Cette rubrique s’appellera L’école buissonnière d’Ezra (j’ai hésité quelques semaines avant de donner son prénom, je me demandais si c’était pas trop perso mais en fait, j’adore écrire ces quatre petites lettres et il faut assumer ce qu’on fait dans la vie). J’ai envie de vous montrer qu’il existe, sans me la jouer bio-bobo-extrême, d’autres façons que celles que la société nous impose d’apprendre, de découvrir, de s’épanouir et ça me permet au passage de vous parler des endroits et des choses que je vois, constate et vis en Californie.

Bien sûr, un jour pas si lointain, Ezra rentrera « dans le rang » et je ferai en sorte de l’accompagner pour que ça se passe bien. Mais là, tous les jours, je me dis qu’on lui a offert cette chance-là, celle de passer un an au soleil, avec ses parents comme seuls alliés et compagnons. C’est parfois pour nous d’une frustration folle et ça fera probablement l’objet d’un prochain article mais c’est surtout, beaucoup d’amour et de rire et ça n’a pas de prix. Alors après cette intro explicative un peu longue, entrons dans le vif du sujet.

***

Le vent brûlant du Pacifique 
Peut emporter au loin, nos rêves les plus fous 
Il me reste cette musique 
Que nous chantions ensemble, elle n’appartient qu’à nous 

Générique de la série « Santa Barbara »
(on a les références qu’on veut)

***

C’était un mardi de novembre. On a passé la journée à Santa Barbara, l’une des villes les plus détendue et agréable de la côte californienne à mes yeux. On a jeté des petites pièces dans la fontaine de la Mission espagnole. On a croisé un bus de Français. Ils ont dit « Bonjour », Ezra a répond « Hi ». On a couru après les mouettes, entre les poteaux du ponton de bois qui s’enfonce dans l’eau. On a joué aux petites voitures à genoux dans le sable, en regardant les vélos passer sur la piste cyclable. On a vu un monsieur faire du paddle torse nu au milieu de l’océan avec un chien sur sa planche, oreilles au vent et museau en l’air. Il y avait de la place en terrasse dans un resto que j’adore (Shellfish Company), au bout du Pier, tout en bois et littéralement « sur » l’océan. On a mangé des linguines aux coquillages, Ezra a grimacé comme toujours devant un plat qu’il ne connaît pas et a fini par piquer du riz dans l’assiette de sa grand-mère.

Il a fait une sieste dans sa poussette. Réparatrice et profonde. Ce n’était plus arrivé depuis longtemps. J’ai hésité à abaisser le dossier « pour qu’il soit mieux mis », mon mec m’a dit « laisse-le tranquille », j’ai regardé ses pieds nus prendre l’air, j’ai eu envie de porter son carrosse à bout de bras pour éviter les spasmes réguliers des roues sur les lattes en bois mal alignées. J’avais surtout envie de faire du shopping et j’espérais qu’il dorme longtemps, comme avant. Il s’est réveillé devant la première vitrine, alors que je tentais de gruger en continuant à marcher sans avancer (toute mère connaît cette technique). A l’hôtel (le motal en fait Lemon Tree Hill avec des petits patios sympa au rez-de-chaussée face au jardin et des feux ouverts à l’extérieur), on a dormi à trois dans la même chambre. Ca nous arrive rarement, on dort toujours super mal, parce que l’un fait du bruit, que l’autre doit faire pipi ou qu’il fait trop chaud mais au fond, tout au fond, en fait, on aime bien parfois. Ce soir-là, après avoir mis sa main dans la piscine de l’hôtel et mangé une banane sur un transat, Ezra était crevé, il s’est endormi sans même finir son sacro-saint biberon de lait. C’était une bonne fatigue, de celle qui sentait le sel marin et la crème solaire. Un mardi. En novembre. Des photos valent mieux que mille mots, alors voilà.

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